Jean-Nicolas de Montmorency -Châteaubrun, chevalier
132 IkrÉMOIRES [Juillet 1712]
Le 10 juillet, je fus faire ma cour au maréchal de Moiitescjuiou, dont le quartier j^énéral étoit toujours à Cantaiiig, près de Canibray. Il étoit enfermé avec un otficier anglois que le duc d'Ormond lui avoit envoyé. En le reconduisant, le maréchal lui demanda sans affectation si le corps de troupes aux ordres de M. d'Albemarle étoit toujours campé à Denain. L'otïicier lui répondit qu'il y étoit encore. Cette demande me fît faire quelques réflexions. Dès ce moment, l'idée me resta dans l'esprit que, dans la suite, nos {généraux pourroient avoir des vues sur ce camp : ce qui arriva, comme je le dirai dans la relation de cette campagne.
Le 1 7, au soir, nous apprîmes que les dix-huit mille Anglois commandés par le duc d'Ormond avoient quitté l'armée des alliés. Ce môme jour, on publia dans notre armée et dans celle des Anglois une suspension d'armes, pour quatre mois, entre les deux nations. Ensuite le général anglois se rendit à la tète de ses troupes, en plusieurs jours de marche, sur le canal de Bruges ^
Il étoit à présumer que, l'armée des alliés étant diminuée de dix-huit mille hommes de bonnes troupes, le prince Eugène feroit reposer ses lauriers, et qu'il ne songeroit plus à faire de nouvelles entreprises ;
puis marquis de Montmorency : tome II, p. 378; il avait achelf- en 1710 le régiment de cavalerie du Maine.
1. Depuis le mois de mai, Villars était en correspondance avec le duc d'Ormond [Mémoires militaires, p. 462-464, 476- 478 et 495; Mémoires de Villars, t. III, p. 147). Le texte de la suspension d'armes est dans les Mémoires militaires, p. 469- 471, (-'t dans V Histoirr militaire de Quincy, p. ()0-62,
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mais ce général pensoit autrement. II se persuada qu'il lui restoit encore assez de troupes pour pousser ses conquêtes au milieu de la France et pour obliger le Roi à faire une paix des plus humiliantes. Apparemment qu'il croyoit que, comme nous avions toujours été obligés, depuis plusieurs campagnes, de nous enterrer à l'imitation des taupes et de nous couvrir de quelques rivières, nous n'oserions jamais nous opposer à ses projets. II prit le parti, après avoir bien ravitaillé le Quesnoy et après avoir fait combler les lignes de circonvallation et les tranchées devant cette place, de marcher, le 16 juillet, sur Landrecies, afin d'en former le siège. Ce même jour, il passa l'Escalion', petite rivière qui prend sa source à Preux-aux- Bois- et qui va se jeter dans l'Escaut vis-à-vis de Prouvy^, village à une petite Heue et au-dessus de Valenciennes. Il mit la droite de son armée à Thianf^ et la gauche à Fontaine-aux-Bois^, village à une demilieue de Landrecies. Par cette position, elle faisoit face à l'Escalion, au Quesnoy et à Valenciennes. Auparavant de décamper, il avoit fait les dispositions suivantes. II avoit laissé un corps de troupes considérables à Marchiennes, aux ordres de MM. Secquin^, de Zobel et du prince d'Holstein. Cette petite ville étoit comme la place d'armes des alliés, et d'où par-
1. Petit affluent de l'Escaut formé de la réunion de plusieurs ruisseaux sortis de la forêt de Mormal; il court parallèlement à la Selle.