‹ Mémoires du chevalier de Qunicy (volume 2)Chapitre 108 sur 203 · C'est M. de Sickingen; ci-après, p · texte numérisé non relu

C'est M. de Sickingen; ci-après, p

134 MÉMOIRES [Juillet 1712]

toit une communication qui alloil jusqu'à Dcnain, bien retranchée, tant du côté qui rei^^ardoit Valenciennes que du côté qui regardoit la France. Il y avoit de distance en distance de bonnes redoutes. Les ennemis appeloient celte communication le chemin de Paris^.

Depuis Denain jusqu'à l'Escalion, autre communication. Cette rivière, au bord de laquelle on avoit fait quelques retranchements, en servoit jusqu'à l'armée ennemie campée près de Landrecies. Ainsi tous ces postes se communiquoient parfaitement bien, et se défendoient et se protégoient les uns et les autres. M. d'Albemarle, comme il a été dit, étoit à Denain avec seize bataillons et quatorze escadrons, à portée de se rendre du côté de Marchiennes, en cas qu'on eût voulu l'insulter, ou du côté de l'Escaliorj.

Tout étant disposé, le prince Eugène tît partir, le 1 7, le prince d'Anhalt-Dessau*, à la tête de quarante escadrons et de trente bataillons, pour faire l'investissement de Landrecies. On doit remarquer que c'étoit le même jour que le duc d'Ormond avoit quitté son camp sur la Selle pour se rendre sur le canal de Bruges. Le prince Eugène ne fut pas plus tôt arrivé devant Landrecies, qu'il fit travailler promptcment aux lignes de circonvallation et de contrevallation.

1. dette communication, formée de deux retranchements parallèles, est indi(juée sur le plan donné dans V Histoire militaire, et aussi dans l'Atlas des Mémoires militaires. \ illars [Mémoires, t. ill, p. 155) dit de même que les allit'S l'appelaient le Grand chemin de l'aris.

2. Léopold, prince d'Anhalt-Dessau (1()7G-1747;, était lieutenant héréditaire de l'électorat de Brandchourg et commandait le contingent prussien; il devint par la suite feld-maréchal des armées impériales.

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Landrecies. — La ville de Landrecies est assez bien fortifiée; mais les ouvrages en sont très petits : ainsi il est à présumer qu'elle auroit été bientôt réduite en poussière par la nombreuse artillerie qui devoit la foudroyer^. Elle est située sur la Sambre et dépendante du Hainaut. Elle est célèbre par le siège qu'en fit Charles-Quint en 1543, et dont il fut obligé de lever le siège. Depuis, elle a essuyé plusieurs sièges. Les armes de Louis XIV lui acquirent cette place l'année 1655, et elle lui est restée par le traité des Pyrénées. M. du BaraiF, maréchal de camp, très bon officier, qui avoit été colonel du régiment de Roi-infanterie, en étoit gouverneur, et chargé par S. M. de la défendre. J'étois très persuadé qu'il y auroit acquis beaucoup de réputation.

Le maréchal de Villars, étant bien informé du véritable dessein du prince Eugène, et ayant des ordres de la cour de sauver Landrecies à quelque prix que ce fût, fit le grand projet dont nous allons voir l'exécution. Il l'envoya à la cour auparavant. Le Roi y fit quelque changement, et S. M. lui ordonna de l'exécuter 3.

1. L'enceinte de Landrecies avait été bâtie par le chevalier de Ville et réparée par Vauban ; il y en a une description dans le Grand dictionnaire géograpidque d'Expilly.

2. Louis Prévost du Barail commandait depuis 1706 le régiment du Roi; il avait eu le gouvernement de Landrecies le 24 janvier 1711; il parvint en 1720 au grade de lieutenant général.

3. Les lettres du Roi et du ministre Voysin données dans les Mémoires militaires, p. Ik-lb et 486-495, établissent que, dès le commencement de juillet, Villars s'inquiétait de ce qu'il ferait pour empêcher Eugène d'assiéger Landrecies. Le 17, le Roi lui indiquait l'attaque de la communication de Mar-

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Enfin, le maréchal de Villars ayant envoyé nos gros équipages sous Saint-QueiiLin et ayant fait faire plusieurs ponts sur l'Escaut au-dessus et au-dessous de Cambray, nous quittâmes le 19 nos terriers, avec le plus grand plaisir du monde. La joie étoit répandue sur les visages et des soldats et des officiers : il y avoit un pressentiment unanime que nous marchions à une victoire certaine; on se faisoit des compliments les uns aux autres. Nous passâmes l'Escaut à midi, et, après avoir passé le petit ruisseau de l'Escouvette^ qui sort de Guillemain^ et qui va se jetter dans cette première rivière à Grèvecœur^, nous campâmes sur quatres lignes, la droite de l'armée au bois de Hautcourt* et la gauche s'étendant du côté de Cambray. Le soir, le maréchal assembla un conseil de guerre, composé de tous les officiers généraux. Il dura assez longtemps.

Belle marche. — Le 20, on battit la générale et on sonna le boute-selle à la petite pointe du jour, et,

chiennes à Denain comme une opération utile; mais il semble que le maréchal n'y était point disposé [Mcnioires de Villnrs, t. m, p. 322, et, p. 325-328, deux lettres du comte de Broglie des 21 et 22 juillet). Le 22, Villars écrivait à Voysin que, MM. de Broglie et de Vieuxpont ayant jugé impossible l'entreprise sur Denain, il y renonçait, et cependant, dès le lendemain, il se décidait à marcher sur cette position et remportait la victoire le 24. Faut-il voir dans cette décision la marque de l'intervention du maréchal de Montesquiou dont notre auteur va parler un peu plus loin, p. 154?

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