‹ Mémoires du chevalier de Qunicy (volume 2)Chapitre 118 sur 203 · Il était brigadier des armées impériales · texte numérisé non relu

Il était brigadier des armées impériales

2. Le général Pelet {Mémoires militaires, p. 85) donne des fortifications de Marchiennes une description conforme.

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née de murais impraticables; ainsi, il n'est pas étonnant que les troupes aux ordres du comte de Broglie eussent été repoussées avec une grande perte. Il y a dans la ville une abbaye de bénédictins qu'on prétend avoir été fondée par une fille du grand Clovis. Elle est regardée comme sainte^; ses reliques sont dans une châsse magnifique, exposée dans l'église, qui est assez belle.

Le maréchal de Villars, ayant été informé du malheur qui venoit d'arriver, envoya sur-le-champ le maréchal de Montesquiou, avec du canon et six brigades d'infanterie, dont celle de Piémont en étoit (nous étions de cette brigade), pour en faire le siège dans les formes. En arrivant, il lit attaquer deux redoutes qui protégeoient une partie des bclandres qui étoient sur la Scarpe. Nos grenadiers s'en rendirent les maîtres, et ils firent prisonniers les cent trente hommes qui les défendoient.

Le 27, je fus commandé à la tète de cent travailleurs, et avec beaucoup d'autres, pour ouvrir la tranchée. Mais nous ne trouvâmes point d'outils pour ce travail : ainsi, on nous renvoya dans notre camp. Apparemment qu'on avoit oublié qu'il en falloit pour ouvrir la tranchée. Gela peut être; car il y avoit si longtemps que nous avions fait des sièges, que nous

1. Df-jà dit tome II, p. 341. Cette abbaye ne fut fondée que vers G43 par un seigneur nommé Adalbaud et par sa femme lUctrude, qui en fut la première abbesse. Placée sous la règle de saint Columban, elle comprenait, comme Fontevraud, deux monastères, l'un d'hommes, l'autre de femmes, sous la direction d'une abbesse. Cet état de choses subsista jusqu'au xi' siècle, époque à laquelle l'ordre de Saint-lJenoil s'y établit.

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ne savions comment il falloit commencer. Le lendemain 218, nous nous rendîmes, lès mêmes travailleurs, pour le même sujet, à l'entrée de la nuit. La tranchée fut donc ouverte la nuit du %S au 29. M. de Villars, chef des ingénieurs et brigadier des armées du Roi', fut tué avec trois autres ingénieurs, dans le temps qu'ils observoient tous quatre ensemble le terrain où nous devions ouvrir la tranchée; je venois de lui parler. Le même boulet les envoya tous quatre dans l'autre monde. Cette mort occasionna le bruit qui se répandit dans l'armée ennemie que le maréchal de Villars a voit été tué. Pendant que nous poussions nos tranchées, on travailla en même temps à élever plusieurs batteries, où l'on mit vingt pièces de canon de vingtquatre livres de balles. Elles se trouvèrent en état de tirer le lendemain au matin, et elles ne discontinuèrent point de tirer pendant tout le jour.

Le lendemain 30, au soir, le maréchal de Villars étant arrivé à notre camp avec douze bataillons, et ayant fait la disposition pour donner un assaut général, il fit sommer auparavant le commandant de se rendre, ce qu'il fit, lui et les troupes qui composoient sa garnison, prisonniers de guerre. On leur permit de sortir tambour battant avec leurs drapeaux et leurs étendards, mais à condition qu'ils les rendroient, aussi bien que leurs armes, à cinquante pas de Marchiennes. Cette garnison fut conduite à Valenciennes^.

On trouva dans Marchiennes soixante pièces de

1. Villars-Lugein, qui avait, en 1706, succédé à Lapara dans la conduite du siège de Barcelone.

2. Gazette, p. 394-395; Sourches, p. 463-464; Mémoires militaires, p. 86, avec le texte de la capitulation, p. 508-509.

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gros canon et quaratile pièces de campaj^ne, cent quatorze belandres chargées de toutes sortes de munitions de guerre et de bouche et de beaucoup de marchandises, li y avoit une si grande quantité de boulets, de poudre, de bombes, de grenades, de carcasses et de toutes sortes d'outils, que cela mit le maréchal de Villars en état de faire les trois sièges que nous fîmes. On y trouva aussi beaucoup de caissons et leurs chevaux, et tant de fromages de Hollande, que nos soldats jouoient à la boule avec, et ils en donnoient un pour une prise de tabac. L'air en étoit pour ainsi dire infecté. Depuis ce temps, ce fromage me répugne; je n'en puis manger. Quinze cents mariniers ou matelots y furent aussi faits prisonniers.

Dès le soir même, le maréchal de Villars, voulant profiter de ses avantages et de l'éloignement de l'armée du prince- Eugène, qui ne leva le siège de Landrecies que ce même jour 29, tint conseil avec le maréchal de Montesquiou et les officiers généraux qui se trouvèrent alors à Marchiennes. Malgré le sentiment unanime de ces Messieurs et du maréchal de Montesquiou même, il résolut de faire le siège de Douay '.

Le lendemain 30, nous apprîmes par M. de Montesquiou que ce n'étoit nullement son avis; car, comme il passoit devant le régiment, notre colonel lui demanda

1. Ce n'était pas non plus l'avis de la cour : par une lettre du 28 juillet [Mémoires militaires, p. 88-89), Louis XIV engageait Villars à aller se poster à Quit-vrain, avec sa cavalerie et quatre-vingts bataillons, pour couper les communications du prince Eugène avec Mens, d'où il tirait des vivres et des munitions pour le siège de Landrecies.

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s'il n'y avoit rien de nouveau : le maréchal lui répondit que nos affaires alloient fort bien, mais qu'il craignoit que M. de Villars ne les gâtât pour vouloir trop entreprendre, qu'il s'opiniàtroit lui seul à vouloir faire le siège de Douay ^ . Non seulement notre général fît ce siège, mais encore ceux du Quesnoy et de Bouchain. Quittons un moment notre armée pour parler de celle de l'ennemi.

Le prince Eugène, n'ayant pu secourir les troupes qui composoient le camp de M. d'Albemarle à Denain, prit le parti de vouloir ou de feindre de continuer le siège de Landrecies. Il se mit en marche, le lendemain de la disgrâce qui lui étoit arrivée à Denain, pour s'approcher de cette place ; il mit la droite de son armée au Grand-Sart et sa gauche à Poix^, dont il fit son quartier général. Poix étoit sur l'Escalion : ainsi il faisoit face au Quesnoy, et il avoit derrière lui la forêt de Mormal. Il prétendoit tirer ses munitions de guerre et de bouche de Mons; mais, ses soldats ayant manqué de pain pendant six jours (le pain de munition valoit trois livres dans son armée), il prit enfin le parti de lever le siège le 29. Cependant il ne partit de ce camp que le 2l août pour aller camper à Taisnières^, au delà de Bavay ; le 3, à Behant^, en deçà de

1. Voyez l'écho de ces mécontentements dans une scène que racontent les Mémoires de Villars, t. III, p. 162-163.

2. Le Grand-Sart est un hameau delà commune de Commegnies, à six ou sept kilomètres nord-est du Quesnoy; Poix est à mi-chemin entre cette place et Landrecies.

3. Taisnières-sur-Hon, arrondissement d'Avesnes, canton de Bavay.

4. Beliant ou Belion, hameau de la commune belge de Mesvin, à quatre kilomètres de Mons.

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Mons ; le 4, à l'abbaye de Cambron^ où il séjourna; le 6, à Leuze; le 7, près de Tournay, où il passa l'Escaut; le 8, à Seclin, où il resta jusqu'au 12.

Parlons des mouvements que nous fîmes pendant ce temps-là, et de ce qui me regarde. Le 4, je fus détaché à la tète de cinquante hommes pour la garnison de Marchiennes, où je restai trois jours aux ordres de M. de Creny', capitaine au régiment de Navarre, qui y commandoit. G'étoit un bon officier, dont le maréchal de Villars faisoit beaucoup de cas. Le lendemain que je fus arrivé dans cette ville, j'eus ordre, dès le matin, de suivre à la tète de cent hommes un commissaire des guerres. Il me conduisit dans la maison où avoit logé le trésorier général des troupes hollandoises. On avoit fait entendre au maréchal de Villars qu'il y avoit cinq ou six millions cachés dans cette maison^. Le commissaire s'étoit muni d'une baguette de coudre. Après avoir fait renverser la maison, il mit sa baguette sur le puits, la baguette tourna sur-le-champ ; ainsi il fallut employer tous mes soldats à vider le puits : nous n'y trouvâmes rien. Ensuite, Monsieur le commissaire ayant mis sa baguette sur leslieux de commodité, malheureusement cette chienne de baguette tourna : il fallut donc encore les vider entièrement. Quel travail, grand Dieu! On doit pré-

1. Abbaye cistercienne fondée au xii* siècle dans le Hainaut français, à trois lieues nord-ouest de Mons.

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