Philippe de Marnais-Saint-André, marquis de Marnais
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compagnies de grenadiers. Tous les piquets soutenoient les compagnies de grenadiers, et les bataillons soutenoient les piquets. J'oubliois de dire que M. de Maillebois' et M. de BoulïleF's-Rcmiancourt* étoient destinés pour attaquer, avec six compagnies de grenadiers, la gauche. Les travailleurs, conduits parles ingénieurs, portant des outils, des fascines, des gabions et des sacs à terre, étoient à portée de se rendre aussitôt qu'on auroit chassé les ennemis.
L'électeur de Cologne, qui avoit appris que nous devions faire cette attaque, vint dîner ce jour-là chez le maréchal, et il se rendit à la tranchée, un peu auparavant qu'elle commença. On lui avoit fait un logegement, d'où il pouvoit voir l'attaque générale sans courir aucun risque. Ce prince aimoit les spectacles, et l'action d'un chemin couvert attaqué de vive force est un des plus beaux qu'on puisse représenter.
Toutes nos compagnies de grenadiers dévoient marcher en même temps au signal d'une bombe qui
avait eu un régiment de cavalerie en 1695, une enseigne aux gardes du corps en 1702, et le grade de maréchal de camp en 1709; il mourut en 1720, lieutenant général depuis octobre
1. Jean-Baptistc-François Desmaretz, marquis de Maillebuis, fils aîné du contrôleur général, avait été fait brigadier en 1708 pour sa belle conduite pendant le siège de Lille. C'est lui qui devint maréchal de France en 1741. Il se conduisit dans la présente action, au dire de Villars [Mémoires militaires, p. 525), « avec toute la valeur des Colbert. »
2. Charles -François , marquis de BoulTlers-Remiancourt (1G80-I74.'ij, d'abord enseigne aux gardes-françaises, avait depuis 1702 un régiment d'infanterie de son nom; sa belle conduite au siège de Lille, sous son parent le maréchal de Hoiilllcrs, lui avait fail oblenii", vn 1708, le gradf de brigadier.
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devoit s'élever du centre, après que les mines auroient fait leurs effets. Un quart d'heure auparavant qu'on la vît paroître, il régnoit dans toutes les tranchées un morne et profond silence. Enfin, on l'aperçut, et, un moment après, les bruits sourds des mines se firent entendre, deux aux deux lunettes et deux autres aux deux angles saillants du chemin couvert, et, surle-champ, tous nos grenadiers attaquant en même temps, ils s'emparèrent des deux chemins couverts et des deux lunettes. Pendant cette attaque, nous faisions un feu continuel de mousqueterie et de canons aux remparts; nos mortiers ne discontinuoient point de jeter des bombes, et les pierriers des pierres; les grenades pleuvoient des deux côtés : c'étoit un bruit effroyable. Les assiégés ne firent aucune résistance à l'attaque de la droite et aux deux lunettes ; mais, à la gauche, il y eut une défense des plus opiniàtrées : ce qui obligea de faire marcher les piquets qui étoient de ce côté-là, dont les nôtres en étoient. Dès qu'ils eurent joint les grenadiers, on fît une nouvelle attaque, à laquelle les ennemis ne purent résister. Une partie fut culbutée dans le fossé, et l'autre se retira dans les traverses et les places d'armes qui étoient sur notre gauche, d'où ils nous faisoient un feu continuel de mousqueterie, qui, joint à celui de la demi-lune et à celui des remparts, nous tuèrent beaucoup de grenadiers et beaucoup de soldats. Pendant ce temps-là, nos travailleurs faisoient leurs logements. 11 n'y a pas de travail qui aille plus vite que celui-ci : comme il s'agit de la vie, chacun s'empresse le plus promptement qu'il peut à s'enterrer. Au bout d'une heure, les logements furent faits, les grenadiers s'y établirent, et on
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renvoya les pi(|uets aux endroits d'où ils étoient partis. Nous eûmes dans cette attatjue un capitaine de grenadiers de Greder, sept ou huit subalternes et une trentaine, tant jj^renadiers que soldats, de tués, quatrevingts de blessés, et douze officiers de blessés, dont un capitaine de Piémont'.
Le maréchal de Villars resta dans la tranchée jusqu'à tant que tous les logements lussent perfectionnés-. Dès le lendemain, on travailla à faire des batteries sur la crête du chemin couvert, afin de battre en brèche et la demi-lune et le corps de la place.
Ce même jour, 29 septembre, le prince Eugène, jugeant très bien qu'il ne pouvoit nous empêcher de prendre le Quesnoy, décampa de Malplaquet pour repasser la Trouille et aller camper à Rouveroy, dont il fit son quartier général ; il mit sa droite à Givry et sa gauche à Grand-Reng^ Il resta dans ce camp jusqu'au 6 octobre, qu'il fut camper à Soignies*, bourg à trois lieues et demie de Mons, d'où, plusieurs jours après, il renvoya les troupes qui composoient son armée dans ses quartiers d'hiver.
1. Sur celle aclion du 29 septembre, on peut voir la lettre officielle du maréchal au minisire Voysin [Mémoires militaires, p. 524-526), le récit de l'Histoire militaire, p. 92-93, ceux de la Gazette, p. 515-516, et des Mémoires de Villars, p. 173-174.
2. Il eut la manche de sa chemise emportée d'un éclat de bombe [Gazette, p. 516).
3. Ces trois localités du Ilainaut sont situées presque sur une ligne dirigée du sud au nord, en arrière de Mons et de Maubeuge, dans la direction de Charleroy.
4. Chef-lieu d'arnmdissemenl du Ilainaut belge, au nord de Mons, sur la roule do Bruxelles.
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Le l'"^ octobre, qui étoit le surlendemain que notre régiment avoit monté la tranchée, je fus commandé, à la tête de cent travailleurs, pour me trouver à la queue de la tranchée. Je m'y rendis à sept heures du matin. L'ingénieur qui devoit faire faire l'ouverture à la contrescarpe, pour la descente du fossé, appela plusieurs fois les cent travailleurs des gardes françoises destinés pour ce travail; mais, voyant que ces Messieurs n'étoient pas encore arrivés, il demanda les travailleurs de la brigade de Piémont que je commandois, pour marcher à la place des travailleurs des gardes. La paresse de ces derniers me fît perdre bien du monde. Cet ingénieur m'ayant dit à quoi mes soldats dévoient travailler : « Monsieur, lui répondis-je, « je pourrois faire un travail pour un autre; ainsi, je « vous prie de venir avec moi, afin que je sache par « vous-même ce que je dois faire. » Il n'en fit aucune difficulté. Après avoir gagné la tête de la tranchée et passé quelques galeries, nous entrâmes dans un boyau fort étroit, environ de dix toises de longueur ; nous devions élargir ce boyau, qui étoit enfilé par le flanc et par la face du bastion qui étoit à la droite et qui étoit attaqué, et élargir aussi un autre boyau, aussi étroit, dans lequel les ennemis voyoient depuis la tête jusqu'aux pieds de la demi-lune attaquée. Ces deux boyaux faisoient un angle saillant du côté de la place, et il y avoit sur le revers de ces deux boyaux une cinquantaine d'hommes de tués, dont une partie remuoient encore les pieds et les jambes. Ils avoient encore leurs habits : personne n'avoit eu la curiosité de les aller déshabiller. Ce triste spectacle mit une terreur panique dans l'esprit de mes soldats. Aucun "^ 13
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ne vouloit avancer pour li-availler : j'appelois ceux du régiment afin de les encoura«i;ei' ; mais ils n'avoient ni bouche ni oreilles. Voyant cette immobilité, je dis à un de mes caporaux : « Donne-moi ta pioche et ta « pelle. x> Et regardant les autres soldats d'un œil de mépris : « Je vais donc, Messieurs, travailler moi « seul. » Sur-le-champ je pris la pioche, et j'allois me mettre en besogne, lorsque le caporal me dit : « Ah ! « mon capitaine, je ne le souffrirai jamais. » Il reprit sa pioche, et il entra dans ce fatal boyau, où tous les autres le suivirent. Il n'eut pas plus tôt lâché deux coups de pioche, qu'il reçut une balle qui lui cassa la mâchoire; par ses gestes, car le pauvre diable ne pouvoit parler, il me fit des reproches du malheur qui venoit de lui arriver.
Je partageai mes cent hommes dans mes boyaux, à l'exception de six des plus adroits, que je laissai avec l'ingénieur, qui commença lui-même son travail ; c'étoit de faire une ouverture à la contrescarpe vis-àvis la demi-lune, afin de faire ensuite la descente du fossé. Les ennemis nous faisoient un feu si terrible, de canons chargés à cartouches et de mousqueterie, des remparts et de la demi-lune, que je pris le parti d'envoyer au comte de Ganillac ', lieutenant général de la tranchée, pour le prier d'ordonner de faire redoubler le feu à nos canonniers et à nos grenadiers, afin de nous protéger dans nos travaux : ce qu'il fit exécuter sur-le-champ. Le feu de la mousqueterie et du canon des assiégés se ralcLitirent de moitié; mais ils ne cessoient de nous accabler et de bombes et de