‹ Mémoires du chevalier de Qunicy (volume 2)Chapitre 140 sur 203 · Tome I, p · texte numérisé non relu

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pierres, ce qui me faisoit perdre bien des soldats.

M. de Ganillac vint me voir quelque temps après ; il resta un bon quart d'heure avec moi ; il me dit à l'oreille en s'en allant : « Chevalier, vous êtes là dans « une situation des plus critiques et des plus dange- « reuses. Dieu vous conserve ! mais il faut que ce « travail se finisse; il est de la dernière conséquence. » J'eus vingt soldats de tués et une quarantaine de blessés, par conséquent plus de la moitié de mon détachement hors de combat. La brigade eut cette obligation au régiment des gardes françoises; car c'étoit à eux à faire ce travail. Il n'y a rien de plus triste à la guerre que ces sortes de commissions. Les soldats sont armés simplement de leurs outils pour remuer la terre, et les officiers n'ont qu'un bâton à la main pour faire travailler les soldats. Quoique très exposés les uns et les autres, ils ne peuvent acquérir aucune gloire ; car, dès que les ennemis paroissent pour faire une sortie, ils sont obligés de se retirer bien vite à la queue jusqu'à tant que les assiégés se soient retirés : belle manœuvre pour des officiers !

Nos boyaux étant bien élargis et bien approfondis, et la muraille de la contrescarpe ayant été culbutée dans le fossé, il fallut se remettre à un autre travail. Je fis mettre les soldats qui me restoient en haie, afin de recevoir les fascines qu'ils se donnoient de mains en mains, et les derniers les jetoient dans le fossé : ce qui nous altiroit un feu continuel de mousqueterie de la demi-lune, accompagné de bombes, de grenades et de pierres qui ne cessoient de nous accabler de tous côtés. Enfin, nous fûmes relevés après

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avoir été douze heures dans ce pénible travail. Le fossé jusqu'à la demi-lune étoit presque comblé lorsque nous nous retirâmes : ce (|ui nous mit en élat d'attaquer, le lendemain, la demi-lune, qui fut emportée avec toute la valeur possible, quoique la défense en fut très opiniâtre.

Le 4, après midi. M, d'Ivoy ayant tenu un conseil de guerre, il y fut résolu de capituler, par la raison que, les brèches étant presque praticables et le fossé presque comblé pour aller au corps de la place, il auroit hasardé, en retardant un peu de se rendre, d'être emporté d'assaut.

Malgré la belle défense et la nombreuse artillerie qui étoit dans cette place, le maréchal de Villars ne voulut écouter aucune proposition, sans qu'au préalable il ne se rendit, lui et sa garnison, prisonniers de guerre. Il accorda seulement que les soldats ne seroient point dépouillés et que les officiers sortiroient avec leur épée et leurs équipages. Cette garnison fut envoyée en France ^

Il est innombrable l'artillerie et les munitions de

1. Mémoires militaires, p. 116; Histoire militaire de Quincy, p. 93-94; Gazette de France, p. 527; Gazette d'Amsterdam, n° Lxxxii. Voici ce que disent les Mémoires de Sourc/ies à propos de M. d'Ivoy (p. 509) : « Le maréclial de Villars avoil accordé au général-raajor d'Ivoye un congé de huit jours pour aller voir sa femme, qui étoit accouchée depuis peu ; mais le Roi manda au maréchal de faire savoir à d'Ivoye qu'il ne prît pas un seul jour de plus que ce qu'on lui avoit accoi'dé, et qu'il se rendît à l'armée de S. M. au jour préfix, pour s'en aller à Tours, lieu de sa prison, attendu qu'il ne mériloit pas d'être traité comme les autres prisonniers, à cause des mauvais discours qu'il avoit tenus contre le Roi et contre l'Etat dans le temps qu'il étoit prisonnier à Chartres. »

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guerre de toutes sortes d'espèces que l'on trouva dans cette ville, qui ne tint que quinze jours de tranchée ouverte, quoique la garnison fût très forte, et que jamais place n'a été si bien munie^

31. de Montet est fait prisonnier. — M. de Montet^, François religionnaire, brigadier dans les troupes hollandoises, et qui a été ensuite lieutenant général de leurs armées et commandant à Tournay, y fut fait prisonnier et envoyé à Reims. 11 avoit été capitaine dans notre régiment. La révocation de l'édit de Nantes le fît sortir du royaume ; il étoit fort estimé et des François et des Hollandois. Il est mort à Tournay.

Le fort de la Kenocque surpris. — Nous apprîmes le 6 que le fort de la Kenocque, bâti dans une île que forme l'Yser entre Dixmude et Ypres% avoit été surpris par les ennemis, le 4 au matin, et que le commandant aussi bien que sa garnison avoient été faits prisonniers de guerre*. Ce commandant n'avoit jamais été que gendarme du Roi. Il avoit un frère qui étoit un

1. Il y a un état de l'artillerie et des munitions trouvées au Quesnoy dans les Pièces des Mémoires militaires, p. 527-528.

2. Sans doute un membre de la famille du Montet de la Terrade, originaire du Quercy, et dont une branche était établie en Bourgogne.

3. La Kenocque, Quenoque ou Knocke, au confluent de l'Yser et de l'Yperlée, était une position stratégique importante au centre de la Flandre occidentale.

4. C'est le partisan Simon de Rue ou de la Rue qui exécuta ce coup de main avec cent quatre-vingts soldats : voyez VHistoire militaire, p. 95; les Mémoires militaires, p. 118; la Gazette de France, p. 238; les Mémoires de Sourches, t. XIII, p. 110, et surtout la Gazette d'Amsterdam, no^Lxxxn etLXxxin, dans laquelle il y a une relation envoyée par le commandant d'Ostende.

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des premiers valets de chambre du duc d'Orléans, nommé Saint-Léger^; pendant la régence de ce prince, il eut la lieutenance de roi de Montmédy-. La faveur fait toujours oublier les plus grandes fautes.

Siège de Boucliain. — Le maréchal de Villars, non content encore de la conquête de ces deux places, prit la résolution, quoique la saison fût fort avancée, de joindre à ses lauriers celle de Bouchain, que milord Marlborough nous avoit enlevé la campagne précédente.

Dès le 27 du mois dernier, il avoit envoyé neuf bataillons pour faire faire des fascines et des gabions dans les bois de Marchiennes. Il chargea le marquis d'Alègrc, lieutenant général des armées du Roi, du détail de ce siège, avec quarante bataillons qu'il fit venir de nos places, afin de laisser reposer ceux qui a voient servi à nos sièges, et quarante-neuf escadrons. Sept lieutenants généraux et sept maréchaux de camp furent nommés aussi pour ce siège. Cette place fut investie le 2 octobre^. H y avoit dans cette ville quatre bataillons; M. de Growestein, qui avoit acquis

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