Déjà dit tome II, p
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On nous servit de cette soupe clans plusieurs plats, après qu'elle eut été sur le feu pendant une bonne heure. Je la trouvai bonne; mais j'en fus la dupe, car j'en fus si gonflé et si rassasié, que je ne pus rien manger de tous les autres mets (|u'on nous servit.
Guise. — Guise est une assez jolie ville. On dit « les nobles de Guise. » Les grisettes y sont charmantes. Cette ville est située dans le pays de Thiérache, sur la rivière d'Oise, dépendant de la Picardie. Il y a un château qui la domine ; elle a quelques privilèges, et elle a titre de duché. Elle a donné le nom à une branche de la maison de Lorraine, dont il est sorti de très grands hommes.
Laon. — Nous nous rendîmes le lendemain à Laon, où nous couchâmes. Celte ville est la capitale du pays Laonnois. Il y a un évéché suffragant de Reims; l'évêque est duc et pair, et il porte la sainte ampoule au sacre de nos rois. Elle est située sur une montagne ; l'air y est très bon, et les vins des environs en sont renommés. Ce fut Ancelin, évèque de cette ville, qui livra Charles de Lorraine, dernier prince du sang de la race des Carlovingiens, à Hugues Capet.
Le 27, j'arrivai à Soissons, où je passai huit jours chez M. d'Ormesson, intendant de la province, qui me fit la plus grande chère du mondée Tous les
1. M. d'Ormesson était mort au commencement de 1712, comme on l'a vu ci-dessus, p. 103. Ce que notre auteur va donc raconter de son séjour chez lui doit se rapporter à la fin d'une campagne précédente, probablement cclU; de 1709, où le chevalier s'arrêta à Soissons pendant quelques joui's (tome II, p. .'^89). Cette attribution à 1709 est encore rendue plus probable par ce qui va être dit des faux Chavigny-le-Roi, dont la supercherie fut découverte en février 1710.
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jours, c'étoit de nouvelles fêtes; la chasse, la comédie, le bal et les concerts se succédoient les uns aux autres. Ces plaisirs me firent oublier les fatigues que j'avois essuyées pendant cette campagne. M. de Chavigny, guidon des gendarmes du Roi^, y passa pendant que j'y étois. Il soupa avec nous. C'étoit un homme très bien fait, qui avoit l'air et les manières d'un homme de qualité. Il passoit dans ce temps pour être de la maison de Ghavigny-le-Roi ; il fut présenté à S. M. sur ce pied-là. Ainsi, il n'eut pas de peine d'avoir l'agrément pour acheter la charge qu'il avoit; mais, dans la suite, on sut malheureusement la vérité. On apprit qu'il étoit fils d'un procureur, à qui il étoit resté tous les titres de la maison de Ghavigny-le-Roi, une des plus anciennes de la Bourgogne, qui est éteinte-. Ce procureur, homme très riche, avoit fait
1. Anne-Théodore Chevignard, chevalier de Chavigny, puis comte de Toulongeon, né à Beaune en 1687, guidon des gendarmes en 1709, dut se démettre en février 1710, fut employé par Torcy dans des négociations secrètes en Hollande, puis par l'abbé Dubois, parvint à être envoyé de France à Gênes (1720), en Espagne (1722) en même temps que Saint-Simon, à Ratisbonne (1726), à Londres (1732), en Danemark (1737), en Portugal (1740), à Venise (1749) et en Suisse (1751); il eut le gouvernement de Beaune en 1737, et mourut le 26 février
2. Bonne maison de Poitou, et non de Bourgogne, dont la généalogie remonte au commencement du xiv* siècle. Un de ses membres fut grand aumônier de France en 1515; deux autres furent successivement capitaines des gardes du corps des x'ois François l^% Henri II, François II, Charles IX et Henri III, et le second eut le collier de l'ordre du Saint-Esprit à la première promotion de 1578. La maison s'éteignit par la mort de ce dernier, sans enfants, en 1606 [Histoire généalogique, t. Vni, p. 249-252).
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élever ses deux fils comme des gens de la plus grande coudilion. Le second étoit abbé' ; il demanda au Roi une abbaye considérable ^ et ce fut la cause de leur perte ; car des personnes qui demandoient aussi cette abbaye découvrirent l'origine de MM. de Chavigny. Ainsi, l'ainé l'ut obligé de vendre sa charge de guidon des gendarmes du Roi; je ne sais ce qu'il est devenu. A l'égard de l'abbé, il acheta dans la suite une charge de président à mortier au parlement de Besançon, et il s'est rendu un des plus habiles négociateurs de l'Europe, ayant été ministre du l\oi dans presque toutes les cours étrangères ; il est à présumer qu'il ira au grand ^.
1. Philibert Chevignard, abbé de Chavigny, eut en 1707 une lieutenance de roi de Touraine, dont il se démit en 1708, sans doute pour entrer dans les ordres, obtint en décembre 1709 l'abbaye de Bellefontaine, que le Roi lui relira peu après, et devint par la suite président au parlement de Besançon. M. Estignard, dans son ouvrage sur le Parlement de Franche- Comté, n'a point donné de liste des magistrats de cette cour.
2. Celle de Bellefontaine, au diocèse de la Rochelle [Dangeau, 24 décembre 1709), qui ne valait guère plus de deux mille livres de rente, et non dix-huit ou vingt mille, comme le dit Saint-Simon [Mémoires, éd. 1873, t. VII, p. 274).
3. Notre auteur se trompe : ainsi qu'on a pu le voir cidessus, p. 205, note 1, c'est le chevalier qui devint ambassadeur; l'abbé resta toute sa vie président au parlement de Franche-(À)mté. — Il faut lire dans les Mémoires de Saint- Simon (éd. 1873, t. VII, p. 274-276) l'histoire de ces faux Chavigny-le-Roi. Les compétiteurs de l'abbé pour l'abbaye de Bellefontaine, ayant découvert la fraude, envoyèrent au Roi des lettres de dénonciation anonymes. Dès le mois de février 1710, la supercherie fut prouvée, et les deux frères forcés de se démettre et chassés honteusement [Dangeau, t. XIII, p. 96, 100 et 101; Sonrc/ics, !. X.1I, p. 152 et 154; Journal dr Bar-
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Enfin, j'arrivai à Q[uincy]. Je ne pus m'empêcher de faire des vifs reproches à ma belle -sœur d'avoir excité mon frère de vendre sa terre, ce qui seroit la cause de la ruine totale de la famille. Ma prophétie n'a été que trop véritable. Cette femme avoit passé trois années de suite dans cette terre; quoique maîtresse d'y recevoir ses amis et de la dépense qu'elle y feroit, elle s'y étoit cependant ennuyée. Je n'en suis pas surpris; car elle s'ennuyoit partout où elle étoit. Nous y restâmes jusqu'à Noël, que nous en partîmes pour Paris. Mon frère reprit sa maison rue Saint-Louis-au- Marais, qu'il avoit louée à M"^ [Potier] ^ jeune veuve riche et charmante, qui n'avoit qu'une fille unique.
Gomme je l'ai épousée depuis, il est nécessaire de dire de quelle manière j'en fis la connoissance. Mon frère le lieutenant général de l'artillerie, ayant fait beaucoup de dépense à l'armée, ce qui l'avoit fort endetté, prit la résolution d'abandonner Paris pour se retirer pendant quelques années dans sa terre; ce parti étoit très sage. Il voulut, auparavant, louer la maison où il étoit logé.
Un jour, après dîner, on vint nous avertir que deux dames souhaitoient de voir la maison ; il y en avoit une fort vieille, et l'autre jeune, d'une très aimable figure, et magnifiquement habillée, et d'un très bon goût. Dès ce moment, celle-ci me frappa si vivement,
hier, t. II, p. 248-249; Mémoires du duc de Luynes, t. V, p. 328).
1. Ce nom est en blanc dans le manuscrit. La dame était Madeleine de Sève, veuve d'Anne Potier, seigneur de Notre- Dame-du-Parc, que le chevalier de Quincy épousa en 1714; voyez la Notice préliminaire.
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que je me sentis pour elle une ardeur que je n'avois jamais sentie [)Our aueune femme. Je lui donnai la main pour la conduire dans tous les appartements, pendant que mon frère menoit la vieille. Après les avoir conduites dans leur carrosse, je demandai à mon frère qui étoient ces deux dames; après m'avoir dit et leurs noms et leurs qualités, je lui répliquai : a Ah ! l'aimable personne à qui j'ai donné la main ! « J'ai presque renoncé au mariage; mais celle-ci m'y « feroit succomber, étant très persuadé que je serois « très heureux avec elle. » Elle m'a avoué depuis que les mêmes sentiments que j'avois ressentis pour elle, elle les avoit eus pour moi. Nous fûmes quelque temps sans nous voir. Le hasard me la tit trouver dans une maison où je fus prié de venir accompagner de ma basse de viole; il devoit y avoir un concert. On me mit à côté du clavecin, et c'étoit elle précisément qui en accompagnoit. Quelle satisfaction pour moi! On trouva que nous nous accordions parfaitement bien ensemble. Je lui fis des compliments touchant la délicatesse et la précision avec lesquelles elle touchoit le clavecin ; elle eut la politesse de me dire que personne ne l'avoit jamais mieux accompagnée que moi. Le concert tîni, il fallut nous (juitter.
Comme nos hivers après les campagnes se passoient à Q[uincy], je fus trois années sans la voir. Mon frère ayant vendu sa terre, comme il a été dit ci-dessus \ il reprit la maison qu'il avoit louée à la jeune veuve, qui se logea dans une grande maison à côté de la nôtre. Je fus lui rendre visite dès que je fus arrivé à