‹ Mémoires du chevalier de Qunicy (volume 2)Chapitre 144 sur 203 · Tome I, p. 353-354; il était d'une famille de Normandie · texte numérisé non relu

Tome I, p. 353-354; il était d'une famille de Normandie

fOct. 1712] DU CHEVALIER DE QUINCY. 203

fut poussé un peu trop loin, ce qui pensa nous faire prendre par un parti des enneiiiis à une lieue de cette place. Le chevalier des Brosses me proposa d'attendre jusqu'au lendemain, afin de profiter d'une escorte qui partoit de bon matin pour aller à Guise. Je ne savois pas ses raisons; je lui répondis qu'il n'y avoit pas longtemps que le régiment d'Alsace étoit sorti pour s'y rendre, et que nous le rejoindrions bien vite. Il y consentit. Lorsque nous fûmes à une lieue, un bon vieillard nous dit : « Messieurs, prenez garde à vous. « Les housards ennemis viennent de passer ici dans le « moment; ils sont dans ce bois. » Cet avis nous fit donner des deux; nous n'étions pas à quatre cents pas de l'endroit où ce paysan nous avoit parlé, que nous vîmes paroitre les malpeignés, ce qui nous fit redoubler le galop. Enfin, nous trouvâmes la queue du régiment d'Alsace, avec lequel nous nous rendîmes à Guise. Des Brosses me dit alors (il parloit gras') : « Z'ai eu bien peur ; car ze porte avec moi deux mille « écus dans mon portemanteau. » Je lui fis des reproches de ce qu'il ne m'en avoit point parlé à Landrecies; qu'en ce cas, j'aurois été le premier à proposer de ne sortir de cette ville que le lendemain. En arrivant à Guise, le lieutenant-colonel et les capitaines d'Alsace nous prièrent instamment de souper avec eux, ce que nous acceptâmes. Ils nous donnèrent un souper à l'allemande : ils firent mettre une douzaine de bouteilles de vin de Bourgogne dans une chaudière, dans laquelle ils firent jeter beaucoup de croûtes de pain, du sucre, de la canelle et des clous de girofle.

Page 1