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218 MÉMOIRES [Mai 1713]
habillé comme on le représente. On me raconta que, lorsque l'électeur de Bavière passa par cette ville, le 16 juillet 1708, un seigneur de sa cour, pour se réjouir, s'arma de pied en cap et, étant monté à cheval, voulut faire un coup de lance avec ce Don Quichotte, qui, ayant accepté le déti, lui poussa un si grand coup de lance, qu'il le culbuta par terre, ce qui donna beaucoup à rire à l'Électeur et aux seigneurs qui l'accompagnoient; car ce combat se passa en présence de S. A. É. Mais cette comédie pensa devenir une véritable tragédie, parce que Don Quichotte n'eut pas plus tôt jeté son homme par terre, qu'il descend promptement de son cheval, met le sabre à la main, et il lui alloit couper la tête, si on ne l'eût empêché. Personne n'ose depuis se mesurer avec ce fol.
Le 17, j'envoyai prier notre colonel de me faire le plaisir de me prêter sa chaise de poste afin de me rendre à Strasbourg. Je souffrois si cruellement du côté, qu'il ne m'étoit plus possible d'aller à cheval. J'arrivai à Strasbourg, où iMessieurs de la ville me logèrent chez un bon chirurgien françois, qui, par son habileté et par ses soins, me mit en état, au bout de quinze jours, de monter à cheval pour aller joindre le régiment, qui étoit campé avec notre armée sur la hauteur de la Petite-Hollande^.
Pendant le temps que je fus à Strasbourg, je vis la procession du Saint-Sacrement. C'est la jilus belle que j'aie jamais vue. Il faut bien trois heures pour la voir passer; toutes les paroisses et tous les chapitres s'y trouvent, et une quantité extraordinaire de confréries.