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[Juin 1713] DU CHEVALIER DE QUINCY. 219
Les ornements de la cathédrale y sont superbes. C'est Louis XIV qui en a fait présent; on prétend qu'ils lui ont coûté dix-huit cent mille livres ; il y en a de plusieurs couleurs ^ Le duc des Deux-Ponts^ suivoit le Saint-Sacrement un cierge à la main. Pendant la procession, il est ordonné aux luthériens de ne point sortir de leurs maisons, ou de se mettre à genoux quand le Saint-Sacrement passe, s'ils se trouvent dans la ville. »
Je partis le 6 juin de Strasbourg, trois jours après le maréchal de Villars^, qui fut coucher le 3 au Fort- Louis*. Toutes les troupes qui dévoient composer son armée étoient en mouvement; elle étoit composée de^
Le maréchal de Yillars, pour donner le change au
1. C'est en 1698 que Louis XIV fit ce don à la cathédrale de Strasbourg [Mémoires de Sourches, t. VI, p. 92). Il y avait quatre ornements, de chacune des quatre couleurs liturgiques, blanc, rouge, violet et vert, et composés chacun d'un gi-and nombre de pièces (Mémoires de Saint-Simon, éd. Boislisle, t. VIII, appendice V, p. 435).
2. Gustave-Samuel-Léopold de Deux-Ponts, de la branche de Clébourg, qui n'entra en possession du duché qu'en 1718, à la mort du roi Charles XII de Suède.
3. Villars était parti de Paris le 22 mai et s'était rendu à Metz, où il arriva le 24, pour conférer avec le maréchal de Bezons. Voyez les lettres que les deux maréchaux écrivirent au ministre de la guerre, dans les Mémoires militaires, t. XI, p. 230-233.
4. Cette place forte avait été construite par Vauban dans une île du Rhin, à six lieues nord-est de Strasbourg.
5. Les chiffres sont restés en blanc dans le manuscrit. L'armée de Villars comptait, au commencement de juin, cent vingtsept bataillons et cent dix-sept escadrons [Mémoires militaires, p. 234).
220 MÉMOIRES [Juin 1713]
prince Eugène, qui commandoit l'armée de l'Empire, ne fut pas plus tôt arrivé au Fort-Louis, (ju'il marcha à la tête d'un gros détachement pour aller du côté des lignes d'Ettlingen^ afin d'attirer l'attention des ennemis de ce côté-là. Ensuite, il alla coucher à Laulerbourg, où il ordonna au comte de Broglie, lieutenant général des armées du Roi, de se rendre, à la tête de mille grenadiers, de quinze bataillons et de vingt-deux escadrons, pour s'emparer de la chaussée de Philipsbourg. M. de Broglie fit tant de diligence, qu'il y arriva à onze heures du soir, quoiqu'il y eût dix bonnes lieues de Lauterbourg à cet endroit. Il empêcha par cette rapide marche le prince Eugène de passer le Rhin. M. de Villars le suivit avec le reste de son armée. Dès que l'armée eut gagné les hauteurs qui sont après les bois de Germersheim-, notre général fit sonner des fanfares à toutes les trompettes pour faire entendre que les ennemis avoient donné dans le torquet^, et qu'il étoit en état, malgré eux, de faire le siège de Landau; ce qu'il exécuta^.
Je partis, comme il a été dit, de Strasbourg le 6. Je fus coucher à Lauterbourg, petite ville un peu for-
1. Ville du grand-duché de Bade, à une quinzaine de kilomètres au sud de Carlsruhe.
2. Sur la rive gauche du Rhin, vis-à-vis de Philipsbourg, à quatre lieues au sud de Spire.