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Et très voisin du Rhin

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une troupe de housards du côté de Worms; j'y montai, atin de voir par moi-même ce qui en étoit. Ils étoicnt bien deux cents; je fis ma petite disposition pour les recevoir. J'ordonnai à un de mes sergents, qui étoit avec dix hommes dans un chemin par où ils venoient, de se mettre derrière une haie et de ne faire tirer qu'à brùle-pourpoint, et ensuite venir me rejoindre dans mon poste. Ce sergent, que je connoissois pour être un très brave homme, exécuta parfaitement bien l'ordre que je lui avois donné; il ne fit tirer que lorsque les malpeignés furent auprès de lui : il en jeta quatre par terre et deux chevaux, et il gagna sur-le-champ bien vite mon poste. L'officier qui étoit à la tête de cette troupe s'arrêta sur-le-champ; il fut quelque temps incertain touchant le parti qu'il prendroit, apparemment s'il m'altaqueroit oui ou non. Comme j'étois éloigné de l'armée, et par conséquent nul secours à espérer, il pouvoit fort bien m'attaquer après avoir fait mettre ses housards pied à terre, d'autant plus qu'ils étoient quatre contre un ; mais, ignorant sans doute le nombre d'hommes qu'il y avoit dans mon poste, il prit le parti de se jeter sur la gauche du village, hors la portée du fusil. Après sa retraite, je renvoyai le même sergent, avec dix hommes, au même endroit, où je me rendis moi-même. Les quatre housards tués a voient été dépouillés par leurs camarades auparavant de se retirer; mes soldats profitèrent seulement des deux selles et brides des chevaux tués. Dès que je fus relevé et arrivé au camp, je fis rapport de la petite action de mon sergent à notre colonel; je l'avois mené avec moi. Il me promit que dans la suite il fcroit quelque chose pour lui ;

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mais ce pauvre diable fut tué au siège de Fribourg.

Quelques jours après ce détctchement, nous fîmes une partie, deux de mes camarades et moi, d'aller dîner à Worms : dessein des plus téméraires, car, depuis Frankenthal jusqu'à cette première ville, il n'y avoit que ce seul poste, dans lequel j'avois été de grande garde, pour nous protéger contre les housards. Cependant nous nous embarquâmes pour ce voyage, dans lequel. Dieu merci! il ne nous arriva rien. Étant arrivés à Worms, et après avoir ordonné notre dîner, nous fûmes voir le commandant des cent hommes qui y restoient toujours, et qui se tenoient dans l'église cathédrale et dans le clocher. Il nous dit que nous étions plus heureux que sages d'être venus dans cette ville, qu'il n'y avoit presque point de jours que les housards impériaux ne vinssent rôder autour, et que souvent ils venoient dans la ville pour boire; qu'il nous souhaitoit un bon retour dans notre camp. Nous vîmes aussi un seigneur de la cour de l'Électeur palatin qui nous dit la même chose. Tous ces discours ne nous empêchèrent point de dîner très bien et tranquillement. On nous donna un bon cochon de lait farci.

Worms. — Après le dîner, nous fûmes voir l'hôtel de ville; on nous montra la salle dans laquelle Charles- Quint avoit eu une conférence avec Luther, ce qui a rendu cette ville encore plus célèbre, surtout parmi les luthériens ^ Elle se ressent encore d'avoir été

1. C'est le 17-18 avril 1521, très peu de temps après l'élection de Charles-Quint, que la diète qui se tenait à Worms convoqua Luther par-devant elle pour l'obliger à rétracter ses

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brûlée et ruinée par les Fraii(;ois en 1 090 ; il y a quantité de maisons qui ne sont point rebâties. Il y a un évêché suffragant de Mayence. Les chanoines, qui sont barons, l'ont des preuves comme à Strasbourg. Ils sont seize; ils ont le droit d'élire l'évèque, qui est seigneur de la ville et du petit pays qui l'environne, et d'être élus. Cette ville est dans le Bas-Palatinat. En nous en retournant dans notre armée, nous trouvâmes un de ces chanoines à cheval, à qui nous demandâmes s'il y avoit quelque chose de nouveau; il revcnoit du quartier général de Spire. Il nous répondit comme en colère : a Votre b... (tout à droit) de maréchal de 0 Villars nous ruine entièrement; il est insatiable. » Cette réponse nous fit beaucoup rire.

Le 1 3 juillet, le prince Eugène ayant fait descendre beaucoup de troupes du côté de Mayence, le maréchal envoya vingt-cinq bataillons à notre camp.

Le 31 juillet, treize compagnies de grenadiers (les deux du régiment en étoient) eurent ordre, de bon matin, de se rendre devant Landau. Nous apprîmes depuis que c'étoit pour attaquer l'avant-chemin couvert et trois lunettes, dont nos grenadiers s'emparèrent la nuit du 31 juillet au 1^' d'août.

Nos deux compagnies de grenadiers se rendirent encore devant Landau, le 18 du même mois, avec d'autres de notre armée, pour l'attaque des deux contre-gardes, qu'elles emportèrent.

Prise de Landau. — La prise de ces deux ouvrages obligea le prince Alexandre de Wurtemberg de faire

doctrines en présence de l'empereur. Luther s'y refusa et fut mis au ban de l'Empire.

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battre la chamade le lendemain 19, à huit heures du matin; mais, comme nos généraux exigèrent que ce prince et sa garnison se rendissent prisonniers de guerre, à laquelle proposition il ne voulut pas se rendre, le feu recommença de part et d'autre * jusqu'à dix heures du matin du lendemain, que les ennemis arborèrent le drapeau blanc. Ils se rendirent prisonniers de guerre, et ils furent conduits à Haguenau, escortés par un gros détachement^. Ils étoient au nombre de quatre mille cinq cents hommes, sans compter quatre cents officiers^. Le gouvernement de Landau fut donné au marquis de Biron*, lieutenant

1. Voici le passage des Mémoires de Villars (p. 201) relatif à cet épisode : « Un colonel des ennemis vint apporter la capitulation. « Avant que je prenne la peine d'en lire les articles, « dit le maréchal, celui de prisonniers de guerre y est-il ? » L'officier répondit que le prince de Wirtemberg n'y consentiroit jamais. « Reportez donc votre capitulation, lui répliqua le a maréchal. Bien des compliments à M. de Wirtemberg, dont « je considère fort le mérite et la naissance; mais je veux pri- « ver les ennemis du Roi, pendant quelque temps, d'un aussi « bon général et d'aussi braves troupes que celles qui défendent « Landau. » Le colonel s'en retourna, et l'on recommença à tirer. »

2. Sur le siège et la prise de Landau, on peut consulter y Histoire militaire du marquis de Quincy, t. VII, p. 221-253; les Mémoires militaires, p. 256-317; la Gazette de France, p. 309-310, 323-324, 334-335, 347-348, 360, 371-372, 383- 384, 394-396, 407-408, 418-420 et 431-432; la Gazette d'Amsterdam, n°^ Liv à Lxxni.

3. L'état officiel de la garnison qui sortit de Landau, donné dans les Pièces des Mémoires militaires, p. 617, indique 209 officiers et 5,449 soldats ; de plus, il restait dans les hôpitaux 630 blessés.

4. Charles-Armand de Gontaut, marquis de Biron, était lieutenant général depuis 1704; il devint en 1721 membre du con-

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général des armées du Roi, qui a voit eu le bras emporté d'un boulet de canon, le 2 juillet, étant de tranchée; la lieutenance de roi à M. de Chastenet, brigadier et lieutenant-colonel du régiment de Saintonge^ et la majorité à M. de Garbonnel, capitaine des grenadiers de Poitou.

Après que toutes les tranchées et tous les travaux qu'on avoit faits devant cette place furent comblés et rasés, que les brèches furent réparées, et que cette forteresse fut bien ravitaillée-, le maréchal de Villars et le maréchal de Bezons tinrent un conseil de guerre à Spire, où tous les officiers généraux furent appelés. Il s'agissoit de savoir quelle entreprise il convenoit de faire vu la supériorité de nos troupes sur celles des Impériaux, et que la saison n'étoit point encore avancée. Le résultat de ce conseil fut de faire le siège de Fribourg, afin de nous mettre en état de pénétrer l'année prochaine par la vallée de Saint-Pierre^ dans la Bavière, et, par là, obliger l'Empereur de faire la paix'^.

seil de régence de Louis XV, duc et pair en 1723, maréchal de France en 1734, et mourut en 1756.

1. Ou de Chastenay, dune famille de Périgord. Il était brigadier depuis le 31 mars 1710 et avait depuis lors servi en Flandre.

2. La Gazette de Leyde [n" 11) prétend que le siège de Landau et les réparations aux fortifications coûtèrent à Louis XIV 2,800,000 livres.

3. C'est la vallée à l'entrée de laquelle est bâti Fribourg. Saint-Peter est un village de la montagne, à l'est de Fribourg, par lequel passe la route qui mène du bassin du Rhin dans la vallée de la Hreg, aiflutnl du Danube; il s'y trouvait une abbaye importante.

4. Villars a inséré dans ses Mémoires it. III, p. 207-212) un

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Le 9 septembre, toutes les troupes qui composoient notre armée se mirent en mouvement pour cette nouvelle conquête, excepté le corps que commandoit le marquis d'Alègre, dont notre brigade étoit, qui devoit faire l'arrière-garde de toute l'armée. Nous ne décampâmes que le 1 0 d'Eppstein^ pour aller dans la Petite- Hollande, que nous abandonnâmes le lendemain 11. Tous les grenadiers et tous les piquets de ce camp volant en faisoient l'arrière-garde. J'étois de piquet. Nous restâmes jusqu'à midi sur les hauteurs vis-à-vis de Philipsbourg. Les ennemis nous laissèrent faire notre retraite avec toute la tranquillité possible. Les housards, que nous apercevions de loin, n'osèrent s'approcher de nous. Nous arrivâmes avant la nuit à Germersheim, le 1 2 à Iockenum% le 1 3 à Lauterbourg, le 14 à Benheim^, le 15 à Offendorf^.

M. d'Alègre resta avec une partie de son camp volant près du Fort-Louis, et M. de Goësbriand marcha à la tète de l'autre, dont notre brigade étoit, pour se rendre près du fort de Kehl. Nous fîmes un camp auparavant d'y arriver. Nous y arrivâmes le 16; l'endroit s'appeloit Ensheim^, village célèbre par la bataille que le grand Turenne y gagna, le 4 octobre 1674, contre Charles III, duc de Lorraine. Le marquis

long mémoire qu'il adressa au Roi, le 2 septembre, pour exposer les différentes opérations que son armée pouvait faire, et préconiser le siège de Fribourg-en-Brisgau.

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