Il s'appelait Tellier
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grenadiers, il y en eut vingt-huit de tués sur la place et quatre blessés dangereusement, autant des lieutenants et des sous-lieutenants, et à proportion des grenadiers et des autres troupes. Jamais action n'a été si meurtrière : une bataille ne nous auroit pas coûté tant de sang^ Gela n'est pas étonnant, puisque les assiégés avoient posté sur leur rempart et dans les ouvrages extérieurs la plus grande partie de leurs troupes. Leur chemin couvert en étoit rempli, afin de favoriser la sortie des douze cents hommes.
Si nous perdîmes bien du monde, les ennemis en perdirent considérablement ; car non seulement presque tous les douze cents hommes dont la sortie étoit composée furent tués ou culbutés dans le fossé, mais aussi ceux qui étoient dans le chemin couvert et dans la lunette furent massacrés. Le maréchal de Villars fut blessé d'un coup de pierre sur les reins; il en fut pour une grande douleur, qui n'eut pas de suite 2; le comte de Croissy, lieutenant général, eut le bras percé d'un coup de fusil; le duc de Fronsac^ aide
1. Les Mémoires de Villars disent deux mille hommes, ce qui est exagéré ; le chiffre officiel est quinze cents hommes, dont cent quatre-vingt-trois officiers [Histoire militaire, p. 227J. La Gazette d'Amsterdam (n° lxxxvii) dit mille hommes, et deux cents seulement du côté des assiégés, ce qui est manifestement audessous de la vérité.
2. Le coup fut tellement violent, que les habits du maréchal étaient percés [Mémoires de Villars, p. 222).
3. Louis-François-Armand de Vignerot (1696-1788), d'abord titré duc de Fronsac, puis duc de Richelieu à la mort de son père (1715), devint maréchal de France en 1748. Il venait de passer, en 1711-1712, quatorze mois à la Bastille, pour ses écarts de conduite.
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de camp du maréchal, blessé légèrement; M. de Contades, major général, blessé légèrement. Les quatre capitaines des grenadiers d'Alsace y furent tués. Ce régiment se comporta avec une valeur et une intrépidité admirable : aussi perdit-il si considérablement, que le maréchal de Villars voulut l'exempter de faire le service le reste de la campagne; mais ce brave régiment voulut le continuer comme auparavant.
Plusieurs personnes blâmèrent M. de Villars d'avoir fait atta([uer le chemin couvert de vive force, ce qui nous avoit fait perdre bien quatre mille hommes^ ; mais, pour peu que l'on fasse réflexion à la situation où nous étions par rapport à la saison avancée, au peu de fourrages que nous avions, et aux vivres qui commençoient à nous manquer, on excusera facilement ce général. 11 étoit de la dernière conséquence de s'emparer de cette place, afin de venir au but que nous souhaitions depuis longtemps, qui étoit d'obliger l'Empereur à faire la paix^.
Le lendemain de cette action, qui étoit le 15, le gouverneur envoya une lettre, à la petite pointe du jour, par un tambour, au maréchal de Villars, pour le supplier de lui accorder une suspension d'armes de quatre heures pour retirer ses blessés et l'aire enterrer les morts : ce qui fut accordé sur-le-champ. Pendant cette suspension, nous retirâmes nos blessés et nous fûmes enterrer nos morts.
Le 10, il ne se passa rien d'extraordinaire, tant à la ville qu'aux châteaux.
1. Voy. ci-dessus, p. 263, n. 1, le montant exact des pertes.
2. C'est dans l'ouvrage de son frère, p. 278, que notre auteur prend ces considérations.
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Le 17, le camp de M. d'Asfeld coucha sous les armes par rapport à la nouvelle que ce général reçut que le prince Eugène s'étoit avancé à la tête d'un gros détachement de son armée pour tâcher de faire entrer un secours dans la place; mais, comme il apprit que les troupes qui composoient le camp de la vallée de Saint-Pierre étoient fort alertes, il se retira à Rothweil, qui étoit toujours son quartier général.
Ce même jour 1 7, notre régiment monta la tranchée devant les châteaux. Pendant le dîner chez l'officier général de tranchée, la conversation tomba sur la sortie que les ennemis avoient faite le 13, où je perdis mon ami Pina. M. d'Esclimont, colonel d'un régiment de dragons^ et frère du marquis de Fervacques-, eut l'imprudence de dire que, de la maison où il étoit logé, il avoit vu les moutons abandonner précipitamment les tranchées, voulant dire par cette expression que nos fantassins avoient lâché le pied. Sur-le-champ, je lui répliquai : « Comment donc. Monsieur, est-ce « que la toison des moutons est rouge ^ présente- « ment? » Tout le monde se mit à rire de ma pensée : ce qui déconcerta si fort mon colonel, qu'il ne répondit pas le mot. Véritablement, c'étoit le détachement de dragons, qui y étoit alors de tranchée, qui avoit pris seul la fuite. Tout le monde en étoit instruit. Il
1. Auguste-Léon de Bullion d'Esclimont, chevalier de Malte en 1697, avait un régiment de dragons depuis juillet 1709; il devint lieutenant général au gouvernement de Guyenne en 1725, et mourut le 3 février 1769, à soixante-dix-sept ans. On l'appelait plutôt le chevalier de Bonnelles.