Petit villa(,'e au iiurd-oiiesl d'izel
[Mai 1710] DU CHEVALIER DE QUINCY. 17
guoient pour ne point combattre une armée qui étoit d'un tiers au moins, comme je l'ai déjà dit, supérieure à la nôtre, et dans un poste si avantageux, et qu'il eut beau représenter l'ardeur de l'officier et du soldat, et que les ennemis battus n'avoient aucune espérance de retraite, les autres généraux restèrent fermes dans leurs premiers sentiments, auxquels, à la fin, le maréchal de Villars se rendit malgré lui^.
Il est très certain que, si l'armée des alliés avoit été obligée de succomber, elle n'avoit aucune retraite. A sa droite, des marais impraticables; à sa gauche, la Scarpe, qu'il falloit passer et repasser; derrière elle, Douay, des marais, et le canal de Douay à Lille : elle étoit enfermée comme dans un entonnoir. Ainsi, cette armée auroit été entièrement anéantie. La France, par conséquent, auroit été encore en état de donner la loi à ses ennemis.
A l'égard de nous, si la fortune nous avoit été contraire, nous nous serions retirés sous le canon d'Ar-
1. Le général Pelet a publié [Mémoires militaires, p. 38-40) la lettre par laquelle Villars rendit compte au Roi de cette décision, lettre écrite du camp d'Arleux le 31 mai. Le maréchal disait : « M. le maréchal de Berwick, M. le maréchal de Montesquiou et tout ce qu'il y a d'officiers généraux... sont persuadés que l'on ne peut attaquer l'armée ennemie sans mettre celle de V. M. dans un péril très apparent de recevoir un très grand échec, et je ne désavouerai point que je n'y croie aussi quelque péril. Vos troupes sont dans une bonne disposition; mais, de marcher à une ligne où le canon est placé, et dont il faut essuyer quinze coups de chaque pièce avant que d'entrer, trouver ensuite des troupes qui tirent à couvert, une cavalerie qui vient nous charger entre les redans, une armée toute rassemblée, je dirai encore qu'il n'est pas impossible de forcer l'ennemi, mais que le désavantage est trop grand pour attaquer. » III 2
iS MÉMOIRES [Mai 1710]
ras; nous avions encore nos ponts pour repasser la Scarpe. Nous abattus, les ennenïis n'auroient pas tait plus de conquêtes qu'ils en ont fait cette campaj^ne. Dans un temps aussi critique où étoit alors malheureusement la France, il étoit nécessaire d'hasarder cette bataille et de taire un coup hardi pour rétablir la réputation des troupes du Roi.
Le maréchal de Berwick partit deux jours après. Il étoit venu par ordre de la cour pour aider le maréchal de Villars en cas de bataille. On lui attribue d'avoir été de l'avis contraire à celui de M. de Villars. Ce fut lui aussi qui empêcha qu'on attaquât le prince Eugène et le duc de Marlborough, l'année 1708, lorsque ces deux généraux faisoient le siège de Lille, malgré le sentiment du duc de Vendôme, qui vouloit les attaquer en arrivant devant leurs lignes. Trop de prudence et de précaution sont souvent hors de saison '.
Je me logeai dans une cense^, à la tète de l'armée, au bas de la hauteur où elle étoit campée. Nous y étions plusieurs officiers avec notre colonel. Cette maison étoit entourée de bonnes murailles, et nous avions une garde de cent hommes, ce (|ui nous mettoit hors d'insulte par rapport aux housards ennemis. Nous y restâmes jusqu'au 17 juin, pendant lequel temps nous consommâmes tous les fourrages de la plaine d'Isse et de Lens.
Notre censé étant entre l'armée ennemie et la nôtre,
1. Sur le drsac'cord perinanenl entre Berwick et Vemlonic pendant la campagne de 1708, voyez les Mémoires de Saint- Simon, éd. 1873, l. VI, p. 129 et 192-193.