Vive-Saint-Éloi, tome I, p
2. Toutes les relations disent : le comte d'Athlone, et ne parlent pas de ce « M. Quinket. » Dangeau seul est plus précis : il dit que le chef de l'escorte du convoi était M. Ginkel, major général et fils du comte d'Athlone. C'est en effet M. de Rudo de Guinckel, fils du général qui commandait alors le.s troupes anglaises en Espagne. Notre auteur en a fait deux personnages différents.
3. La relation officielle de cette expédition, par M. de Ravignan, a ('II' publiée par le général IVlet, p. 309-313. Voyez aussi la Gazette, p. 400-467 et kll-kl^, et une relation particulière apportée à Paris par le chevalier de Valence et insérée dans les Mémoires de Soitrches, t. \II, p. 304-300.
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poudre fit se fit entendre à notre armée et dans toute la Flandre. Ce combat fit beaucoup d'honneur au marquis de Ravignan, d'autant plus qu'il y avoit longtemps que nos armées ne faisoient point parler d'elles. M. Le Blanc, intendant d'Ypres^ ne quitta point M. de Ravignan pendant toute l'action.
Comme nos fourrages et ceux des ennemis se faisoient entre leurs armées et la nôtre, il y avoit presque tous les jours de petits combats. Je suivois souvent l'officier général de jour, avec quelques-uns de mes camarades. Nous en avions le temps; car, notre service fait, nous étions dans une oisiveté insupportable. Je voulois donc, non seulement m'amuser, mais en même temps m'instruire et examiner de quelle manière on devoit se conduire pour poster les troupes destinées pour l'escorte et la chaîne des fourrageurs, et pour la petite guerre. « Mais, me dira-t-on, à quoi « pouvoit vous servir cette science? Vous ne serez « jamais officier général ; vous n'avez plus de protec- « teurs. » Je répondrai à cela que je le faisois pour mon seul plaisir, et que j'y en avois pour le moins autant qu'au plus magnifique et brillant spectacle de Paris. J'aimois le métier.
Un jour, je fus dîner chez le maréchal de Villars ; j'en étois encore connu. Pendant le repas, nous vîmes arriver le marquis d'Heudicourt, maréchal de camp^.
1. Claude Le Blanc, intendant en Flandre maritime depuis juillet 1708, devint secrétaire d'Etat de la guerre en 1718, et mourut en 1728.
2. Pons-Auguste Sublet, marquis d'Heudicourt (1675-1742), avait eu un régiment de cavalerie en 1702 et n'était alors que brigadier; il fut maréchal de camp en 1719, lieutenant général en 1734 et succéda à son père comme grand louvetier en 1720.
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On le nommoit par ironie à la cour le Petit-Bon. Il avoit infiiiinient d'esprit; mais on le craignoit partout par rapport à sa langue', surtout depuis la chanson qu'il avoit faite contre MM. de Sourches de Montsoreau* :
Messieurs, voilà des couteaux
Pour châtrer les grands Montsoreaux,
Pour les empêcher de faire,
Tic tic tac et Ion lan la,
Pour les empêcher de faire
Ce qu'on appelle cela.
Et voilà des bistouris Pour châtrer les plus petits.
Pour les empêcher de faire, etc.^.
Dès que le maréchal le vit, il lui tint ce discours : « Vous ai-je fait quelque tort. Monsieur? Ne vous « ai-je pas rendu tous les services qui ont dépendu « de moi? Je vous ai prêté de l'argent autant de fois « que vous m'en avez demandé*; vous m'en devez
1. « C'étoit, dil Saint-Simon, une manière de chèvre-pied, aussi méchant et plus laid encore que son père... Il faisoit les plus jolies chansons du monde, où il excelloit à peindre les gens avec naïveté, et leurs ridicules avec le sel le plus On. »
2. Le marquis de Sourches, grand prévAl de France, et ses deux flls, le comte de Montsoreau et le chevalier de Sourches, nommés dans le tome I, p. 282 et 296.
3. Voyez ce que Saint-Simon raconte à propos de cette chanson sur les Montsoreau [Mémoires, éd. Boislisle, t. XIII, p. 201-202 et 549-550, et éd. 1873, t. VI, p. 240-247).
4. Villars, dit Saint-Simon [Mémoires, éd. 1873, t. VIII, p. 49), « pour faire sa cour à sa mère (M""^ d'IIeudicourl), ce mauvais ange de M""-" de Maintenon..., l'avoit adoniesli<jué, protégé, et, chose fort étrange pour le maréchal. Ini avoit îiouvent, non pas prêté, mais donné de l'argent. »
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« même encore. Ce n'est pas par reproche que je « vous le dis, et je ne vous en'aurois jamais parlé. « Cependant, par reconnoissance, vous écrivez à la « cour contre moi. Vous avez mandé par plusieurs « lettres aux dames de M"*^ la duchesse de Bourgogne « que j'ai eu l'indiscrétion de dire qu'on avoit autant « de peine à me mettre à cheval, par rapport à ma « blessure, qu'on en avoit à y mettre les p... qui « accompagnent cette princesse à la chasse. Je ne me « suis jamais servi de ce terme de p...; tout le monde le « sait. Il est vrai que j'ai dit qu'on avoit autant de peine « à me mettre à cheval qu'on en avoit à y mettre les « dames de M'"^ de Bourgogne. » Je n'ai jamais vu un homme si confus. Il tâcha le mieux qu'il put de s'excuser; mais le maréchal, ne voulant nullement l'entendre, ordonna à un aide-major général de l'armée de le faire conduire avec une escorte dans les prisons de Boulogne. « Vous aurez le temps, continua-t-il, de faire « des chansons contre moi ; mais je m'en f. . . » Le dîner fini, il écrivit au Roi ce qu'il venoit de faire contre M. d'Heudicourt. S. M. l'approuva très fort, et elle lui fit mander qu'il étoit le maître de le laisser en prison autant de temps qu'il le voudroit^ Beau-
1. Saint-Simon, en racontant cette anecdote [Mémoires, éd. 1873, t. VIII, p. 49-50, et Addition à Dangeau, t. XIII, p. 250), ne doute pas que Villars n'ait tenu le propos qui lui était imputé. Voici le récit de Dangeau (p. 240, 25 septembre) : « M. de Villars a fait mettre en prison M. d'Heudicourt, qu'il accuse d'avoir inventé un discours qu'il faisoit tenir à ce maréchal. Il le fît venir devant beaucoup d'officiers et prétendit l'avoir convaincu. M. de Villars al'endu compte au Roi des raisons qu'il avoit eues pour faire arrêter d'Heudicourt, et le Roi le laisse le maître de le laisser en prison tant qu'il jugera à propos. On
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coup (Je personnes lurent charmées de ce qui venoit de lui arriver, entre autres MM. de Montsoreau, qui en Irioniplièi'ent. Il y resta pendant six semairies. Ce fut le maréchal qui le fit sortir'. Il s'attacha depuis si sincèrement à lui, que le maréchal lui rendit son amitié, et qu'il lui donna par préférence un camp volant à commander, pendant l'année 1713, en Allemagne.
Le 23 septembre, notre armée fit un mouvement sur sa gauche, vers Montreuil, en côtoyant la Canche. Notre droite étoit presque vis-à-vis Ilesdin. Ce fut le dernier camp de cette campagne, où le maréchal de Villars nous quitta le 24 pour aller aux eaux. Le Roi envoya le maréchal d'Harcourt à sa place, quoique fort incommodé, qui arriva le 25-.
Ce même jour, un de mes caporaux, brave et déterminé, fut malheureusement pris en maraude par le grand prévôt. Voulant le sauver à quelque prix que ce fût, je me trouvai à l'arrivée de notre nouveau général, à qui je demandai sa grâce. H me dit que ce seroit très mal commencer son commandement que de m'accorder ma demande; qu'il vouloit absolument empêcher la maraude, et qu'ainsi il falloit que justice fût faite. Je lui répliquai qu'il y avoit trente ans que ce soldat étoit dans ma compagnie, que c'étoit la
l'a envoyé dans un fort auprès de Calais. » Les Mémoires atlribut's au marquis de Sourches disent (t, XII, p. 3G(J) : « Au lorl de Nieuiav, » et ne parlent qu'en quelques mots d'une aventure qui aurait dû cependant intéresser particulièrement l'auteur, si c'est réellement ce marquis.
1. Les Mémoires de Sourches (p. 373) annoncent cette mise en liberté, à la prière du maréchal, dès le 3 octol)re,
2. Mémoires militaires , p. 91-92; Mémoires de Sourches, p. 350, 359, 3(3<i et 3(i7.
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première faute qu'il avoit commise. « C'est pour cela « même, me répliqua-t-il, qu'il doit être puni; car « son ancienneté dans les services devoit l'engager à « montrer l'exemple aux autres. » Cependant, malgré la solidité de ces répliques, je ne me rebutai point, et je le pressai si vivement, qu'enfin j'obtins grâce. Il ordonna qu'on me remît ce pauvre diable, qui étoit déjà en marche pour subir son funeste sort. Aussitôt qu'il me vit, il se jeta à mon cou, et il m'embrassa les larmes aux yeux. Je lui fis une réprimande des plus sévères, et ensuite je le renvoyai à la compagnie. Cette grâce me donna occasion de faire presque tous les jours ma cour à Monsieur le maréchal, qui me faisoit l'honneur de m'adresser quelquefois la parole. Je me sus bon gré d'avoir sauvé mon caporal; c' étoit un très bon sujet.
Gomme nous étions près d'Hesdin, nous allions souvent nous y promener. Le marquis d'Havrincourt, en son nom Cardevac^ en étoit gouverneur. Il avoit épousé M"M'Osmont% fille de qualité d'une ancienne maison de Normandie, mais qui, comme bien d'autres, n'avoit aucun bien. Elle avoit été à Saint-Gyr, d'où M""^ de Maintenon, qui l'aimoit tendrement, l'avoit retirée pour être auprès d'elle ^ Par rapport à ce mariage, M. d'Havrincourt, qui avoit servi autrefois
1. François-Dominique de Cardevac, marquis d'Havrincourt, mort le 4 avril 1747.
2. Anne-Gabrielle d'Osmont, née en 1681, mariée à M. d'Havrincourt le 10 mars 1705, ne mourut qu'en 1761.
3. Le Roi lui donna cent mille francs en rentes sur l'hôtel de ville [Dangeau, t. X, p. 266). Voyez sur ce mariage les Mémoires de Saint-Simon, t. XH, p. 422-425, avec le commentaire de M. de Boislisle.
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à la tête d'un régiment de dragons portant son noni\ avoit eu l'agrément d'aclicler ce gouvernement'-. Quoique Arlésien, c'étoil un des plus tins et des plus hal)iles hommes qu'il y ait jamais eu pour ses intérêts^; les gens de la Garonne n'étoient pas plus rusés que lui. J'aurai occasion, dans la suite, d'en parler encore \
Hesdin. — La ville d'Hesdin est sur la Gauche ; elle est du pays d'Artois, et elle a été construite. Tannée 1554, par Philibert-Emmanuel le Grand, duc de Savoie, alors chassé de ses États par François P'; il étoit général des troupes de l'Empereur^. Il la fit bâtir à une lieue de l'ancienne ville d'Hesdin, qui avoit été démolie et détruite quelques années auparavant^. Elle est à quatre lieues de Montreuil, à sept lieues d'Abbeville. Cette place, assez bien fortifiée, est fort petite.
Saint-Venant se rendit par capitulation le 29 septembre, avec tous les honneurs de la guerre, après
1. 11 avait seulement commandé quelque temps les dragons d'Artois en 1690.
2. il paya vingt-cinq mille écus aux enfants de M. de Courtebonne; le gouvernement rapportait douze mille livres.
3. « Homme d'esprit et adroit, qui, au lieu de se laisser estranger, et sa femme, sut plaire et en tirer les meilleurs partis » [Saint-Simon).
4. Notamment pendant la campagne de 1712, où il racontera plusieurs anecdotes sur le compte de M. d'IIavrincourt.
5. C'est pour cela, dit-on, que la ville d'Hesdin est souvent appelée Hesdin-Ferl, à cause des quatre lettres F. E. 11. T., qui forment la d<.'vise de la maison de Savoie.
6. Le Vieil-Hcsdin, détruit par Charles-Quint en 1553, est encore aujourd'hui une coranmne de l'arrondissement de Sainl-Pol.
fOct. 171 Oj DU CHEVALIER DE QUINCY. 5^
treize jours de tranchée ouvertç^; Aire, le 12 octobre, après deux mois de tranchée ouverte moins quelques jours2, avec tous les honneurs qu'on peut accorder à une garnison qui s'étoit si bien défendue, et qui, si elle avoit pu tenir cinq ou six jours, auroit obligé les deux plus grands capitaines de l'Europe à lever le siège ; car, dans un conseil de guerre que les officiers généraux ennemis tinrent, la plus grande partie fut de cet avis. On prétend que ce fut le prince Eugène et milord Marlborough seuls qui [les] ramenèrent à leur sentiment, qui éloit de s'ensevelir plutôt devant cette dernière place que de se retirer honteusement. Il est remarquable et bien surprenant, et presque sans exemple, qu'il n'y ait jamais eu aucune altercation entre ces deux grands hommes, lorsqu'ils ont servi ensemble, quoique de nation et de religion différentes et aux services d'un autre prince, dont les intérêts sont toujours bien différents. Ils alloient tous deux au bien de l'affaire générale, sans aucune jalousie de métier, union que trop fatale à la France, et qui marquoit bien le grand génie de ces deux héros 3. H n'en étoit pas de même de nos généraux : quoique de même religion et servant le même maître, ils ne
1. Voyez la capitulation, datée du 30 septembre, dans les Pièces des Mémoires militaires, p. 313-318.
2. Ce n'est pas le 12 octobre, mais seulement le 9 novembre [Ibidem, p. 334-339, texte de la capitulation), qu'Aire se rendit. La tranchée avait été ouverte le 12 septembre. Voyez V Histoire militaire, par Quincy, p. 365-388, et les Mémoires de Sourches t. XII, p. 356-399, passim.
3. Saint-Simon [Mémoires, éd. Boislisle, t. XV, p. 435) confirme cette remarque.
52 MÉMOIRES [Oct. 1710]
pouvoient le plus souvent s'accorder ensemble '.
Le Roi donna le cordon bleu à M. de Goësbriand ; le coFiile d'Eslrades fut fait lieutenant «^('uéral, MM. de Bueil et de Grimaldi maréchaux de camp; il y eut beaucoup d'officiers particuliers récompensés^. Nous perdîmes donc, pendant le cours de cette campagne, trois places considérables; qu'aurions-nous perdu de plus, si nous avions été battus lorsque nous marchâmes pour faire lever le siège de Douay? Certainement, nous n'en aurions pas perdu davantage. Ainsi le maréchal de Villars avoit raison, vu les circonstances, d'hasarder une bataille-'. Les conseils timides et trop mesurés sont le plus souvent très dangereux : il y a des occasions où il faut nécessairement donner à la fortune.
Nos semestres étant arrivés, et les armées des ennemis s'étant retirées pour aller dans leurs quartiers d'hiver, je partis, avec Boisduval et mon ami La Bussière, le 30 octobre. Nous fûmes coucher à Abbeville.
Crécy. — En y allant, nous passâmes à Crécy, bourg situé sur rAuthie', rivière qui prend sa source à Authies^, village qui lui a donné son nom. Elle passe
1. Comme, par exemple, Berwick et Vendôme : ci-dessus, p. 18.
2. Journal de Dangcnu, t. XIIl, p, 287 et 290; Mémoires de Sourc/ies, t. XII, p. 404 et 400.