Ci-dessus, p
2. Eugène-Marie de Béthisy (1656-1721), marquis de Mézières, avait été promu lieutenant général le 29 mars 1710.
3. « Estimé pour son courage et pour son application à la guerre, » dit Saint-Simon [Mémoires, éd. Boislisle, t. XIV, p. 319-320), quoique « bossu devant et derrière à l'excès, la tête dans la poitrine au-dessous des épaules. »
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a seront officiers généraux; et voilà des troupes bien « commandées ! >
Faisons ici une petite réflexion. M. de Vendôme n'avoit-il pas bien raison de dire qu'il aimoit mieux un bon lieutenant-colonel et un bon capitaine de grenadiers dans son armée, que tous ces messieurs les courtisans? Il n'y en a pas un seul (lui ne veuille devenir officier général ; mais aucun ne se donne la peine d'en avoir la capacité. La plupart ne servent que pour obtenir la survivance ou d'un gouvernement de province, ou d'une grande charge à la cour. On ne l'a pas plus tôt, qu'il leur vient, soi-disant, une incommodité qui les oblige à quitter le service. Tous les jours, nous ne voyons que trop cette manœuvre. En vérité, le Roi ne devroit jamais donner aucune survivance; il en seroit mieux servi. Mais, me dira-t-on, il faut bien récompenser les grands hommes dans leurs enfants. A quoi je répondrai : si ces enfants l'ont mérité par leurs propres services, cela est juste ; je leur donnerois la préférence pour avoir des régiments, afin de se mettre en état d'obtenir par leurs services distingués les grâces du Roi. Si cela s'exécutoit, il y auroit une véritable émulation à servir bien S. M. Ce seroit le moyen de faire de bons officiers généraux, et ensuite de grands capitaines. Car, de la manière dont cela se pratique en France, je crains, avec raison, de n'en voir plus dans ce florissant royaume. Je dis donc, pour le présent, que le vrai militaire, le bon sujet, le bon François sont certainement dans les subalternes : les premiers ne songent qu'à leur propres intérêts et à bien établir leurs maisons; ceux-ci, à la gloire du Roi, de la patrie et du nom François. Le peu de
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bien qu'ils ont, ils le sacrifient au service du Roi. Je le répéterai encore : nous n'aurons jamais de bons officiers tant qu'on donnera des régiments aux enfants qui sortent du collège. Il faudroit les faire servir subalternes et capitaines, pendant un certain temps, dans les deux armes, c'est-à-dire et dans la cavalerie et dans l'infanterie, auparavant que de leur donner l'agrément d'un régiment, et ne le donner qu'à ceux qui se seroient le plus appliqués au service. Revenons à notre petite affaire d'Hordain.
Nos troupes ramenèrent avec elles deux cents prisonniers, du nombre desquels étoient le comte de Denhoff^ sergent général de bataille, le major général Borech^, M. Tivel, colonel, et plusieurs autres officiers. Dans le temps qu'on nous les amenoit, le bruit se répandit qu'on avoit fait prisonniers les députés de Hollande. La capture auroit été bonne; mais cette nouvelle se trouva fausse. Nous n'eûmes personne de tué. Le marquis de Fénelon fut blessé si dangereusement à la cuisse, qu'il en est estropié pour toujours. Le marquis de Soyecourt eut un cheval tué sous lui. Le pauvre animal eut cependant la force de le ramener jusqu'en deçà de l'Escaut ; il n'eut pas plus tôt repassé cette rivière, qu'il tomba roide mort. Ce cheval appartenoit à Mazancourt, capitaine au régiment; c'étoit le même dont un colonel allemand lui avoit fait présent pour lui avoir sauvé la vie pendant notre
1. Otto-Magnus , comte de Denhoff et du Saint-Empire, devint par la suite lieutenant général de l'infanterie et ministre de la guerre du royaume de Prusse.
2. Les Mémoires militaires disent : Borck; mais ils ne nomment pas d'autres prisonniers.
m MÉMOIRES [Sept. 1711 J
belle sortie de Toulon * : ce qui ^ obligea les alliés à lever le siège de la ville.
Entvi'in'isc sur Douaij munquée. — La seconde entreprise^ étoit d'une très grande conséquence.
Le maréchal de Villars, bien informé que les troupes qui composoient la garnison de Douay n'étoient pas suffisantes pour la garde d'une si grande ville, fit le projet de tâcher de la surprendre. Dans ce dessein, il ordonna à M. d'Albergotti, qui en connoissoit parfaitement le fort et le foible, de marcher à la tête de huit mille hommes, dont trois mille grenadiers, du côté de la porte Saint-Éloi, près de laquelle on avoit fait assembler plusieurs bateaux afin de passer l'inondation. Dans le temps qu'on alloit planter les échelles, malheureusement la lune vint à paroître. La sentinelle qui éloit sur le rempart, apercevant nos soldats, se mit à crier : « Gunezuine^f Aux armes! » et tira son coup de fusil : ce qui mit l'alarme de ce côté-là. Ainsi, la mèche étant découverte^, il fallut se retirer bien vite. Il est certain que, si cette entreprise avoit réussi, Marlborough auroit été obligé de lever le siège de Bouchain^.
1. Ci-dessus, tome II, p. 273; le colonel allemand se nommait M. de Wartraann.