Tome II, p. 163 et suivantes
2. Il a déjà mis cette remarque dans la bouche de Vendôme : tome II, p. 171-172.
3. Le Journal de Dangeau et les Mémoires de Sourches annoncent cette mort le 22, ce qui est la vraie date.
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Depuis qu'il s'éloit retiré, il vivoit clans cette terre comme un simple particulier. Tout le monde sait (jue sa modestie lui Ht refuser le cordon bleu, dont le Roi vouloit riionorer, faisant entendre par ce refus que, par sa naissance, il ne pouvoit prétendre à ce titre d'honneur^ Plusieurs personnes l'en ont blâmé; car il ne lui falloit que très peu d'années pour avoir les cent ans et un jour de noblesse qu'il faut afin d'être reçu de droit dans l'ordre du Saint-Esprit-. Son père et son grand-père avoient été conseillers de la Grand'- Chambre du Parlement de Paris ^, et son bisaïeul avoit été lieutenant général au présidial de Tours*. Voici un éloge de lui que peu de personnes savent, et qu'il est bon de transmettre à la postérité; c'est un seigneur piémontois qui me l'a rapporté, lorsque je passai à Turin, l'année 1702 : « Messieurs les François, nous « dit-il, vous ne faites pas assez grand cas d'un grand a homme que vous avez chez vous; je parle de M. de « Catinat. » Et, après avoir parlé de ses grandes actions, il ajouta qu'il étoit présent lorsque ce général dîna avec le duc de Savoie, son maître, à Turin, lorsqu'il passa par cette ville, en 1701, pour aller commander l'armée du Roi en Italie, et que ce prince
1. Mémoires de Saint-Simon, éd. Boislisle, t. XII, p. 360-364.
2. Les articles xxi et xxii des statuts prescrivent seulement trois degrés de noblesse paternelle.
3. Pierre F"" et Pierre II Catinat, le premier mort en 1626, le second en 1674.
4. Le bisaïeul, Nicolas Catinat, était lieutenant particulier au siège royal de Morlagne-au-Perrhe ; c'est lo trisaïeul qui fut, non pas lieutenant général au présidial de Tours, mais receveur du chapitre de Saint-Martin. — En admettant que le père et l'aïeul du maréchal eussent la noblesse attributive par leurs olfices de robe, il lui manquait néaniuoias un degré.
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dit : et Lorsque j'étois jeune, j'aurois donné, si on « m'avoit voulu croire, une bataille tous les jours; « mais Monsieur le maréchal que voilà, en montrant « M. de Catinat, m'a bien corrigé de cette envie. » Quel honneur pour ce général, et pour le duc de Savoie même! Revenons à ce qui se passa en Flandres.
On s'aperçut à Arras, le 2 mars, à sept heures du matin, du côté de la porte de Rouville, que des travailleurs, soutenus par un corps considérable ennemi, travailloient à une parallèle, et qu'ils élevoient déjà des batteries, et de canons, et de mortiers, à quatre cents toises de cette place ^. Le maréchal de Montesquiou, à qui le Roi avoit donné le commandement de ses troupes en Flandres pendant l'hiver, et qui faisoit sa résidence à Arras, après avoir fait prendre les armes à toute la garnison, ordonna à M. de Belsunce, brigadier des armées du Roi^, de sortir à la tète de cinq bataillons et de toute la cavalerie qui étoit dans cette place, par la porte de Rouville, afin de reconnoître de plus près les travaux des ennemis et d'attaquer en même temps les troupes qui s'étoient emparées du faubourg : ce qu'il exécuta. Mais, malheureusement pour lui, s'étant trop avancé pour reconnoitre par lui-même leurs forces et leurs travaux, il fut blessé dangereusement et fait prisonnier. On apprit, par les prisonniers que l'on fît, que le comte d'Albemarle, ayant rassemblé une trentaine de bataillons près de Douay,
1. Gazette, p. 144 et 168; Gazette d'Amsterdam, n°^ xx et xxi; Sourches, p. 317; Histoire militaire, t. VII, p. 32-34; Mémoires militaires, t. VII, p. 10-12.
2. Armand de Belsunce, colonel du régiment deNivernois, et brigadier depuis janvier 1709, mourut le 18 juillet suivant, des blessures reçues dans cette affaire.
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étoit sorti le jour précédent de cette ville, et (jn'il étoit arrivé à quatre heures du matin devant Arras pour tâcher de brûler nos magasins de fourrages, qui étoient sur le glacis et sur l'esplanade entre la ville et la citadelle, et de bombarder cette place. Les ennemis, après avoir brûlé la plus grande partie de nos fourrages, se retirèrent le 3, à six heures du matin. Ils nous brûlèrent environ soixante mille rations de fourragea Cette perte nous fut très désavantageuse; car, au commencement de la campagne, nos chevaux souffrirent beaucoup. On ne leur donnoit que du regain et de la traînasse^. Cette nourriture en fit périr beaucoup.
Le comte Dohna^, gouverneur de Mons, voulant aussi faire parler de lui, sortit, le 4 avant le jour, de sa place, pour faire une irruption, à la tête des garnisons de Bruxelles, de Malines, de Louvain et de Mons, du côté de la Sambre. Il fit sauter plusieurs écluses et plusieurs moulins sur cette rivière, et il enleva quelques postes; ensuite, il se retira*. M. de S'Graven-
1. D'après une lettre d'Arras, du 20 février, insérée dans la Gazette d' Amsterdam, n" x\, il y avait sur l'esplanade de la citadelle plus de trente tas de foin de cent pieds de long, quarante de large et soixante de haut. Les ennemis exagérèrent les dégâts occasionnés par l'incendie.
2. On appelle traînasse les rameaux que certaines herbes ou plantes, comme les fraisiers, poussent sur la surface du sol {^Dictionnaire de Tréi'oux).
3. Jean-Frédéric, comte de Dohna, général au service de la Hollande, avait été fait prisonnier à Almanza en 1707. Echangé et revenu en Flandre, il reçut le gouvernement de Mons en 1709 ; nous le verrons périr à Denain le 24 juillet de la présente année : ci-après, p. 149.
4. Il V a des détails sur cette affaire dans une l<'llrc de lOurnay du (> mars insérée dans la Gazette d'Amsterdam, n° xxi.
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moëri, brigadier des armées des Hollandois, ne fut pas si heureux; car, en s'en retournant à Mons, d'où il étoit parti à la tête de six cents chevaux pour enlever plusieurs chevaux des vivres qui pàturoient autour du château de Soire, et ayant fait halte près de Malplaquet, M. de Fraula^, colonel des troupes d'Espagne, à la tête de trois cents grenadiers ou fantassins et de trois cents chevaux, tomba si subitement sur son détachement, qu'il le mit en déroute, lui reprit tous les chevaux des vivres, le fît prisonnier avec une centaine de son détachement, et poursuivit le reste jusques assez près de Mons^ Le même jour, le maréchal de Montesquiou envoya un détachement pour faire sauter les écluses de Vitry, sur la Scarpe; son ordre fut très bien exécuté.
Les ennemis ne furent pas plus heureux dans deux projets qu'ils firent : le premier, de vouloir surprendre le Gateau-Gambrésis ; le marquis de Vieuxpont en fut averti assez à temps pour faire échouer leur entreprise; le second, pour enlever un convoi qui alloit à Maubeuge; le détachement, envoyé pour l'exécuter, fut défait par l'escorte.
Le comte de Broglie fut plus heureux. Pour empêcher les alliés de s'établir dans le poste de l'Écluse, il partit d'Arras le 29 mars, à la tête d'un gros détachement, et il arriva à la nuit près de ce village, qui est
1. Il était beau-frère du duc d'Albemarle et fut échangé quelques jours plus tard contre le chevalier de Belsunce [Mémoires de Sourches, t. XIII, p. 334 et 339).
2. Ou Frôla. C'était un Italien dont le frère servait également dans les troupes d'Espagne avec le grade de maréchal de camp (ibidem, p. 334).