‹ Mémoires du chevalier de Qunicy (volume 2)Chapitre 93 sur 203 · ci-dessus, p · texte numérisé non relu

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2. Notre auteur confond deux faits d'armes successifs très distincts dans les Mémoires de Sourches (p. 340-341) d'après le rapport de M. d'Artagnan, envoyé à la cour par le comte de Broglie. Celui-ci s'empara d'abord du fort de l'Ecluse et des sept cents hommes qu'il contenait; le lendemain, en ri'venant dans ses canloimemcnls, il rencontra la troupe du partisan Savary, l'attaqua et la iil prisonnière tout eulière.

[Avril 1712] DU CHEVALIER DE QUINCY. Hl

donna pas de l'argent. Le lendemain, elle s'aperçut que son domestique sortoit de chez elle et portoit dessous le bras un habit de son maître, apparemment pour le vendre : elle jugea par là que cet officier n'avoit pas le sol pour la payer. Après avoir obligé le laquais de reporter ses hardes, elle vint sur-le-champ parler au maître. En entrant dans la chambre : « Parbleu! « Monsieur, dit-elle, vous n'avez guère d'esprit ! Vous « n'avez pas le liard dans votre poche, et cependant « vous avez été le seul hier au soir à vouloir retran- « cher une partie de ce que je demandois pour votre « repas. Vous ne me connoissez pas, poursuivit-elle. « Non seulement je vous ferai crédit pour cet article; « mais encore voilà de l'argent pour vous rendre, « vous et votre laquais, à Paris, et de l'argent pour « y subsister pendant quinze jours, afin de vous don- « ner le temps d'en recevoir des personnes qui vous « en doivent, ou de vos connoissances. A l'égard de « celui que je vous prête, vous me le rendrez à votre « loisir. » Ce procédé généreux rendit si confus l'officier, et il en fut si pénétré, qu'il se jeta à son col et qu'il l'embrassa tendrement, après lui avoir fait mille excuses de sa mauvaise humeur. Il lui renvoya son argent au bout de huit jours, et il lui écrivit une lettre des plus obligeantes, qu'elle me montra.

J'arrivai à Bapaume le 19 au soir. Le lendemain, dans le moment que j'allois monter à cheval, je ne trouvai point ma chienne, que j'aimois infiniment. Ma belle-sœur* m'en avoit fait présent. Je la fis chercher partout, et je fis battre la caisse inutilement. Enfin,

1. La marquise de Quincy, Geneviève Pecquot de Saint- Maurice.

112 MÉMOIRES [Avril 1712]

étant à cheval, une servante vint me l'apporter; elle s'étoit cachée dans du foin au grenier. La peur qu'elle avoit eue d'entendre le bruit des tambours l'avoit fait fuir jusqu'à cet endroit. Jamais chienne n'a été si peureuse; le moindre bruit la faisoit fuir. J'en parle ici, parce que dans la suite il en sera question ^

Je me rendis à Arras de bonne heure : ce qui m'engagea d'aller à la comédie, après m'étre adonisé. Je comptois de rester dans cette ville tranquille pendant quelques jours. Le lendemain 21, il fallut en partir précipitamment à midi, pour nous rendre sur le Censet, près de l'Écluse. L'officier particulier, qui ordinairement ne connoît pas les conséquences des mouvements que les officiers généraux font faire aux troupes, murmura un peu de ce qu'on nous mettoit de si bonne heure en campagne, d'autant plus qu'il y avoit très peu d'herbe sur la terre. Il s'imagina que la seule inquiétude du maréchal de Montesquiou étoit la cause de cette marche précipitée; mais on rendit justice à ce général lorsqu'on apprit que les ennemis, au nombre de quarante mille hommes, se portoient sur le Censet, pour tâcher de passer cette rivière auparavant que nous fussions assemblés pour nous y opposer. Nous arrivâmes bien à propos; car, dans le temps que chaque bataillon arrivoit dans son poste, nous vunes paroître les ennemis de l'autre côté du Censet. Il y eut quelque escarmouche : après quoi, les ennemis se retirèrent vers Douay.

Belle action de M. de Mézières. — Le maréchal de Mllars arriva quelques jours après à Arras. Je fus lui faire ma cour. Lorsque j'étois chez lui, le marquis de

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