‹ Mémoires du chevalier de Qunicy (volume 2)Chapitre 94 sur 203 · Après la bataille de Denain : ci-après, p · texte numérisé non relu

Après la bataille de Denain : ci-après, p

[Avril 1712] DU CHEVALIER DE QUINCY. 113

Mézières vint lui rendre compte de ce qui s'étoit passé entre cent housards des ennemis et quarante carabiniers qui l'escortoient. Il présenta au maréchal le lieutenant des carabiniers ^ dont le cheval avoit été tué sous lui ; il pria notre général de lui donner la préférence d'acheter le premier cheval qui seroit pris sur l'ennemi, petite grâce par rapport à la valeur avec laquelle cet officier s'étoit comporté dans ce combat. En voici le détail.

Le marquis de Mézières, lieutenant général des armées du Roi, et qui avoit commandé sur la Somme pendant l'hiver, voulant venir joindre l'armée, partit d'Amiens, dont il étoit gouverneur, le 27 avril, dans sa chaise de poste, escorté seulement de quarante carabiniers. A deux lieues en deçà de Doullens, il fut averti que cent housards des alliés sortoient d'un bois pour tomber sur lui. Il monta vite à cheval, et il se mit à la tête de la petite troupe, à qui il ordonna de se tenir toujours bien serrée. Les housards vinrent d'abord par petits pelotons, avec leurs hurlements ordinaires, pour la charger; mais ils en furent reçus avec une si grande fermeté, qu'ils furent obligés de se retirer bien vite. Les housards ne se rebutèrent point : ils firent jusqu'à huit charges par difïérentes manœuvres, et enfin ils prirent le parti, après s'être tous assemblés en un seul corps, de l'enfoncer, et ils vinrent jusqu'à la portée du pistolet, en faisant des hurlements affreux, pour exécuter leur dessein. Nos carabiniers, les voyant de si près, marchent à eux, les enfoncent, et enfin ils les mettent si fort en déroute, qu'ils se débarrassent pour toujours de ces mal pei-

1. Il s'appelait Saint-Anthoine : ci-après, p. 114, note 1. III 8

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gnés. Nous eûmes onze carabiniers de blessés, ui) seul tué, quelques chevaux tués et blessés, le cornette blessé dangereusement. Les housards perdirent trente des leurs tués sur le champ de bataille, sans les blessés. Le maréchal de Villars loua infiniment le marquis de Mézières, en présence de tous les ofliciers, de sa valeur et de sa fermeté. Il eut trois chevaux tués sous lui. On peut dire avec raison qu'il sauva cette petite troupe ^

Notre général, après avoir resté deux jours à Arras, fut prendre son quartier à Oisy, et il envoya notre brigade sur le Grinclion, aux ordres de M. d'Albergotti. Nous y trouvâmes d'autres brigades. Ce Monsieur général ne nous donna pas un verre d'eau pendant tout le temps que nous fûmes sous ses ordres '. Le maréchal de Montesquiou prit le sien'^ à Monchyle-Preux.

Enfin, les ennemis sortirent de leurs quartiers. Après avoir assemblé leur armée le 20 mai, ils en mirent la droite à Ferin et la gauche à Pecquencourt*, sur la rive droite de la Scarpe.

Le duc d'Ormond^, que la reine Anne avoit chargé

1. Mémoires de Sourches, p. 378-379. L'auteur, dont le récit est absolument conforme à celui de notre ctievalier, ajoute : « Le Roi s'étendit fort sur les louanges des carabiniers et de leurs officiers, qu'il nomma tous par leurs noms, et appuya fort sur un nommé Saint-Anthoine, lieutenant, qui étoit un soldat de fortune. »

2. On a déjà vu, tome II, p. 173-177, que notre chevalier n'aimait pas Albergotti.

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