Chiomonte, sur la Doire ripaire
3. Dans la province de Turin, près de la Doire ripaire. Il ne faut pas confondre cette ville avec le bourg de la province de Vérone où Bonaparte battit les Autrichiens en 1797.
4. Dans la même vallée de la Doire, à quelques kilomètres à l'ouest de Turin.
5. Charles-Emmanuel-Philibert de Simiane, marquis de Pianezza, colonel de plusieurs régiments savoyards et chevalier
[Avril 1702] DU CHEVALIER DE QUINCY. 193
faisoit que répéter : « Messieurs les François, vous « ferez dans la suite la conquête de toute l'Europe. Je « n'ai rien vu de plus beau en cavalerie que vos cara- « biniers. Oh ! la belle troupe ! > Notre gendarmerie ne l'avoit point frappé ' . Il m'arriva dans ce bourg une petite aventure qui me fit du bien, et dont je me suis ressouvenu pendant tout le temps que j'ai resté en Italie. J'étois logé chez un bon bourgeois, dont la fille n'avoit que quinze à seize ans, jolie comme un petit cœur. L'ayant trouvée seule, je lui en contois de mon mieux. Elle m'écoutoit; par malheur, elle aperçut son frère qui revenoit à la maison, et, sur-le-champ, elle me quitte brusquement, sans m'en dire la raison, et elle se met à fuir. Je cours après ; mais, dans ma course, je trouve son frère (c'étoit un homme de trente ans environ), qui, m'arrêtant par le bras, me dit : « Jeune homme, il faut, dans ce pays-ci, changer « les manières françoises, et encore plus dans le pays « où vous allez. Je ne vous dis point cela par rapport c à ma sœur (je ne crains point pour elle, car elle est « sage), mais par rapport à vous-même. En France, « on badine avec les femmes et les filles ; mais, en Ita- « lie, vous vous feriez assassiner. » Il me donna ensuite plusieurs exemples à ce sujet. Je me promis très fort de suivre ses avis, et je le remerciai en l'embrassant.
de l'Annonciade. C'est son grand-père, Charles de Simiane, cadet de la branche de Gordes, qui était passé en Savoie et avait épousé en 1607 Mathilde, fille légitimée du duc Emmanuel- Philibert, qui lui apporta en dot le marquisat de Pianezza.
1. Les carabiniers étaient un corps de cavalerie d'élite formé en 1690; mais ils ne pouvaient cependant entrer en comparaison avec la gendarmerie (ci-dessus, p. 89) ; ils étaient habillés de bleu doublé de rouge.
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Turin. — Le 19, nous fûmes dîner à Turin. Le duc de Savoie étoit à la Vénerie ^ Après avoir dîné, nous nous rendîmes au château ; nous en parcourûmes tous les appartements et celui de Madame Royale^; je ne trouvai ni dans l'un ni dans l'autre rien de curieux ni d'extraordinaire. Le Dôme, qui est la métropole, est très beau ; on prétend que le saint suaire qui est dans cette église est le véritable^. Turin est situé sur le Pô, dans une belle plaine. Il n'y a guère de ville dans l'Europe où les rues soient mieux percées. Il y a de très beaux palais, de belles places, de belles églises. Cette ville est fortifiée de quatorze bastions, de plusieurs demi-lunes, et de plusieurs autres ouvrages qui la rendent une des plus fortes places de l'Europe. La citadelle est un pentagone.
Nous y vîmes le commandeur des Hayes, gouverneur de Verceil et premier lieutenant général des troupes de M. de Savoie. Il étoit François, de la province de Beauce, et parent de M. d'Arconville. Le duc de Savoie lui avoit obligation de la discipline de ses troupes; aussi étoit-il très considéré et du prince et de ses sujets. Il quitta le service de France pour avoir, à ce qui m'a été dit, assassiné sa femme, accusée de galanterie. Il la mena dans la forêt d'Orléans, qui n'étoit pas loin de sa terre, et il la tua d'un coup de
1. La Venaria-Reale, près de Turin. Il y en a une description dans le Dictionnaire géographique de La Martinière.
2. Marie- Jeanne-Baptiste de Savoie-Nemours, seconde femme du duc Charles-Emmanuel et mère de Victor-Amédée, se faisait appeler Madame Royale, de même que Chrétienne de France, sa belle-mère, fille de Henri IV.