‹ Mémoires du chevalier de QunicyChapitre 110 sur 207 · Ci-dessus, p · texte numérisé non relu

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198 MÉMOIRES [Mai 1702J

riales entrèrent. Crémone est une grande et belle ville ; les églises sont magnifiques, les rues larges et bien percées; il y a de beaux palais, de beaux couvents. Il y a une tour, qui est des plus hautes que j'aie jamais vues ^ : elle a deux cent vingt-six brasses de hauteur, et ses fondements vingt-six et demie, selon l'inscription écrite sur une pierre au bas de la tour. Le château est assez bon. Plusieurs seigneurs font leur demeure dans cette ville, qui est située sur le bord du Pô, dans une belle plaine.

J'y trouvai nos recrues et plusieurs officiers de notre régiment. J'étois logé au couvent des Dominicains avec eux. Nous fîmes veiller une nuit un jeune novice^, ce qui l'empêcha d'aller à matines. Son supérieur l'étant venu visiter le lendemain, le novice, pour s'excuser de n'avoir pas été à son devoir, lui dit qu'il avoit la fièvre. « Eh bien ! » lui répliqua le supérieur, qui se doutoit bien de la conduite de son pupille, « il <t faut vous réduire au simple bouillon. » Il lui tint parole, ce qui ne raccommodoit point notre petit moine, qui mouroit de faim. L'ayant su, nous lui faisions porter tous les jours à dîner et à souper, sans que ses supérieurs s'en aperçussent. Gela dura jusqu'à notre départ, qui apparemment fit cesser sa fièvre.

Le 2 de mai, nous en sortîmes avec nos recrues et tous les régiments françois qui y étoient en garnison après avoir été relevés par les Espagnols. Nous fûmes camper à Gasaletto^.

1. Ce torrazzo, bâti à la fin du xiii* siècle, passe même pour la plus haute tour de l'Italie; il a cent vingtet un mètres.

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