‹ Mémoires du chevalier de QunicyChapitre 114 sur 207 · Sur la rive droite du Mincio, arrondissement de Volta · texte numérisé non relu

Sur la rive droite du Mincio, arrondissement de Volta

îm MÉMOIRES [Mai 1702]

vîmes arriver à toute bride M. de Tanqueux\ aide de camp de M. de Vendôme, qui dit à M. le comte de Revel * : « Eh ! Monsieur, je vous cherche partout ; le « prince Eugène attaque actuellement M. de Vendôme. « Il vous prie de venir à son secours avec la gendar- « merie. > M. Bouchu^, intendant de l'armée, qui étoit dans sa chaise de poste, ayant entendu ce propos, et pâle comme la mort, dit à son postillon : « Vite àGoito! Vite à Goito! » Cette terreur panique nous fit crever de rire. Monsieur l'intendant étoit homme d'esprit, le meilleur intendant des troupes du Roi, mais poltron comme un lièvre. Les officiers espagnols des régiments de Flandres et de Brabant-cavalerie, qui marchoient à la tête de l'armée (les Espagnols avoient toujours la droite sur les François, parce que nous n'étions regardés que comme troupes auxiliaires), voyant que la gendarmerie s'ébranloit pour aller aux ennemis, représentèrent à M. de Revel que c'étoit à eux à marcher les premiers. « Je ne vous « empêche pas, répondit ce général, que vous vous « serviez de votre droit. » Ces Messieurs retournèrent

1. François-Pierre de Courtin, seigneur de Tanqueux, d'abord lieutenant aux gardes françaises, passa dans la suite au service d'Espagne et devint brigadier et inspecteur général de l'artillerie. Il fut tué, en 1719, au siège de Francavilla, en Sicile.

2. Charles-Amédée de Broglie, comte de Revel, était lieutenant général depuis 1688; il recevra l'ordre du Saint-Esprit en 1703, et mourra en 1707.

3. Étienne-Jean Bouchu (1655-1715) était intendant en Dauphiné depuis 1686, et des armées d'Italie depuis 1693 ; il sera nommé conseiller d'État dans le courant de 1702. Homme d'un esprit fort aimable, dit Saint-Simon, d'ailleurs galant, et de très bonne compagnie.

[Mai 1702] DU CHEVALIER DE QUINCY. 203

promptement à leurs troupes, et ils tâchèrent de gagner la tête de la gendarmerie, ce que je fis aussi; mais, en arrivant dans la plaine, nous apprîmes que c'étoit une fausse alarme; que cependant M. le marquis de Ruffey S qui marchoit avec un gros détachement pour couvrir le flanc de notre armée, ayant rencontré une troupe de cavalerie ennemie, l'avoit attaquée si vivement, qu'il l'avoit mise en déroute, après en avoir tué ou fait prisonnier une partie, et que, pendant ledit combat, le comte d'Uzès^, qui étoit aussi à la tête d'un autre détachement, avoit pareillement battu un autre parti des Impériaux. Ces deux combats faits en même temps avoient fait croire que le prince Eugène attaquoit notre arrière-garde^.

L'armée campa, la gauche à Goito et la droite à Rivalta*; nous y restâmes jusqu'au 30 de juin. Le lendemain 24 [mai] que nous arrivâmes dans ce camp, M. de Vendôme marcha à la tête d'un gros détachement à Marmirolo^, maison de plaisance du duc de Mantoue, située entre cette dernière ville et Goito. Il y trouva le comte de Tessé^, à qui il avoit donné

1. Anne -Marie -Louis Damas, marquis de Ruffey, venait d'être fait brigadier; lieutenant général en 1710, il sera nommé en 1716 sous-gouverneur de Louis XV.

2. François de Crussol, comte d'Uzès, mestre de camp de cavalerie depuis 1697, lieutenant général en 1718, et capitaine des gardes de la duchesse de Berry en 1719.

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