‹ Mémoires du chevalier de QunicyChapitre 13 sur 207 · Jacques-Henri de Durfort, duc de Duras · texte numérisé non relu

Jacques-Henri de Durfort, duc de Duras

grand prince, qui alloit à la messe, et qui passa sans faire attention à ce que lui disoit notre commandant. J'admirai la bonté du Roi : car, le maréchal de Duras lui ayant dit que le marquis de Vins vouloit lui parler, il eut la complaisance de revenir sur ses pas d'assez loin pour demander au marquis de Vins ce qu'il vouloit. « Sire, dit-il, j'ai l'honneur de présen- « ter à Votre Majesté trois mousquetaires. » — « Ils « sont bien jeunes, répliqua le Roi; comment s'ap- « pellent-ils? » Le marquis nous nomma les uns après les autres; ensuite S. M. eut la bonté de nous dire : « Messieurs, servez-moi bien, et je ne vous oublie- « rai pas. »

La campagne cependant approchoit. Malgré ma grande jeunesse, et d'une complexion assez délicate, je sollicitai avec tant d'empressement le marquis de Vins et le marquis de Mirepoix* de me la laisser faire, que je fus nommé du détachement qui devoit aller en Flandres. Il fallut donc songer à mon petit équipage. Je n'avois pas le sol ; mon revenu étoit médiocre ; mes frères aînés avoient fait eux-mêmes les partages de la succession de feu mon oncle, car, à l'égard du bien de feu mon père, nous y avions renoncé^; ils s'étoient approprié les meilleurs lots, pour laisser

capitaine des gardes du corps depuis 1671, fut maréchal de France en 1675 à la mort de Turenne, dont il était neveu.

1. Gaston- Jean-Baptiste de Levis, marquis de Mirepoix, était sous-lieutenant de la seconde compagnie des mousquetaires ; il mourut le 26 juillet 1699.

2. Le 10 mai 1689, avis des parents des mineurs Sevin de Quincy pour leur renonciation à l'héritage de leurs père et mère ; ils s'en tenaient à If reyen^cation du douaire de leur

tout ce qu'il y avoit de plus mauvais aux quatre mineurs, dont j'étois du nombre. C'étoient de vieilles maisons, les réparations en consommoient presque tous les revenus ' ; outre ce malheur, nous avions un fort honnête homme de tuteur onéraire, qui s'entendoit parfaitement 'bien avec les maîtres maçons. A l'égard de M. le légataire universel, qui étoit bien en état de m' avancer quelque argent, il n'étoit nullement disposé à me faire ce plaisir, et, pendant toute sa vie, il a été ferme sur ce point, quoiqu'il eût hérité de mon oncle plus de vingt mille livres de rentes. Je fus donc obligé d'avoir recours à l'usurier : je lui donnai à moitié de perte un contrat de mille écus. Je me souviens encore que, lorsque je fis signer l'avis de parents pour finir ce bon marché, il n'y en eut pas un seul qui ne me dît : « Mais c'est dommage! « Cet homme qui vous achète ce contrat n'a pas de « conscience. Moitié de perte, grand Dieu ! Il faudroit € emprunter cette somme. » Je leur répliquois : « Hélas ! Messieurs, si vous vouliez me faire ce plaisir, « vous me sauveriez cinq cents écus. » Au diable s'il

mère. (Arch. nat., Y 4015.) Cet acte est fait au nom de Charles, Louis, François, Pierre, Joseph et Alexandre Sevin.

1. Le 27 février 1699, avis de parents autorisant Michel Fréteau, secrétaire de la feue reine, tuteur onéraire des mineurs Sevin, à emprunter en leur nom une somme de 18,000 livres pour payer les réparations faites à une maison sise rue Sainte-Avoye, appartenant auxdits mineurs, et qui était en complet délabrement. (Arch. nat., Y 4078.) Le 28 janvier précédent, les trois derniers enfants mineurs, Pierre, âgé de vingt-deux ans, Joseph, de vingt-un, et Alexandre, de dix-neuf, avaient été émancipés. (Y 4077.)

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