‹ Mémoires du chevalier de QunicyChapitre 133 sur 207 · Il était capitaine des gardes du duc de Vendôme [Mercure · texte numérisé non relu

Il était capitaine des gardes du duc de Vendôme [Mercure

238 MÉMOIRES [Août 1702]

aides de camp, qui malheureusement s'égara, et qui fit faire au corps de réserve les mêmes détours qu'il avoit faits lui-même en venant nous chercher. On eut beau lui dire qu'il falloit marcher où le feu de l'infanterie étoit le plus près de nous; il ne fit que répliquer qu'il avoit ordre de notre général de nous conduire par où il passoit. Il nous fit faire tant de chemin, que la nuit nous prit bien auparavant d'arriver à l'endroit où M. de Vendôme nous attendoit. Ainsi nous n'eûmes aucune part à la gloire que toute l'infanterie, tant impériale que la nôtre, eut dans cette bataille.

Excepté quelques balles de fusil échappées, qui nous tuèrent quelques soldats, nous n'essuyâmes aucun danger. Je suis très persuadé que, si la réserve avoit pu donner, notre armée auroit entièrement remporté la victoire. Le duc de la Feuillade* nous commandoit; malgré la fièvre qu'il avoit, il fut toujours à notre tête ou dans sa chaise de poste, ou à cheval. Le feu, de part et d'autre, continua une bonne heure pendant la nuit.

Comme la gauche avoit perdu une centaine de pas de terrain, le régiment de Piémont, qui avoit été inébranlable dans son poste, fut presque pendant toute la nuit au milieu des ennemis. Une heure avant le jour, il trouva le moyen de venir joindre notre gauche; on en donna avis à M. de Vendôme, à qui cette nouvelle fit d'autant plus de plaisir qu'il croyoit ce régiment prisonnier de guerre.

de décembre 1702, p. 355). Est-ce le même qu'un partisan dont parle Dangeau (t. V, p. 426) ?

1. Ci-dessus, p. 186. Il venait d'être nommé maréchal de camp par son beau-père Charaillart.

[Août 1702] DU CHEVALIER DE QUINCY. 239

Le feu ayant cessé de part et d'autre, nous nous mîmes à travailler à nous retrancher et à nous accommoder autant que la nuit pouvoit nous le permettre, afin de nous mettre en état de recevoir les Impériaux en cas qu'il leur prît envie de nous rattaquer au jour. Mais, ce que nous faisions de notre côté, ils le faisoient du leur. Ainsi, dès que la nuit eut disparu, on s'aperçut de part et d'autre que l'on s'étoit retranché. Comme nous étions au centre, nous n'étions qu'à la demi-portée de fusil des ennemis, et le champ de bataille se trouvoit entre leur retranchement et le nôtre. Le spectacle en étoit affreux : il étoit tout couvert de nos François et des Allemands entremêlés les uns aux autres. On voyoit des bras et des jambes qui remuoient. Plusieurs nous faisoient signe de leur donner du secours ; personne n'osoit s'exposer à leur en donner, car, aussitôt qu'il paroissoit quelqu'un sur le retranchement, il essuyoit sur-le-champ une décharge de mousqueterie. Ainsi il en mourut beaucoup à qui on auroit pu sauver la vie. Quelques jours après ce combat, ce fut une infection terrible dans les deux camps : ce qui leur causa beaucoup de maladies et de mortalité. Les deux généraux auroient dû faire une suspension d'armes afin de faire enterrer les cadavres ; ils n'y pensèrent ni l'un ni l'autre.

Le calme dura jusqu'à neuf heures du matin, que les ennemis firent trois décharges de leurs canons et trois salves de la mousqueterie. Nous apprîmes par des déserteurs que c'étoit par rapport au prétendu gain de la bataille du jour précédente Nous leur répon-

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