Régiment levé en 1676 par les états de Languedoc
[Août 1702] DU CHEVALIER DE QUINCY. 235
rie ', étoit au centre, peu éloigné de Luzzara. On plaça quelques pièces de canon dans le centre et le long de la ligne. Le roi d'Espagne étoit sur la droite de Luzzara, dans une vallée qui va au château de Gonzague*; il avoit avec lui huit compagnies de grenadiers.
Aussitôt que le prince Eugène eut fait la disposition de son armée (il étoit environ six heures du soir), elle s'ébranla sur plusieurs colonnes pour venir nous attaquer. Comme il faisoit une chaleur excessive, la plupart des officiers allemands étoient en veste, l'esponton à la main, à la tête de leurs troupes. Les ennemis commencèrent par attaquer notre gauche, qui les repoussa trois fois; mais, à la quatrième charge que firent les Impériaux, nous nous aperçûmes qu'ils gagnoient du terrain. Cet avantage ne dura pas longtemps; car, nos troupes s' étant ralliées, elles chargèrent les ennemis avec tant d'impétuosité, qu'elles regagnèrent leurs postes. Ce fut dans cette action que le prince de Commercy fut tué. Les Impériaux demandèrent une suspension d'armes pour retirer son corps ; on la leur accorda. La perte qu'ils firent de ce jeune prince, qui auroit été un jour un grand général, fut la cause que leurs attaques ne furent plus si vives ^.
1. Ce régiment, formé en 1665, avait pour colonel, depuis 1696, le marquis de Ruffey, qui devint en 1716 sous-gouverneur de Louis XV (ci-dessus, p. 203).
2. Le plan de la bataille donné par le marquis de Quincy dans \ Histoire militaire, t. III, p. 674, montre qu'il existait à un mille à l'est de Luzzara une villa appelée château de la Tombe ou de Gonzague.
3. Le marquis de Louville, dans une lettre du 15 septembre à la duchesse de Beauvillier (Appendice du t. X des Mémoires de Saint-Simon, p. 441-442), donne de curieux détails sur la
236 MÉMOIRES [Août 1702]
Pendant que cela se passoit à la gauche, le prince Eugène faisoit attaquer le centre et la droite avec toute la fureur possible ; mais il ne put jamais gagner un pouce de terrain. Le marquis de Créquy fut blessé mortellement dans cette attaque ; il ne vécut que six heures après sa blessure. Il fut enterré le lendemain dans l'église de Luzzara * .
Faute de M. de Créquy touchant la surprise de Crémone. — Il auroit été grand capitaine dans la suite malgré la faute irréparable qu'il fit pendant que le prince Eugène étoit dans Crémone, où il étoit entré par surprise. Tout le monde sait que M. de Créquy, qui étoit à Casal-Maggiore, ayant appris que ce général des Impériaux, à la tète de quatre mille hommes, étoit en marche pour aller du côté de cette ville, pendant que le prince Thomas de Vaudémont^ s'y rendoit aussi, par le Parmesan, avec un corps de neuf à dix mille hommes, il leva promptement tous ses quartiers pour marcher du côté où ces deux généraux ennemis se rendoient, et que, étant à deux lieues de Crémone, il
mort de M. de Commercy, qui, quoique « armé comme une enclume depuis les pieds jusques à la tête, » fut tué d'une balle qu'un grenadier du régiment de Piémont lui envoya au défaut du casque.
1. « Sa probité ni sa bonté ne le firent regretter de personne, mais bien ses talents à la guerre. » [Saint-Simon, t. X, p. 224-225.)
2. Charles-Thomas de Lorraine-Vaudémont (1670-1704) avait eu un régiment dans l'armée impériale en 1694. Lors de la mort du roi d'Espagne, il n'avait pas, comme son père, reconnu Philippe V. L'Empereur lui donna alors la Toison d'or, l'envoya à l'armée du prince Eugène, e,t le fit feld-maréchal général en 1704. Le père et le fils se trouvaient ainsi combattre dans des rangs opposés.
se contenta d'envoyer un officier de cavalerie, avec trente maîtres, pour savoir des nouvelles des Impériaux : lequel officier, soit par timidité, soit par négligence, retourna quelque temps après trouver le marquis de Créquy, à qui il assura, par toutes les nouvelles qu'il avoit eues, que le prince Eugène étoit non seulement maître de la ville de Crémone, mais encore du château. Il* est certain que, si le marquis de Créquy avoit marché droit à Crémone avec les vingt bataillons et les vingt escadrons qui étoient à ses ordres, il seroit tombé sur les troupes du prince Eugène, qui avoient été obligées d'abandonner cette ville précipitamment, et peut-être auroit-il repris le maréchal de Villeroy, et même pris le prince Eugène. Ce n'est pas la seule faute que fit M. de Créquy; car au lieu de reprendre tous les quartiers qu'il avoit levés pour faire cette marche qu'il rendit inutile, il se retira à Sabioneta et à quelques autres postes. Ainsi les ennemis s'emparèrent de tous ces quartiers abandonnés; ce qui les mit fort au large.
Revenons à notre bataille de Luzzara. M. de Vendôme, qui ne faisoit que d'aller de la droite à la gauche et de la gauche à la droite, enfin où sa présence étoit le plus nécessaire, s'aperçut, après deux heures et demie de combat, que le désordre et la confusion commençoient à se mettre dans les troupes de la gauche, où les ennemis faisoient toujours leurs plus grands efiforts : ce qui le détermina d'envoyer chercher le corps de réserve par M. Janef^, un de ses