Histoire militairey p
5. Landau capitula le 10 septembre; on peut voir le récit du siège dans l'Histoire militaire de Quincy, t. III, p. 579-592.
6. L'archiduc Joseph, élu roi des Romains en 1690 : cidessus, p. 208.
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d'illm par surprise ^ Toutes ces canonnades que nous faisions, les Impériaux et nous, de temps en temps, nous firent perdre aux uns et aux autres bien du monde.
Enfin le roi d'Espagne, voyant quMl n'y avoit plus de lauriers à acquérir et que nous pourrions finir la campagne dans ce camp, parce que ni les François ni les ennemis ne vouloient pas décamper les premiers, partit le % d'octobre, après avoir donné la Toison d'or au duc de Vendôme^ et un cheval d'Espagne avec tous ses harnois, qui étoient magnifiques. Il distribua le reste de ses chevaux de main aux officiers généraux. Il fut coucher à Milan.
Le prince Eugène veut surprendre Mantoue. — Quelques jours après le départ de S. M. Catholique, le prince Eugène forma un projet sur la ville de Mantoue^. Ce prince ne négligeoit aucune occasion de faire parler de lui et d'avancer les affaires de son maître. On lui avoit amené un sergent de cette ville qui avoit été fait prisonnier. Après l'avoir questionné, et ayant remarqué par ses réponses qu'il avoit de l'esprit, il lui proposa de travailler, avec des émissaires qu'il avoit à Mantoue, à lui faire livrer une porte de cette ville dans le temps qu'il y seroit de garde. Le sergent, qui étoit Allemand, feignit d'en-
1. C'est aussi le 10 septembre que les troupes bavaroises pénétrèrent dans Ulm par stratagème et s'en emparèrent sans coup férir. [Histoire militaire, p. 592-594.)
2. Sourches, t. VII, p. 382. Il avait voulu également donner cet ordre à Marcin; mais celui-ci l'avait refusé, pour se conformer aux ordres de Louis XIV.
3. Histoire militaire, p. 686-687; Mémoires militaires, t. II, p. 267-268.
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trer dans ce dessein ; le prince Eugène lui avoit promis que, si ce projet réussissoit, il lui feroit sa fortune. Après lui avoir donné ses instructions touchant la manière dont il devoit se conduire, il le renvoya à Mantoue. M. de Tessé y étoit alors, à qui le sergent fît tout le détail de la conversation qu'il avoit eue avec le général des Impériaux. M. de Tessé l'envoya sur-le-champ à M. de Vendôme, qui travailla de son côté à faire repentir le prince Eugène de son projet*.
Comme nous ne savions rien de ce dessein, nous fûmes surpris qu'un jour, à dix heures du soir, on fit prendre les armes à toute l'armée, qui se mit en bataille derrière le retranchement. Ensuite on distribua la poudre, et, à un certain signal, nous devions sortir de nos retranchements et attaquer ceux des ennemis. Nous nous demandions aux uns et aux autres ce que pouvoit être ce projet ; car nous savions que M. de Vendôme étoit parti à l'entrée de la nuit avec dix à douze mille hommes, et qu'il avoit passé le Pô sur le pont que nous avions à la gauche de notre armée.
Enfin d'Esgrigny, capitaine au régiment et mon camarade, nous ayant tirés quatre ou cinq à part, nous dit de quoi il étoit question : savoir, que le prince Eugène marchoit actuellement à la tète d'un gros détachement de son armée du côté de Mantoue pour surprendre cette ville, croyant y avoir des émissaires qui dévoient s'emparer de la porte de Pradelle et y
1. On trouvera dans le ms. Fr. 14177, fol. 264, une lettre du Roi à Vendôme sur cette affaire; le sergent, qui s'était fait passer auprès du prince Eugène pour Allemand, quoique né en Champagne, reçut une lieutenance d'infanterie et une gratification de cent louis de la part du Roi.
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faire entrer ses troupes; que le duc de Vendôme, ayant été instruit par un sergent de la garnison que le prince Eugène croyoit avoir gagné, a voit travaillé pour faire tomber le général de l'Empereur dans une embuscade; que toute la garnison de Mantoue devoit être sur le rempart, dans les ouvrages et dans le chemin couvert, et qu'on avoit braqué plusieurs pièces de canon chargées à cartouches pour bien recevoir ce prince, et qu'ensuite M. de Vendôme devoit l'attaquer par derrière et dans sa retraite, et qu'au premier ordre nous sortirions sur-le-champ de nos retranchements pour attaquer, comme je l'ai déjà dit, les ennemis dans les leurs.
L'on me demandera d'où vient que d'Esgrigny, qui n'avoit que dix-huit ans, étoit instruit de tout ce projet. M. de Vendôme ne savoit point la langue allemande, et, pour concerter avec ce sergent allemand, qui ne savoit pas un mot de françois*, ce prince s'étoit adressé à l'intendant de l'armée, père de d'Esgrigny, pour avoir une personne qui sût parfaitement l'allemand. L'intendant, persuadé de la discrétion de son fils, qui savoit bien cette langue, le proposa à M. de Vendôme. On peut dire à la louange du jeune homme que, pendant trois semaines qu'il travailla avec notre général, il ne lui échappa jamais devant nous une seule parole qui eût trait à cette affaire.
Nous restâmes bien quatre heures sous les armes : après quoi il vint un ordre pour nous faire rentrer dans notre camp. Nous jugeâmes par là que le projet
1. Comment concilier ceci avec les termes de la lettre du Roi, qui en font un Champenois : ci-dessus, p. 247, note ?
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étoit échoué. Nous apprîmes ensuite que deux dragons du régiment de Vérac*, qui étoient du détachement de M. de Vendôme, avoient déserté, et qu'ils avoient rapporté au prince Eugène que M. de Vendôme marchoit du côté de Mantoue : ce qui fit comprendre à ce prince que son dessein étoit découvert. Il retourna au plus vite dans son camp, et nous dans le nôtre, M. de Vendôme ayant été informé de son côté que les ennemis avoient rebroussé chemin. Si cette affaire avoit réussi, il ne s'agissoit pas moins que de la perte générale de l'armée de l'Empereur 2.
Un jour ou deux après ce projet manqué de part et d'autre, je vis entrer dans ma tente le commandant du second bataillon du régiment, qui, en m'embrassant, me dit : « Chevalier, reçois mon compliment, € te voilà capitaine. Je viens du quartier général ; j'ai < vu le marquis de Dreux, qui venoit de recevoir « dans le moment une lettre de M. de Chamillart, par « laquelle il lui mande qu'il ne vou» avoit pas fait « sortir des mousquetaires pour vous laisser long- Aï temps sans être capitaine, qu'il le prioit de vous € nommer à la compagnie vacante ; que cela ne devoit a point faire de peine au régiment, puisque ce n'étoit « pas pour y rester longtemps. » Je me rendis surle-champ chez M. de Dreux, où je trouvai la plus grande partie des officiers du régiment. M. de Dreux, me voyant entrer, dit tout haut qu'il étoit très fâché de voir qu'on ne vouloit pas suivre le mémoire qu'il avoit envoyé à la cour, que le ministre souhaitoit que
1. Régiment levé en 1675. M. de Vérac (ci-après, p. 256) l'avait depuis 1696.
2, Gazette d'Amsterdam^ n** lxxxviii.
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j'eusse la compagnie vacante au préjudice de tous mes anciens. Quelque temps après ce discours, il me fît signe de rester lorsque tout le monde seroit sorti de sa chambre. Quand nous fûmes seuls, il m'embrassa, et il me dit de ne me point inquiéter du propos qu'il avoit tenu ; qu'il avoit cru nécessaire de le faire devant ces Messieurs, afin que le régiment ne fût pas fâché contre lui, mais qu'il étoit charmé de ce que son beau-père venoit de faire pour moi. Cependant, comme je le dirai dans la suite, par un malentendu je n'eus point cette compagnie, qui fut donnée à Thomassin*, qui étoit l'ancien.
Le 20 octobre, nous fîmes la réjouissance de la victoire remportée le 14 du même mois par le marquis de Villars à Friedlingue, près de Bâle^. Nous fîmes dans ce camp quatre réjouissances : la première pour la prise de Guastalla^, la seconde pour la bataille de Friedlingue, la troisième pour le départ de la flotte des Anglois et des HoUandois de devant Cadix'*, et la quatrième parce que l'électeur de Bavière s'étoit déclaré pour nous^. Les ennemis en firent aussi plusieurs. Comme nous répondions à leurs canonnades et qu'ils répondoient aux nôtres, ce fut presque toujours un bruit épouvantable de canon pendant que nous restâmes dans ce camp de Luzzara.
1. François-Lazare de Thomassin, d'une famille parlementaire de Provence, mort brigadier en 1734.