Histoire militaire, t. III, p
4. Lettre du roi à M. de Vendôme, 2 janvier 1703 (ms. Franc. 14177, fol. 264).
5. On jouait gros jeu à l'armée d'Italie, dans tous les corps; le marquis de Franclieu raconte qu'il gagna onze cents pistoles en une seule soirée [Mémoires, p. 89).
[Dec. 1702] DU CHEVALIER DE QUINCY. 265
qu'on lui avoit offertes, n'étant pas en état de soutenir une compagnie. Il étoit d'Arles, d'une bonne famille, mais sans un sol de revenu.
Dès que nous fûmes maîtres de la cassine, l'on ouvrit une tranchée pour nous conduire jusqu'à l'ouvrage du bonnet-à-prêtre. L'on fit une parallèle, où l'on établit une batterie de huit pièces de canon ; mais, deux jours après, qui étoit le 24, les ennemis, voyant que la brèche étoit considérable, abandonnèrent tout le terrain qui étoit en deçà du Mincio; ils se retirèrent de l'autre côté de cette rivière, après avoir rompu le pont qui faisoit la communication de ce bourg au delà et en deçà.
Le 2|6, je fus encore détaché à ce siège avec Pascal, officier de mérite*. L'on nous mit avec nos cinquante hommes dans une cassine qui brûloit encore. Nous n'osions en sortir, parce que les Impériaux, qui étoient dans les maisons au delà de la rivière, nous faisoient un feu continuel. La même raison nous empèchoit d'éteindre le feu : ainsi, pendant vingtquatre heures, nous fûmes obligés de rester dans cette diable de maison. Les ennemis avoient mis le feu dans toutes les maisons qui étoient en deçà du Mincio, en se retirant de l'autre côté. Nous eûmes plusieurs soldats de tués, de blessés et d'estropiés des poutres qui tomboient. Mauvaise situation !
Le prince Eugène, voyant qu'il lui étoit impossible de se maintenir dans la partie de Governolo qui étoit au delà du Mincio, parce que le terrain qui étoit de
1. Est-ce celui qui mourra à Bruxelles le 7 décembre 1713? [Gazette de Leyde, n* 100.)
266 MÉMOIRES [Dec. 1702]
notre côté étoit beaucoup plus élevé que celui qui étoit du sien, prit le parti de se retirer avec ses troupes à Ostiglia* et à Riva^, les seuls postes, avec la Mirandole, qui lui restoient de toute l'Italie depuis que M . d' Albergotti s'étoit emparé de plusieurs postes près de Bologne, et que le marquis de Vaubecourt avoit chassé le général Vaubonne^ de Bondanello*, bourg situé sur la Parmeggiana, dans l'endroit où cette petite rivière se jette dans la Secchia^.
Après cette conquête, M. de Vendôme renvoya toutes les troupes qui avoient servi à ce siège dans leurs quartiers respectifs. Il donna le commandement de Governolo au marquis de Dreux, colonel du régiment, et la majorité à Barette, notre major, ofificier exact, entendu et d'une grande valeur.
Voyant qu'il n'y avoit plus aucune expédition de guerre, je laissai aller le régiment à Gastiglione, et je pris le parti d'aller à Reggio pour voir ma chère comtesse. Je fus coucher à la Tour-d'Oglio, le lendemain à Guastalla, et le surlendemain à Reggio. Je fus voir sur-le-champ sa cousine la religieuse, qui l'informa de mon arrivée. Ainsi, le lendemain, grand rendezvous dans le parloir. Nous y restâmes deux heures; nous ne pouvions nous quitter. Auparavant de nous
1. Dans le Mantouan, non loin de l'Adige, avec lequel un canal navigable mettait Ostiglia en communication.
2. Dans le Tyrol italien, à l'extrémité nord du lac de Garde.
3. Joseph Guibert, marquis de Vaubonne, originaire du Comtat-Venaissin, avait pris fort jeune du service dans l'armée impériale et devint général-major de la cavalerie.