Mémoires militaires, t. III, p
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Je ne sais par quelle raison le chevalier de Sourches'^, que ses amis appeloient Ragotin et Fine-Lame'^, servoit, cette nuit-là, d'aide de camp à M. de Vendôme. Ce général l'envoya le long des colonnes, afin de faire faire silence. Le petit homme alloit au galop, et il crioit de toutes ses forces : « Silence ! Silence ! » Il faisoit plus de bruit à lui seul que toute l'armée, qui s'en retourna par le même chemin par où elle étoit venue, pour aller camper à Bergantino'.
Le 1 1 , à Cavo-Bentivoglio.
Le 12, nous repassâmes le Tartaro pour aller camper à Gastagnara, où nous restâmes plusieurs jours.
J'appris que, depuis la levée du siège d'Ostiglia, quelques officiers généraux avoient conseillé à M. de Vendôme de faire couper une certaine digue, afin de se venger sur une partie des troupes de l'Empereur de la même manière que son général s' étoit servi pour nous faire faire cette cacade*. Mais ce prince, qui se faisoit un point d'honneur de faire la guerre noblement, ne voulut jamais acquiescer à leur sentiment,
1. Louis-François du Bouschet (1671-1756) était alors colonel d'infanterie; il parviendra en 1734 au grade de lieutenant général.
2. Ragotin est un des héros du Roman comique. Un frère du chevalier était connu sous le sobriquet de Petit-train. Toute cette famille servait de plastron aux railleurs de la cour [Saint- Simon, t. XIII, appendice, p. 548), et notre auteur aura bientôt occasion de le remarquer.
3. Sur le Pô, entre Mellara et Massa. On disait aussi Bragantino.
4. « Cacade : décharge du ventre. Au figuré, on dit : Il a fait une cacade, pour dire : « Il a manqué par imprudence ou par « lâcheté une entreprise à laquelle il s'étoit flatté de réussir. » [Académie, 1718.)
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d'autant plus que, en faisant couper cette digue, il auroit perdu un pays immense, et il auroit mis quantité de personnes à la mendicité.
Dès que M. de Vendôme vit l'obligation où il étoit de lever le siège d'Ostiglia et de se retirer bien vite, afin que son armée ne fût point submergée, il envoya sur-le-champ un courrier au prince de Vaudémont pour l'avertir de ce qui venoit d'arriver, afin qu'il prit les précautions nécessaires, tant pour lui que pour M. d'Albergotti, qui, comme je l'ai déjà dit, commandoit un corps de troupes de trois mille hommes à Carpi.
Combat de Carpi-du-Modénois ^ — Le courrier n'arriva pas assez à temps; cependant M. d'Albergotti fut averti une heure auparavant que M. de Stahremberg arrivât sur lui. Il renvoya d'abord son canon, escorté de deux cents grenadiers, et il fit mettre ses troupes en bataille, sans les faire marcher, ce qui lui coûta fort cher. On prétend qu'il avoit envoyé un de ses mulets à la provision et qu'il vouloit attendre son
1. Notre auteur se trompe en plaçant à Carpi le combat dont le récit va suivre et en en attribuant la gloire à M. de Stahremberg. Carpi est beaucoup trop éloigné d'Ostiglia. Le marquis de Quincy [Histoire militaire, t. IV, p. 154) ne donne pas de nom à ce combat; il dit seulement que le corps d'Albergotti se trouvait à un mille et demi de la Mirandole. Les Mémoires militaires, t. III, p. 201-203 et 816-821, sont plus explicites. Albergotti, venu de Final pour surveiller les corps ennemis qui se trouvaient à la Mirandole et à Quarantoli, fut attaqué par eux à cinq milles de ce dernier poste, dans la direction de Final, et forcé de se retirer après une perte sensible; mais aucune des troupes de M. de Stahreraberg ne s'y trouvait.
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retour; car le bon Italien n'aimoit pas à perdre ses nippes. Il donna donc le temps aux ennemis d'arriver et de l'attaquer : ce qu'ils firent avec toute la vivacité possible. Mais ils furent reçus avec tant de valeur qu'ils furent obligés de plier. Ils eurent affaire au régiment Dauphin-cavalerie ^ qui les poussa fort loin. Mais ce brave régiment, ayant trouvé de nouveaux escadrons, soutenus par plusieurs compagnies de grenadiers, fut contraint de se retirer, faisant de temps en temps volte-face, afin d'arrêter leur impétuosité et de donner le temps aux autres troupes de faire retraite. Ce régiment perdit, dans les charges qu'il fit, MM. de Mérieux et de Rassal, capitaines, quatre lieutenants, et cent trente maîtres^ de tués. M. de Locmaria fut blessé et prisonnier. M. de Geberet^ se mit dans une cassine avec cinq compagnies de grenadiers, pour favoriser la retraite de la cavalerie. Les Impériaux firent attaquer cette cassine par leur infanterie et du canon ; mais M. de Geberet se défendit si bien, qu'il donna le temps à M. de Mursay de venir à son secours. Ils firent ensemble leur retraite, M. de Geberet se retirant de cassine en cassine, et M. de Mursay par un grand chemin, et se mettant en bataille dans
1. Ce régiment, formé en 1668, valait quatre-vingt-dix ou cent mille livres; le marquis de Vandeuil en était colonel. C'est aujourd'hui le 12® cuirassiers; son histoire a été écrite par le lieutenant Robert de Place.
2. En termes de guerre, maître signifie un cavalier. [Dictionnaire de Trévoux.)
3. Claude, marquis de Ceberet, était colonel du régiment de Ponthieu depuis 1697 ; il parvint au grade de lieutenant général en 1737.
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les petites plaines qu'il trouvoit. Cette retraite se fit avec tant d'ordre, pendant deux lieues que les ennemis les suivirent, que ceux-ci n'osèrent jamais les approcher. M. d'Albergotti se retira par un autre chemin. Ce combat nous coûta une vingtaine d'officiers et trois cents hommes de tués. M. de Mursay y fut blessé. On peut dire qu'il sauva, par sa fermeté et par sa valeur, les troupes du Roi ; véritablement il fut bien secondé par M. de Ceberet. Un capitaine des grenadiers du régiment de Nigrelli, que nous prîmes deux mois après dans le Trentin, comme je le dirai dans la suite, me parlant de ce combat où il s'étoit trouvé, ne se lassoit point de louer la valeur du régiment Dauphin ^
Si le combat de Carpi fit honneur à MM. de Mursay et de Ceberet, M. de Stahremberg y acquit une gloire immortelle. Nous avions en Italie deux fois plus de troupes que lui : il n'a voit que seize mille hommes d'infanterie et sept mille chevaux. Cependant il nous obUge à lever le siège d'Ostiglia, et, sans perdre un seul instant, il tombe sur les troupes de M. d'Albergotti, et il les défait 2.
Notre armée resta plusieurs jours à Castagnara, campée le long du Canal Blanc, pendant lequel temps, M. de Vendôme ayant appris que M. de Vaubonne étoit avec quatre mille hommes à Bussolengo^, il marcha avec un corps de troupes supérieur pour tâcher de tomber sur lui; mais ce général, ayant été