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4. Jean d'Andigné des Touches et du Hallay; il avait déjà commandé l'artillerie de l'armée de Catalogne en 1695; fait maréchal de camp le 24 janvier 1702, il avait été nommé à la lieutenance d'artillerie du département de Dauphiné en décembre

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blessé à mort en allant reconnoître, sur une petite montagne qui est vis-à-vis de Trente et en deçà de l'Adige, un poste pour placer son canon et ses mortiers i. Il mourut deux jours après. J'étois auprès de M. de Vendôme lorsqu'il apprit cette nouvelle : il en fut extrêmement touché ; il avoit raison , car c'étoit une véritable perte, non seulement pour notre armée, mais pour toute la France. Personne ne savoit mieux son métier que lui, et c'étoit un très honnête homme.

Pendant que nous restâmes dans le camp de Gadino, nous envoyâmes plusieurs détachements pour s'emparer des postes d'où les ennemis nous incommodoient beaucoup, tant pour nos fourrages que pour la communication de notre armée avec Arco et Riva. On y fit beaucoup de prisonniers. Enfin, après avoir surmonté toutes les difficultés et tous les obstacles, dans le temps que nous étions sur le point de faire notre jonction avec l'électeur de Bavière, qui venoit d'Allemagne, avec la plus grande partie de son armée, au-devant du grand renfort que nous lui menions, un courrier que le Roi envoya à M. de Vendôme lui fit prendre le parti de s'en retourner bien vite joindre l'armée de Vaudémont sur la Secchia. M. de Bavière envoya aussi un capitaine de cavalerie de son armée pour le prier de ne pas aller plus loin. Nous étions très surpris qu'après tant de peines et tant de travaux, et

de la même année. Au commencement de 1703, sur la demande de M. de Vendôme, il avait été envoyé pour commander l'artillerie de l'armée d'Italie.

1. Sur la colline appelée Dos-ïrento, séparée par l'Adige de la ville qu'elle domine. Les Mémoires militaires (t. III, p. 261, etc.) disent : le mont d'Ostrent.

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après avoir pénétré jusqu'à Trente, l'on nous fît retourner sur nos pas avec une si grande précipitation. Nous ne savions à quoi attribuer un tel ordre ; mais, dans la suite, nous apprîmes quel en étoit le motif* .

M. le duc de Savoie, malgré la double alliance qu'il a voit faite avec la maison de France, venoit de conclure, contre les deux couronnes, un traité avec l'Empereur et ses autres alliés. Ce traité fut quelque temps caché ^. Mais M. de Phélypeaux^, notre ambassadeur à Turin, l'ayant su, et toutes les particularités, il en informa aussitôt le Roi. S. A. R. vouloit prendre le temps que notre armée fût embarquée dans le Trentin pour exécuter son projet, dont la réussite nous auroit peut-être fait perdre toute l'Italie. Ses troupes étoient restées avec l'armée de M. de Vaudémont. La plupart de ses officiers et de ses soldats faisoient les malades; on les envoyoit à Crémone, où étoit l'hôpital de l'armée; il y en avoit déjà deux mille lorsqu'elles furent désarmées. Ils dévoient s'emparer de

1. Outre le motif de la trahison du duc de Savoie, que notre auteur va raconter, il y en avait un autre qui obligeait Vendôme au retour : c'était la mauvaise réussite de l'expédition de l'électeur de Bavière en ïyrol et sa retraite forcée. [Saint- Simon, éd. Boislisle, t. XI, p. 163-164.)

2. Le traité ne fut signé que le 25 octobre; mais le duc négociait avec l'Empereur depuis longtemps, et un envoyé de Vienne, M. d'Auersperg, était arrivé à Turin secrètement dès le 15 juillet. (Ibidem, p. 221-222 et 272-273.)

3. Raymond-Balthazar Phélypeaux du Verger, d'abord ambassadeur auprès de l'électeur de Cologne, avait été envoyé à Turin en 1700 et avait reçu le grade de lieutenant général en 1702, A son retour de Savoie, il deviendra conseiller d'État d'épée (1704), gouverneur des îles d'Amérique (1709), et il mourra en 1713.

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cette ville le même jour que l'armée de M. de Stahremberg auroit attaqué celle de Vaudémont avec les troupes de M. de Savoie, qui se seroient jointes aux Impériaux. Mais, heureusement pour nous et malheureusement pour ce prince son traité fut découvert trop tôt. Dans la suite, il s'en vengea contre le droit des gens, sur M. de Phélypeaux, qui fut traité très indignement^.

M. de Vendôme, en abandonnant le Trentin, fit courir le bruit que l'on avoit trouvé plusieurs gués sur la Secchia, par lesquels on pouvoit passer pour aller attaquer les ennemis, afin d'ôter la connoissance à ses troupes de la scène qui devoit se passer.

Le 8 septembre, notre armée se mit en marche. On laissa douze bataillons dans Arco, Riva, Torbole et Nago, aux ordres de M. de Médavy, pour faire l'arrière-garde. A mesure que nous nous retirions, on faisoit mettre le feu à tous les villages. Malgré le vers de Virgile 2 :

Nulla fides pietasque viris gui castra sequuntur,

je puis assurer que cette cérémonie nous faisoit un véritable chagrin. Je sollicitai si fortement M. de Médavy pour que le village du paysan qui nous avoit

1. Phélypeaux fut en efifet retenu à Turin et essuya toutes sortes de mauvais traitements; il ne fut relâché qu'en 1704 et écrivit alors un rapport intitulé : Mémoires contenant les intrigues secrètes et malversations du duc de Savoie, avec les rigueurs qu'il a exercées contre M. de Phélypeaux, ambassadeur de France auprès de lui à Turin, qui fut imprimé la même année à Saint- Jean-de-Maurienne.

2. Non pas de Virgile, mais de Lucain : Pharsale, livre X, vers 407.

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servi de guide pendant tout le temps que nous avions été dans le Trentin ne fût point compris dans l'embrasement, qu'il m'accorda cette grâce.

La plus grande partie de l'infanterie fut embarquée sur le lac de Garde. Notre régiment s'embarqua le dernier, la nuit du 1 3 au 1 4, que nous arrivâmes fort tard à Desenzano. Nous y séjournâmes le 15. Pendant notre séjour, il m'arriva une petite galanterie. Me promenant le long du lac, vis-à-vis l'hôtellerie où nous allions tous les vendredis dîner, pendant notre quartier d'hiver à Castiglione-delle-Stiviere, j'aperçus à une des fenêtres de cette hôtellerie une signora, belle comme les Amours. Je tirai un louis de ma poche, et je l'appliquai sur un de mes yeux en la regardant tendrement. Elle me dit : Amore non è orbo, ma cieco. Je compris sur-le-champ ce qu'elle vouloit dire : je pris un autre louis que je mis sur l'autre œil, ce qui la fit sourire. Ensuite, je montai promptement dans la chambre où elle étoit et nous soupâmes ensemble, avec une autre femme qu'elle appeloit sa tante; apparemment que cette espèce de parente est en usage en Italie comme en France. Notre souper fut très gai ; il me parut qu'elle avoit beaucoup d'esprit; elle étoit charmante. Elle venoit de Venise, pour aller passer quelque temps à Brescia, chez une de ses parentes. Elle me fit promettre de l'aller voir à Venise pendant le quartier d'hiver ; mais je ne lui tins pas parole : M. de Savoie en avoit ordonné autrement.

Le 16, je quittai mon étrangère, pour songer à quelque chose de plus sérieux. Nous fûmes camper à Castiglione, et nous y séjournâmes le 17, afin d'at-

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tendre les équipages et d'autres attirails de guerre que nous devions faire marcher devant nous.

Enfin, après plusieurs jours de marche, nous arrivâmes, je parle de notre régiment, sur le bord du Pô, à Correggioli*, village sur la gauche de cette rivière, vis-à-vis San-Benedetto, où nous avions un poste et où étoit le quartier général du prince de Vaudémont. A mesure que nos troupes arrivoient, M. de Vendôme les disposoit d'une manière que celles de Savoie se trou voient environnées. Il fit courir le bruit, le 218 au soir, que, le lendemain, on attaqueroit les ennemis; il donna l'ordre de faire décharger toutes les armes.

Le 219, à la petite pointe du jour, l'on ordonna à plusieurs bataillons de se jeter promptement sur les armes de Messieurs les Savoyards, qui étoient en faisceaux à la tète de leur camp ; on s'empara aussi des chevaux de la cavalerie. Cette opération faite, M. de Vendôme fit assembler chez lui les officiers généraux et les officiers particuliers. Il leur dit en peu de mots ce qui l'avoit obligé de désarmer leurs troupes; il leur demanda leur parole d'honneur de ne point sortir sans permission des villes où ils alloient être conduits ; il leur laissa leurs épées, il leur témoigna combien il étoit touché d'avoir été forcé de prendre ce parti ^. Tous les officiers, tant généraux

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