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340 MÉMOIRES [Janvier 1704]
forces pour se soutenir en Italie, il prenoit le parti de se retirer en Allemagne. Il n'y eut sorte de manœuvre que ce général ne fit pour faire prendre le change à M. de Vendôme; mais ce prince habile n'en fut point la dupe. Il étoit persuadé que ce n'étoit nullement le dessein des ennemis, mais bien de faire tout leur possible pour tâcher de pénétrer en Piémont. Il jugea bien; car, le 2i6, les Impériaux passèrent, sur trois ponts, la Secchia à la Goncordia, presque au milieu de nos quartiers, la plus grande partie de l'infanterie de l'armée de Vaudémont étant cantonnée le long de cette rivière.
Dès que M. de Vendôme en eut avis, il partit de Garpi avec six mille hommes et six pièces de canon (il s' étoit rendu le jour d'auparavant, 25, dans cette petite ville), et, s'étant mis à la tète de vingt-quatre compagnies de grenadiers, avec lesquels il passa la LameS il tomba, presque sans le savoir, sur l'arrièregarde des ennemis, qui marchoient sur deux colonnes, l'une de cavalerie et l'autre d'infanterie. Il jugea à propos, n'ayant pas assez de troupes, de repasser avec ses grenadiers cette petite rivière, le long de laquelle il fit mettre sa petite armée en bataille. Les ennemis en firent autant de leur côté. Ils restèrent en présence les uns des autres jusqu'à dix heures du matin du 217, pendant lequel temps M. de Vendôme reconnut que les Impériaux étoient très supérieurs à lui : ce qui l'obligea de les suivre avec beaucoup de précaution. Il envoya des ordres dans tous les quartiers pour qu'on lui envoyât le plus de troupes que l'on pourroit.