Ou justaucorps à brevet. C'était une casaque bleue dou
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Portland avoit un habit de drap uni couleur de noisette. Dès que le maréchal l'aperçut, il se mit aussitôt en marche, allant le petit pas, aussi bien que milord. Lorsqu'ils furent à une certaine distance, ils mirent pied à terre en même temps; ils s'embrassèrent, et, après les compliments ordinaires, ils se présentèrent les seigneurs et les officiers généraux de leurs suites. La conversation devint alors générale, et elle tomba sur la chasse. Il échappa quelques termes impropres au maréchal; apparemment qu'il n'étoit pas aussi habile chasseur qu'il étoit grand guerrier. Le duc de Roquelaure* releva avec beaucoup d'esprit ces termes : ce qui fit éclater de rire et les Anglois et les François. Le maréchal rougit, et il dit à milord Portland : « Vous en avez entendu parc 1er; il est toujours le même^. » La conversation dura encore quelque temps ; après quoi, les deux favoris des deux plus grands monarques du monde s'éloignèrent de nous environ de cent cinquante pas. Ils restèrent, toujours debout, bien deux heures ensemble. Pendant ce temps-là, comme les François et les Anglois étoient entremêlés, je fis connoissance avec
blée de rouge et brodée d'argent que pouvaient seulement porter les courtisans auxquels le Roi en avait donné la permission par un brevet spécial^ (Voy. la note des Mémoires de Saint-Simon, éd. Boislisle, t. XII, p. 351.)
1. Gaston-Jean-Baptiste-Antoine, duc de Roquelaure (1656- 1738), était lieutenant général depuis 1696 ; il recevra en 1724 le bâton de maréchal de France.
2, « C'étoit un plaisant de profession, dit Saint-Simon (t. XIII de l'édition nouvelle, p. 183), qui, avec force bas comique, en disoit quelquefois d'assez bonnes. »
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milord Wesparton*, qui étoit un jeune homme fait à peindre et de la plus belle physionomie ; il avoit environ dix-huit ans; il étoit aide de camp du prince d'Orange. Dans la conversation, nous parlâmes de nos princes. Il élevoit beaucoup le sien, « parce que, « disoit-il, non seulement c'est un grand politique, « mais il est toujours à la tête de son armée. » Je compris qu'il vouloit me faire entendre que le nôtre ne s'y trouvoit point. Je lui répliquai qu'il ne devoit pas ignorer qu'il n'y avoit point de roi qui eût plus fait la guerre en personne que Louis XIV ; que, présentement, à la vérité, il ne se trouvoit plus à la tête de ses armées, étant fort âgé et n'étant plus en état de supporter les fatigues de la guerre, mais qu'il ne laissoit pas de les commander, quoique absent; qu'il ne se faisoit pas un seul mouvement et qu'on n'exécutoit pas un seul projet qu'il ne les eût ordonnés auparavant ; que, dans la situation où ce grand prince se trouvoit, ayant la guerre contre presque tous les potentats de l'Europe, il devoit rester, comme il faisoit, dans le centre de son royaume, afin d'être à portée d'envoyer plus facilement ses ordres à tous ses généraux; que son maître, certainement, étoit un grand prince, qui passoit pour un des plus fins politiques, mais qu'il n'avoit affaire qu'à un seul ennemi, pendant que notre monarque avoit presque tous les princes de l'Europe contre lui. Quelle fermeté et quelles qualités ne devoit-il pas avoir, non seulement pour résister à tant de puissances formidables, mais encore pour faire sur elles des conquêtes toutes les années!