‹ Mémoires du chevalier de QunicyChapitre 40 sur 207 · C'est-à-dire des officiers supérieurs · texte numérisé non relu

C'est-à-dire des officiers supérieurs

2. Fils de Marc-Antoine Hellouin, seigneur de Mesnilbus, avocat au parlement de Normandie et maire de Rouen, il fut tué à Ramillies, le 23 mai 1706.

avec eux dans une de ses tentes. Le drôle dansoit dans la dernière perfection et avec toutes les grâces possibles. Mesnilbus, passant devant cette tente, aperçut que M. le marquis dansoit; il ne put pas s'empêcher de lui crier fort haut : « M. de Boissimelle, « fermez le rideau. » Ces paroles lui firent cesser sur-le-champ sa danse. Nos Messieurs ne comprirent nullement ce discours, et nous n'avons appris qui il étoit qu'après la campagne finie.

Nos ordres étant arrivés pour nous en retourner à Paris, le marquis de Boissimelle partit bien vite en poste afin de s'y rendre. Il trouva sa maîtresse plus belle que jamais, et son père tout disposé à terminer le mariage. On fit donc travailler aux habits de noce de part et d'autre, et on fit tous les préparatifs nécessaires pour la faire avec magnificence. Mais... Fortune inconstante, que tes caprices sont terribles! Nos amants touchoient au moment d'être heureux, le jour du mariage étoit arrêté; mais, quelques jours auparavant, M. le marquis s'étant donné les airs de ne point se trouver aux exercices, où les princes, les ducs et les personnes de la p\us haute qualité qui étoient mousquetaires ne map^oient jamais de se trouver, M. de Vins l'envoya en^rison au corps de garde des écuries. Pendant le temps qu'il y fut, le bonhomme Langlois, à qui enfin on ouvrit les yeux sur la naissance du prétendu marquis, prit encore le parti d'aller savoir des personnes mêmes qui logeoient dans les douze maisons à qui elles appartéjoient. Quelle fut sa surprise lorsqu'on lui eut dit que l'une appartenoit à l'Hôtel-Dieu, celle-ci à M. le président de ***, l'autre à l'Hôpital général, et enfin qu'il n'y en

avoit pas une seule qui appartînt au marquis de Boissimelle. Ce bourgeois, confus et tout consterné, se rend sur-le-champ chez le marquis de Vins, à qui il dit d'abord qu'il lui demandoit justice touchant un de ses mousquetaires qui étoit un grand fripon. A ce discours, notre commandant, surpris, lui répondit que, pour un rien, il le feroit jeter par la fenêtre, qu'il n'y avoit point de fripon dans la compagnie. Cependant, voyant cet homme tout éperdu et tout en larmes, il se radoucit et lui demanda de quoi il étoit question. Celui-ci lui raconta de quelle manière il avoit été dupé ; que, persuadé que le sieur de Boissimelle étoit homme de condition et qu'il avoit beaucoup de bien, il lui avoit promis sa fille en mariage et qu'il lui avoit prêté dix mille écus pour faire la campagne précédente; que, cependant, il venoit d'apprendre qu'il n'étoit que le fils d'un maître à danser nommé Durideau. M. de Vins lui répliqua avec son sang-froid ordinaire : « Monsieur, si vous avez été la « dupe de cet homme, nous l'avons été aussi, puisque

< nous l'avons reçu mousquetaire. Si nous avions su

< son origine, nous ne l'aurions jamais reçu. Tout ce « que je puis faire est de le consigner, afin de vous « donner le temps de faire vos arrangements avec c lui. Adieu, monsieur. » Il ordonna sur-le-champ, comme il a été dit, à un sous-brigadier d'aller aux écuries "afin d'empêcher Durideau de s'esquiver, et qu'il dît à l'officier de garde, de sa part, qu'il en répondroit. Le marquis de Boissimelle n'étoit plus alors ce fier Boissimelle que nous avions vu à la campagne ; il étoit devenu souple comme un gant, doux, affable, et nous faisant des politesses hors de saison. Quel chan-

gement! Que la fortune est capricieuse! Il s'attendoit à être l'homme du monde le plus heureux et à posséder bientôt une aimable personne, sa chère maîtresse. Un instant renversa tout et le culbuta dans le néant. Malgré la prévoyance de l'officier de garde, nous apprîmes le lendemain, à la pointe du jour, qu'il s'étoit évadé. Nous fûmes tous persuadés que l'officier avoit eu des ordres secrets et supérieurs de le laisser aller, afin que la compagnie n'eût pas l'affront de voir pendre un de ses membres. Ce Boissimelle étoit fils, comme je l'ai déjà dit, d'un nommé Durideau, célèbre maître à danser, qui étoit alors à la cour de Berlin, où il avoit fait une fortune considérable. Il est à présumer que son fils a pris le parti d'aller retrouver son père, afin de reprendre son ancien métier. Nous n'avons jamais entendu parler de lui depuis. Le pauvre M. Langlois en fut pour ses trente mille francs, bien heureux d'en être quitte à si bon marché et de n'avoir pas marié sa fille à cet aventurier. Le mousquetaire qui l'avoit présenté fut cassé, pour en avoir imposé au marquis de Vins.

Il ne se passa rien à Paris de fort considérable.

Le 1 8 août. M""® la duchesse de Bourgogne vint à Paris pour la première fois^. Ses équipages étoient superbes. Elle y vint l'après-dînée. Après s'être promenée dans plusieurs rues, elle fut à la foire Saint- Laurent-, et de là s'en retourna à Versailles.

1. Journal de Dangeau, t. VI, p. 398; Mémoires de Sourc/ies, t. VI, p. 56; Mercure du mois, p. 234-241.

2. Cette foire se tint d'abord au faubourg Saint-Laurent, du 11 au 19 août. En 1622, les prêtres de la Mission de Saint- Lazare, qui en avaient, les revenus, obtinrent qu'elle fût trans-

[Août 1698] DU CHEVALIER DE QUINCY. 7t

Le 24 du même mois, MM. de Heemskerck^ et d'Odijck% ambassadeurs extraordinaires de la République de Hollande, firent leur entrée. Ils avoient des carrosses d'une grande magnificence ; ils en avoient dix; leurs pages et leurs valets de pied avoient une livrée superbe^.

Ce fut dans ce temps-là, à peu près, que M"® de Chartres, âgée alors de [quinze jours], fut baptisée dans la chapelle du château de Saint-Cloud, à cinq heures du soir; Mgr le Dauphin en fut le parrain et M™® la duchesse de Bourgogne la marraine*.

Le Roi voulant faire voir à toute l'Europe que, malgré la guerre qu'il venoit de soutenir contre presque toutes les puissances de cette partie du monde, la France n'étoit nullement épuisée, ni en hommes ni en argent, il fit assembler aux environs de

férée dans le faubourg Saint-Denis et prolongée pendant un mois. M. Arthur Heulhard a fait paraître en 1878 une notice sur la foire Saint-Laurent.

1. Conrad de Heemskerck, après diverses missions en Espagne, à Constantinople et à Vienne, fut envoyé par les Etats généraux à Paris, qu'il ne quitta qu'en 1701, lors de la guerre de la Succession d'Espagne.

2. Guillaume-Adrien, seigneur d'Odijck, fils d'un bâtard du prince Maurice de Nassau, plénipotentiaire à Nimègue et à Ryswyk. Nommé ambassadeur en France en janvier 1698, il n'y arriva qu'en mai et ne fit son entrée que le 24 août; il repartit en octobre. Accusé d'exactions en 1702, il fut exclu des Etats généraux et mourut en septembre 1705, à soixante-treize ans.

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