Le 30 octobre. [Dangeau, t. VI, p
3. Gazette de 1698, p. 24. — Cette phrase a été ajoutée après coup dans la marge.
4. Marie-Adélaïde de Savoie (1685-1714), fille aînée de Victor-Amédée II.
5. Journal de Dangeau, t. VI, p. 239 et suiv.; Mémoires de Saint-Simon, t. IV, p. 312 et suiv. ; Mercure de décembre, p. 205-258; etc.
6. On paya encore la capitation pour les trois premiers mois de 1698; mais elle fut supprimée conformément à la déclaration de janvier 1695. [Dangeau, t. VI, p. 251.) La guerre suivante devait bientôt obliger à la rétablir.
[1698] DU CHEVALIER DE QUINCY. ît
AiNNÉES 1698, 1699 ET 1700.
Milord Portland. — Milord Portiand, favori de Guillaume, prince d'Orange, que le Roi avoit reconnu, par le fraité de Ryswyk, roi d'Angleterre, fut envoyé à la cour de France ambassadeur extraordinaire ^ Son entrée fut des plus superbes ; elle se fit le 5 mars^. Milord Wesparton vint avec cet ambassadeur en France. Il tint la parole qu'il m' avoit donnée ; il vint me voir, et nous liâmes ensemble un commerce d'amitié qui dura pendant tout le temps qu'il fut à Paris. Ce temps ne fut pas long ; il fut obligé de retourner en Angleterre, quelques mois après, pour se marier. Je fus très touché de son départ; il me parut aussi très fâché de me quitter, et l'aimable séjour de Paris. Nous nous sommes écrit plusieurs lettres, et insensiblement ce commerce s'est évanoui.
Histoire du marquis de Boissimelle. — Quelque temps après le départ de mon ami, étant de garde
1. Portland succéda au duc de Saint- Albans. Le but de sa mission était d'obtenir de Louis XIV l'éloignement de Jacques II, qui avait trouvé asile à Saint-Germain avec sa cour.
2. C'est le 9 mars, et non le 5, qu'eut lieu l'entrée solennelle de l'ambassadeur. [Gazette, p. 97.) Les Mémoires de Sourches (t. VI, p. 17) disent que cette entrée, loin d'être magnifique, fut trouvée ridicule; mais notre auteur s'accorde sur ce point avec Saint-Simon (éd. Boislisle, t. V, p. 311), et par conséquent avec Dangeau.
aux écuries des mousquetaires ^ j'y vis le marquis de Boissimelle^, un de nos camarades, qui étoit aux arrêts pour avoir manqué de se trouver à l'exercice. Ce même jour, il vint un ordre du marquis de Vins à l'officier de garde d'avoir l'œil sur lui, de ne point le laisser sortir du corps de garde, et enfin qu'il en répondroit. Nous apprîmes dans la suite le sujet de cet ordre si sévère et son histoire. La voici :
Ce prétendu marquis s' étoit fait présenter au marquis de Vins, notre commandant, par un mousquetaire, afin d'entrer dans la compagnie, et il fut présenté comme un gentilhomme d'une grande et d'une ancienne noblesse de Normandie, fils unique, et ayant trente mille livres de rente. Cet homme étoit fait à peindre, grand, et orné de toutes les grâces possibles. Aussitôt qu'il fut reçu dans la compagnie, il fit connoissance avec un mousquetaire nommé Langlois, fils d'un riche marchand de la rue Saint-Denis^. Son ami
1. Les mousquetaires de la seconde compagnie étaient encore, à cette époque, logés deux par deux dans les maisons du faubourg Saint-Antoine, et la ville fournissait à Reuilly les bâtiments nécessaires pour les chevaux. (A. de Boislisle, la Place des Victoires et la place de Vendôme, dans les Mémoires de la Société de V Histoire de Paris, 1888, p. 206-208.)
2. Ce pseudo-marquis de Boissimelle ne serait-il point le même qu'un M. de Boissimène, ancien officier, âgé de quatrevingt-quatre ans en 1753, dont parlent les Mémoires de Luynes (t. XII, p. 312-313, et t. XIV, p. 293), comme ayant servi en France, puis étant passé au service d'Espagne, ayant séjourné en Italie et à Gonstantinople, et étant venu, sur la fin de sa vie, s'installer en Provence ? La Gazette de 1762 mentionne aussi un sieur de Boissimenne, capitaine de grenadiers.
3. Ce marchand est peut-être le sieur Langlois, rue Saint- Sauveur, à l'enseigne du Fer-à-Cheval, qui faisait des « buses
le mena chez son père, qui fut charmé que son fils fût lié d'amitié avec un homme d'une si grande considération. Ce bon bourgeois avoit une fille très aimable qui étoit à marier. Sa famille lui donnoit deux cent mille francs en mariage. Cette dot seule pouvoit engager le marquis de Boissimelle à lui faire la cour, afin de pouvoir s'emparer d'un si joH morceau. Il ne négligea rien pour tâcher de réussir. Il ne laissoit passer aucun jour sans venir voir une si charmante personne ; il lui donnoit des fêtes et des bals, et il n'oublioit rien de ce qui pouvoit lui procurer du plaisir. Enfin, ayant obtenu le consentement de la demoiselle, il la demanda en mariage à son père. Le bonhomme, pénétré de l'honneur que lui faisoit une alliance si distinguée, et persuadé que ce seigneur avoit des biens considérables, ne balança pas un moment à lui accorder sa demande. Auparavant de faire ce pas, M. le marquis avoit eu la précaution de gagner par argent tous les portiers des douze maisons situées à Paris qu'il disoit lui appartenir. Il les avoit avertis qu'il devoit venir incessamment une personne afin de s'informer d'eux à qui appartenoient ces maisons, et qu'ils dévoient répondre que M. le marquis de Boissimelle, mousquetaire du Roi, en étoit propriétaire. Cette perquisition arriva comme il l'avoit prévu ; car M. Langlois fut partout pour s'en informer. Ces seules maisons valoient vingt mille livres de rente, sans les terres considérables de Normandie qu'il disoit lui appartenir. Tout alloit bien jusque-là ; certainement
et bois d'éventails d'une grande propreté. » (Ed. Fournier, le Livre commode des adresses de Paris, t. II, p. 24.)
il s'en applaudissoit. Mais, par malheur pour le mousquetaire, il avoit été nommé pour être du détachement des mousquetaires qui devoit faire la campagne de 1697. Cette circonstance obligea le père de la demoiselle à remettre le mariage après cette campagne, ne voulant pas hasarder que sa fille devînt veuve dans un âge si peu avancé : elle n'avoit que quinze ans; le marquis pouvoit y être tué. Malgré la vive tendresse que nos amants avoient l'un pour l'autre, ils se rendirent à ces raisons. Les gens d'esprit savent se retourner, et, comme M. de Boissimelle en avoit beaucoup, il voulut profiter au moins de l'amitié que M. Langlois avoit pour lui. N'ayant pas le premier sol pour se mettre en équipage afin de faire la campagne, il poussa une furieuse botte au futur beau-père*, et lui emprunta dix mille écus en avance des deux cent mille francs de la dot que la demoiselle devoit avoir en mariage. M. Langlois se trouva trop heureux d'avoir une occasion pour l'obliger. L'argent reçu, M. de Boissimelle fit un équipage de Jean de Paris^; il prit un maître d'hôtel, un bon cuisinier, deux valets de chambre, quantité de gens de livrée, livrée qu'il avoit inventée, ainsi elle étoit des plus belles. Son équipage n'étant pas fait lorsque le détachement partit de Paris, il obtint du marquis de Vins
1. On dit figurément porter une botte à quelqu'un, pour dire lui demander de l'argent à emprunter, sans être trop en pouvoir de le rendre. [Dictionnaire de V Académie, 17i8.)
2. C'est-à-dire un équipage d'une folle magnificence (voyez le roman de Jehan de Paris). On peut signaler des exemples de cette expression dans les Lettres de M^^ de Sévigné, t. II, p. 290, et t. III, p. 66, et dans les Historiettes de Tallemant des Réau.T, t. IV, p. 202. Nous la retrouverons dans la suite.
de rester encore dans la grande ville trois semaines depuis notre départ, au bout duquel temps nous le vîmes arriver au camp dans une bonne chaise de poste. Il eut la permission de faire tendre ses deux tentes, qui étoient magnifiques, auprès de celles de nos officiers à hausse-col*. Comme il leur donnoit souvent à manger et qu'il jouoit très gros jeu (il y gagnoit), il en étoit très considéré; ce qui lui tourna si fort la tête, que non seulement il ne vouloit avoir aucun commerce avec ses camarades, mais qu'il les regardoit pour ainsi dire avec un air de mépris. Son impertinence alloit jusqu'à l'extravagance avec ses domestiques ; lorsqu'il en appeloit quelqu'un et que malheureusement il se présentoit un laquais ou un palefrenier, il le renvoyoit en colère, en disant : « Quand j'appelle quelqu'un, ce n'est pas à un gredin « comme toi à se présenter devant un homme comme « moi, mais à un valet de chambre. Tu n'es pas < digne de me parler. » Ses manières extraordinaires et ridicules ne laissèrent pas de nous donner la curiosité de savoir qui étoit donc ce grand personnage ; mais, malgré toutes nos recherches, il nous fut impossible de découvrir sa véritable origine. Cependant le chevalier de Mesnilbus, sous-brigadier^^ le connoissoit à fond ; mais il eut toujours la discrétion de n'en parler à qui que ce soit, qu'un seul jour que le sieur de Boissimelle, s'étant familiarisé avec quelques-uns de nos camarades, avoit fait venir un violon et dansoit