M. de Clermont-Tonnerre : ci-dessus, p
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le traité de partage de ses vastes États ne seroit jamais accepté, ni par Sa Majesté Catholique, ni par les Espagnols, ni par l'Empereur* ; et, voulant faire voir à la nation espagnole qu'il n'y avoit que lui, roi de France, en état d'empêcher ce partage, il jugea nécessaire de faire voir à toute la terre sa magnificence et sa puissance après avoir essuyé une guerre, comme je l'ai déjà dit, presque contre toutes les puissances de l'Europe, dans le courant de laquelle S. M. avoit toujours triomphé contre elles^. Nous verrons dans la suite que Charles II, convaincu de ce raisonnertient, institua par son testament le duc d'Anjou^ roi de tous ses royaumes, et que la nation espagnole avoit acquiescé d'une commune voix, avec grand plaisir, aux dernières volontés de son prince.
Nous eûmes beaucoup de fatigues dans ce camp. Il ne se passoit aucun jour que nous ne fussions de service, ou de grandes gardes, ou de gardes à la tête du camp les jours qu'il n'y avoit pas d'action générale. Le service s'y faisoit plus exactement que pendant le temps de la guerre. La dépense fut extraordinaire;
1. Dès 1668, Louis XIV avait conclu avec l'Empereur un traité pour le partage de la monarchie d'Espagne, et, en 1686, de nouvelles négociations avaient été engagées a Vienne. Mais ce fut seulement le 11 octobre 1698, à la suite du camp de Compiègne, et non auparavant, que le Roi signa avec Guillaume III un traité de partage qui semblait définitif. (Hippeau, Avènement des Bourbons au trône cT Espagne ; Hermile Reynald, Louis XIV et Guillaume III.)
2. Saint-Simon dit aussi que ce fut pour montrer à l'Europe que la France n'était pas épuisée par la longue guerre qu'elle venait de soutenir. [Mémoires, éd. Boislisle, t. V, p. 142.)
3. Philippe de France, second fils du Dauphin (1683-1746), roi d'Espagne en 1700 sous le nom de Philippe V.
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car tous nos amis venoient nous voir de tous côtés. Les vins de Champagne et de Bourgogne et toutes sortes de liqueurs ne furent point épargnés. Enfin, je n'aurois pas plus dépensé que j'ai fait dans le cours d'une campagne entière.
Sentis. — Le 213, nous partîmes du camp pour aller coucher à Senlis, ville mal bâtie, les rues étroites, située sur la petite rivière de Nonette, qui se rend, comme il a été dit, à Chantilly. Le pays qui environne cette ville est charmant, entre deux forêts, dont l'une porte son nom, et l'autre [celui] de Chantilly. Il y a sept paroisses et deux collégiales ; la cathédrale est dédiée à Notre-Dame; le vaisseau en est beau. L'évèque est Sanguin-Livry\ prélat d'un grand mérite. Il y a un bailliage à Senlis. Nous en partîmes le M pour aller coucher à Louvres-en-Parisis, bourg situé à six lieues de Paris. M. Le Féron, conseiller de la grande chambre^, en est seigneur.
Le 25 à Paris, où nous ne restâmes pas longtemps ; car nous en partîmes le 30 pour aller coucher à Corbeil et nous rendre, le 1®"" octobre, à Nemours. Le Roi partit ce même jour pour Fontainebleau. Pendant tout le temps que S. M. reste dans ce beau château, la compagnie des mousquetaires gris reste à Montereau-Fault- Yonne, et celle des noirs à Nemours.
Nemours. — Nemours est une jolie petite ville du
1. Denis Sanguin, nommé évêque de Senlis en janvier 1652 sur la résignation de son oncle Nicolas Sanguin ; il mourut le 13 mars 1702, à quatre-vingt-un ans.
2. Jérôme Le Féron, seigneur d'Orville et de Louvres-en- Parisis, mort sous-doyen du Parlement le 20 novembre 1727, à quatre-vingt-sept ans.
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Gàtinois, à dix-huit lieues de Paris, à quatre de Fontainebleau et à sept de Montargis, sur la rivière de Loing, qui prend sa source près de Saint-Fargeau*, passe à Montargis, à Nemours, et va se jeter dans la Seine près de Montereau-Fault- Yonne. Elle forme de belles prairies aux environs de NemOurs, qui est un duché-pairie 2 et qui a donné son nom à une très ancienne maison des plus illustres, fondue dans une des branches de celle de Savoie^. Les habitants y sont très polis, les grisettes jolies et très sages; car, malgré deux cent cinquante mousquetaires dont la compagnie est composée, presque tous jeunes gens, qui y vont passer tous les ans six semaines, temps que le Roi reste à Fontainebleau, jamais on n'a entendu parler qu'elles se soient laissé surprendre, quoique les mousquetaires les voient chez elles et à la promenade.
Je me plaisois infiniment dans cette ville; mais, malheureusement, j'y tombai malade. Ma maladie fut des plus sérieuses. Je fus si bien traité, et les remèdes qu'on me donna furent appliqués si fort à propos, que j'en fus quitte pour une faim canine qui me resta, et que j'ai gardée quelque temps. A peine étois-je convalescent, que la rivière de Loing déborda en un moment, et si rapidement, que toutes les rues