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sa tante, par laquelle elle lui manderoit qu'elle l'attendoit avec beaucoup d'impatience, et qu'elle enverroit au-devant d'elle son cousin le P. Julien, cordelier, dans un carrosse. On est bien persuadé que cette lettre prétendue de la tante étoit du mousquetaire. Toute chose étant arrêtée et le jour marqué du départ et de l'arrivée, le sieur de Ch***, déguisé en cordelier, fut au-devant de la religieuse à trois lieues de Paris, dans un bon carrosse de remise. L'ayant rencontrée, et lui ayant donné la main pour l'aider à descendre de sa voiture, il la fit monter dans la sienne. Ensuite il l'amena à Paris, dans une chambre qu'il lui avoit préparée dans un quartier éloigné. Ces deux amants passèrent ainsi quelques mois ensemble, satisfaits l'un de l'autre; ils ne s'occupoient que de leur amour; mais l'abbesse, ne voyant point arriver sa religieuse, après que le temps de prendre les eaux fut passé, et n'en recevant aucune nouvelle, fit des perquisitions si exactes, afin de savoir ce qu'elle étoit devenue, qu'elle apprit malheureusement son histoire et que le P. Julien, cordelier, étoit un mousquetaire nommé le sieur de Gh***, qui s'étoit ainsi déguisé pour enlever cette belle religieuse de concert avec elle. Elle en écrivit sur-le-champ à la cour. Le Roi, qui n'a jamais pardonné de pareils procédés, le fit casser, et le fit mettre en prison pour l'obliger de déclarer ce qu'il avoit fait de cette religieuse. Mais sa déposition fut toujours qu'il ne connoissoit point cette personne, et qu'il n'en avoit jamais entendu parainsi par opposition aux carrosses de place ou fiacres, qui stationnaient sur la voie publique.
1er; qu'apparemment, il avoit des ennemis cachés, qui, voulant le perdre, avoient imaginé cette fable. Comme il n'y avoit point de témoins, on le fit sortir de prison quelque temps après. Ainsi oublié de toute la terre, il ne songea qu'à jouir et passer ses jours tranquillement avec sa chère maîtresse, et, pour se rendre heureux le reste de sa vie, il travailla à faire casser à la cour de Rome les vœux que la religieuse avoit faits, pour ensuite se marier avec elle. Comme il avoit beaucoup d'esprit et d'intrigues, il trouva le moyen de réussir. Ainsi cette charmante fille, ne voyant plus d'obstacles, ni rien qui pût s'opposer à son bonheur, attendoit avec impatience la fin de ses malheurs par le mariage qu'elle alloit contracter avec la personne du monde qu'elle aimoit le plus tendrement. Mais la malheureuse ne connoissoit point l'amant avec lequel elle s'étoit engagée ; elle ne savoit point, par le peu d'usage qu'elle avoit du monde, que chaque homme a son coin de folie. Aussi, dès que les vœux furent cassés, le sieur de Ch*"* sentit sa tendresse diminuer tous les jours, et le dégoût prendre la place de la plus forte passion. Dans les commencements, il n'en marqua rien à sa maîtresse; mais il éloignoit le plus qu'il pouvoit le moment du mariage. Enfin, ennuyé et fatigué de se contraindre, il la quitta cruellement, et il l'abandonna à sa mauvaise destinée pour le reste de ses jours. Quelle action ! Quelle noirceur ! Le pourra-t-on croire dans les siècles à venir? Eh bien! cruel amour, malheureux sont ceux qui s'abandonnent à toi. Voilà un exemple de tes forfaits. Que ne laisses-tu cette pauvre victime dans sa retraite ? Sans toi elle y passeroit des jours tranquilles et heureux. Qu'est-elle
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devenue, et son perfide amant? Je n'en sais pas davantage.
Revenons à Nemours. Pendant que nous y étions, le duc d'Elbeuf* épousa par procuration du duc de Lorraine^, qui étoit rentré dans ses États ^, M"' de Chartres*. Ces épousailles se firent le 13 octobre à Fontainebleau^. Cette alliance est la trente-troisième que la maison de Lorraine a faite avec celle de France^. On prétend que le duché de Lorraine est le plus ancien duché de l'Europe.
Le 12! novembre, lendemain de la Saint-Martin, nous partîmes de Nemours pour aller à Corbeil. Il y a onze bonnes lieues par le chemin que nous prîmes pour nous y rendre. Nous les fîmes sans faire la moindre petite halte. Cette route est peut-être une des plus ennuyantes; car on ne trouve presque point de villages. Nous passâmes devant le château de Fleury''', situé dans un endroit écarté à un bout de la forêt de Fontainebleau ; il appartient à M. d'Argouges, conseiller d'État^.