‹ Mémoires du chevalier de QunicyChapitre 56 sur 207 · Les chevau-légers d'Anjou, en · texte numérisé non relu

Les chevau-légers d'Anjou, en

bâton. Je me souviens que, étant de garde aux écuries, il nous montra les lettres de sa religieuse. Les Lettres portugaises^ n'étoient pas plus fortes ni mieux écrites; l'esprit, les sentiments de la plus vive et de la plus tendre passion et les expressions les plus touchantes y régnoient. Quoique ce commerce n'ait fini qu'à la fin de l'année 1699, je ne laisserai pas de continuer cette histoire, afin de ne la pas interrompre. Cet amant, fatigué et ennuyé de ne parler à sa maîtresse que par lettres, et las des voyages qu'il faisoit de Paris à Nemours pour le seul plaisir de s'entretenir avec elle de dessus une muraille, où il essuyoit les rigueurs des saisons, insinua à sa religieuse de feindre une maladie, pour la guérison de laquelle les médecins lui ordonnassent d'aller prendre les eaux de Forges^. Ce conseil fut si bien exécuté, qu'on fut persuadé dans l'abbaye qu'il n'y avoit que ce seul remède qui pût lui rendre une santé parfaite. Les deux amants convinrent ensemble que, lorsqu'elle auroit obtenu la permission de son abbesse pour aller aux eaux, elle en donneroit avis au sieur de Ch***, et lui marqueroit le jour qu'elle partiroit de l'abbaye par le carrosse de voiture^, pour se rendre à Paris; qu'elle montreroit une lettre à l'abbesse, supposée écrite par

1. Les cinq lettres si connues sous ce nom avaient été publiées pour la première fois en 1669, Voy. la note très détaillée donnée à ce sujet par M. de Boislisle, dans l'édition des Mémoires de Saint-Simon^ t. XI, p. 11-12.

2. Forges-les-Eaux, en Normandie, entre Gournay et Neufchâtel, station thermale à la mode depuis le règne de Louis XTIL

3. C'est-à-dire la voiture publique faisant le service à jours réguliers. Le carrosse de remise (ci-après) était une voiture de louage, qu'on allait prendre chez les loueurs, et qu'on appelait

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