‹ Mémoires du chevalier de QunicyChapitre 61 sur 207 · Le quartier du Palais-Royal · texte numérisé non relu

Le quartier du Palais-Royal

2. Les mousquetaires gris avaient depuis 1671 un hôtel ou caserne entre la rue du Bac et la rue de Beaune ; les noirs, ainsi qu'on l'a vu plus haut, étaient encore logés par couples dans les maisons du faubourg Saint- Antoine.

3. Alexandre Sevin, sieur de la Martinière, entré aux mousquetaires depuis le mois de février 1699.

4. Ancien cimetière de la paroisse Saint-Jean, abandonné depuis le xni* siècle et sur lequel on avait établi un marché. II était situé à l'entrée de la rue Saint-AntoineiTiibnoo Jio ; j.

H4 Vi/Î MÉMOIRES [1699]

c'étoit M. de Marelle, notre brigadier, qui nous dit : « Messieurs, tout est découvert. Montez, s'il vous « plaît, dans ce carrosse avec moi. » Il fallut obéir. Ensuite il ajouta : « Vous alliez nous procurer une « belle affaire. » Il tint le même discours à tous les mousquetaires qui passoient pour se rendre au rendezvous, et il leur ordonna, de la part du Roi, de se retirer chacun chez soi. Pour nous, nous restâmes avec lui jusqu'à minuit ; ensuite, il nous ramena dans notre logis. Nous apprîmes le lendemain que la conspiration avoit été découverte par la femme d'un aubergiste qui logeoit et donnoit à manger à plusieurs de nos Messieurs dans le faubourg Saint- Antoine ; que ces Messieurs l'avoient priée et pressée de leur donner à souper une heure plus tôt qu'à l'ordinaire; que, le, souper fini, ils avoient sur-le-champ monté dans leurs chambres, et que cette femme s'étoit aperçue qu'ils nettoyoient et chargeoient leurs pistolets. Persuadée par cette manœuvre qu'il devoit se passer quelque chose d'extraordinaire, cette femme va promptement en avertir M. de Cœurly, commandant dans le quartier. Cet officier, qui avoit déjà entendu parler de ce complot, ne perd pas un instant; il s'en alla luimême en faire part au marquis de Vins, qui donna ses ordres si à propos, qu'il empêcha que ce malheureux projet eût son exécution. Le guet, qui en fut averti de bonne heure, ne sortit point ce jour ni cette nuit -là. Ainsi notre cher camarade ne fut point vengé. Le Roi, ayant été informé de ce fait, ordonna que le premier mousquetaire qui auroit affaire au guet seroit cassé à la tête de sa compagnie, et qu'il seroit condamné à vingt années de prison. Cet ordre

sévère, et cependant très juste, calma entièrenoient la fureur de nos jeunes gens et empêcha dans la suite les tapages qui se faisoient alors très fréquemment. Cette histoire du baron de Ciran nous apprend qu'il y a bien des moments malheureux dans cette vie, et que les plus sages y sont exposés comme les autres.

L'action de M"*® Ticquet, femme d'un conseiller au Parlements quoique très criminelle et très détestable, nous en donna un exemple bien sensible cette année. Tout le monde sait qu'elle fît assassiner son mari, et que les assassins ne firent que le blesser^. Elle fut condamnée à avoir le col coupé. J'en vis l'exécution qui se fit au mois de juillet^. Nous étions chez un commissaire dont la maison est dans la place de Grève*. Lorsqu'elle y arriva, il faisoit un orage affreux, accompagné de tonnerre, d'éclairs et d'une pluie qui tomboit comme un torrent. Elle l'essuya pendant trois quarts d'heure, étant dans la charrette, avec son portier^, près de l'échafaud. M. Ticquet, qui étoit bien rétabli de ses blessures, avoit prié le lieutenant criminel de suspendre l'exécution afin de lui donner le

1. Angélique -Nicole Carlier avait épousé, en avril 1676, Claude Ticquet, conseiller à la quatrième chambre des enquêtes, qui ne mourut qu'en 1714.

2. Sur tous les détails de l'assassinat de M. Ticquet, du procès et de l'exécution de sa femme, on peut voir le commentaire que M. de Boislisle a donné du récit de Saint-Simon. [Mémoires, t. VI, p. 433-437.)

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