‹ Mémoires du chevalier de QunicyChapitre 62 sur 207 · Le 19 juin, au soir · texte numérisé non relu

Le 19 juin, au soir

4. Etienne Du Chesne, commissaire du quartier de la Grève de 1679 à 1725.

5. Etienne Moura ou Moras, qui, avec un soldat aux gardes, s'était chargé de l'assassinat.

temps de supplier pour une seconde fois le Roi d'accorder grâce à sa femme; mais S. M. lui répondit toujours que le crime de sa femme étoit trop noir, trop médité, et par conséquent impardonnable, et qu'elle ne pouvoit pas en conscience lui accorder cette grâce. La réponse du Roi étant arrivée, le lieutenant criminel fit signe de la faire descendre de la charrette. Elle monta sur l'échafaud avec beaucoup de fermeté. Le bourreau lui donna la main pour Faider à monter; elle lui parla un moment, et, ensuite, ayant tiré ses bras des manches de sa robe, qui étoit une furie des Indes ^, elle se mit à genoux. On lui banda les yeux de son mouchoir. Le bourreau lui donna le coup fatal; il la manqua. En tombant, elle fit un grand cri. Dans ce moment, on entendit un cri affreux de tous les assistants. Le bourreau mit sa tête sur un billot et lui donna onze coups avec un couperet^. M"*® d'Argenson^ étoit dans la même chambre où nous étions, avec une demoiselle, âgée environ de quinze ans, qui étoit venue avec elle. Cette jeune personne tomba évanouie derrière nous; je m'en aperçus, et, pendant qu'on pendoit le portier de M™^ Ticquet, et que toutes les personnes qui étoient dans la

1. Satin ou taffetas, avec des dessins en couleur, venu primitivement des Indes ou de la Chine, et imité bientôt par les fabriques européennes. (Savary, Dictionnaire du commerce.) M"*'' Dunoyer (lettre xxv) dit qu'elle était vêtue de blanc.

2. L'exécuteur des hautes œuvres étant en prison, c'était un remplaçant inexpérimenté qui fit l'exécution.

3. Marguerite Lefèvre de Caumartin, née le 3 mai 1672, mariée, le 14 janvier 1693, à Marc-René de Voyer d'Argenson, lieutenant général de police depuis 1697, et qui deviendra garde des sceaux en 1718.

chambre étoient attentives à l'exécution de ce malheureux, je fis tout ce que je pus pour faire revenir cette demoiselle. Je lui fis sentir et avaler de l'eau des Carmes^, et je la délaçai. Elle reprit petit à petit ses esprits, et enfin elle revint entièrement; elle me fit mille remerciements, et elle me dit les choses du monde les plus gracieuses. Elle raconta à M™* d'Argenson ce qui lui étoit arrivé et les soins que j'avois eus d'elle, et, en me montrant, elle ajouta : « Monsieur, comme « vous voyez. Madame, est bien capable de ressusciter « les personnes qui tombent en foiblesse. » M""® d'Argenson me dit qu'elle n'oublieroit jamais le service que j'avois rendu à sa jeune parente. On mit la tète et le corps de M"^ Ticquet dans un carrosse drapé de noir à quatre chevaux. Elle fut transportée à Saint- Sulpice, sa paroisse, où elle fut enterrée*.

Au mois d'août se fit la cérémonie de découvrir la statue équestre du Roi^; la figure et le cheval, qui sont de bronze, sont d'un seul jet; il y avoit déjà quelques jours qu'elle avoit été posée. Cette cérémonie se fit l'après-dîné. Le duc de Gesvres, gouverneur de Paris ^, monté sur un cheval magnifiquement har-

1. Eau de mélisse inventée par les Carmes déchaussés du faubourg Saint-Germain; au xviii^ siècle, elle tomba dans le commerce, et on la fabriquait surtout à Montpellier.

2. Son mari lui fit faire des obsèques magnifiques. [Remarques historiques sur Véglise Saint-Sulpice, p. 266-270.)

3. Le 13 août. [Dangeau, t. VII, p. 129-130.) Sur cette statue, par Girardon, élevée dans la place de Vendôme, et sur la cérémonie, on peut voir la notice publiée par M. de Boislisle dans les Mémoires de la Société de V Histoire de Paris, année 1888.

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