En blanc dans le manuscrit
160 MÉMOIRES [Août 1701]
de Liège cinquante-deux baronnies, vingt-quatre villes fermées, beaucoup d'abbayes, et plus de quinze cents villages. Il s'y trouve des mines de plomb, de fer et de la terre propre à brûler, ce qu'on nomme en Flandre tourbes, et des carrières de marbre. Nous fûmes voir Saint-Lambert, qui est la cathédrale. Le palais de l'évêque et les églises sont magnifiques ; il y a plusieurs églises collégiales, nombre d'abbayes, couvents de religieux et de religieuses. Les ponts qui sont sur la Meuse sont très bien construits. On ne reçoit point de chanoine dans la cathédrale qui ne fasse preuve de trente-deux quartiers, ou qu'il ne soit docteur; enfin, ce chapitre est composé de princes de la plus grande et de la plus haute noblesse, et souvent de cardinaux. Tout le monde sait que Charles le Hardi, duc de Bourgogne, qui fut dans la suite tué au siège de Nancy, prit Liège l'année 1468, où ses soldats commirent des excès extraordinaires. Le duc de Bourgogne obligea Louis XI, qu'il avoit fait arrêter à Péronne, d'être présent à ce siège; quel chagrin pour ce roi allié des Liégeois! Cette ville est belle, dans une plaine ; il y a une assez bonne citadelle. Les principales villes qui dépendent de Liège sont Maëstricht, dont cependant les Hollandois sont les maîtres, Tongres, Dinant, Saint-Hubert, Bouillon, Rochefort, Thuin, Fumay, Huy et d'autres^. Cette ville est fort ancienne; il en est parlé dans les Commentaires de César.
1. Tongres, au nord de Liège, ancien siège de l'évêché; Dinant, sur la Meuse, entre Namur et Givet; Saint-Hubert, dans le Luxembourg belge; Bouillon, à quelques lieues au nord de Sedan; Rochefort, dans la province de Namur; Thuin,
[Août 1701] DU CHEVALIER DE QUINCY. 161
Retournons à notre camp d'Hotton, où il arriva un accident dans le même goût que celui qui m'arriva à Strasbourg*. Étant une nuit de garde à la tête du camp, je me promenois avec quelques mousquetaires qui étoient aussi de garde. Nous entendîmes des cris affreux qui venoient de la tente de MM. de Baradas^ et de Mesnilbus, tous deux sous-brigadiers. Nous y courûmes bien vite, et nous trouvâmes que Baradas tenoit par la gorge son camarade, et qu'il l'auroit certainement étranglé sans notre arrivée. Ce ne fut pas sans peine que nous lui fîmes quitter prise, et il ne le fit qu'après qu'il se fut réveillé. Voici ce qu'il nous raconta : « A moitié endormi, et apparemment en a rêvant, nous dit-il, j'ai senti que ma robe de « chambre s'éclipsoit de mon lit. Je ne doutois nulle- « ment que ce ne fût un boulineur^ qui vouloit me « dérober ma robe de chambre. Je croyois voir le « voleur. Je veux me jeter sur lui, et malheureuse- « ment je tombe sur mon ami, qui dormoit profondé- « ment (Mesnilbus avoit son lit à côté de Baradas), et, « sans vous, Messieurs, je ne doute point que je ne « l'eusse étranglé. Je vous suis très obligé, poursui- Œ vit-il, d'être venus si à propos ; car j'aurois perdu la < personne du monde à qui je suis le plus attaché,
sur la Sambre, entre Namur et Charleroy; Fumay, sur la Meuse, en amont de Givet.