‹ Mémoires du commandant Persat, 1806 à 1844Chapitre 1 sur 165 · A VICTOR M ASSÉNA · texte numérisé non relu

A VICTOR M ASSÉNA

DUC DE niYOU, PRIKCE tTESSUNG

En êoucenir d'une bien ancienne et bien profonde amitié et d'un culte commun pour les héi^on de la Grande Éfiopée.

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INTKODUCTION

La publication du Journal dé route du capitaine Robi" nauz et des Lettres du commandant Coudreux m'a mis plus que jamais en goût des souvenirs des vieux soldats do Napoléon. Mon ami, Napoléon Ney, prince de la Moskowa, passionnément épris de l'époque magnifique dont son illustre ancêtre fut une des plus pures gloires, et qui a réuni chez lui le plus beau musée napoléonien, a acquis récemment d'un libraire de Paris un volumineux man.uscril in-folio do 517^ pages, relié en toile rouge, avec ce titre : Mémoires du commandant Persat, ex-capitaine de cavalerie du premier Empire, major général de V armée jn Amérique, commandant de la cavalerie du général Espoz y Mina (Espagne), premier aide de camp du général Guillaume Pépé {Italie), premier aide de camp de S.. A, le prince Ypsilanti, génér ralissime des forces grecques {guerre de F Indépendance), aide de camp du général Porret de Morvan {campagne d'Afrique), ancien rédacteur-gérant du National (1835-36), chevalier de la légion d'honneur par VEmpereùr (181â), chevalier du Sauveur de Grèce, de Vordre des Philéllènes (sic), etc., etc., médaillé de Sainte-Hélène (1806-1844).

Aussitôt que j'eus parcouru ce récit tout plein d'aventures guerrières durant trente années aux quatre coins du monde, je n'eus plus qu'une pensée : publier ces éton-

Ifi MÉMOIRES ÙV COMMANDANT PERSAt

nants Mémoires. L'autorisation m'en ayant été vite accordée par leur aimable propriétaire, je me mis incontinent en quête de renseignements sur ce commandant Maurice Pcrsal, véritable type de rofïïcier en demi-solde après les Ccnl-Jours, adorant l'Empereur, «mauvaise tête mais bon cœur », plus tard extraordinairement aigri par le malheur, incapable de subir la tyrannique police de la Restauration, d*un tempérament aventureux, courageux à l'excès, devenu fanatique de libéralisme comme il l'avait été de Napoléon. La journée n'était pas écoulée qu'un de mes amis me signalait quelques paragraphes, tout au début du premier volume des Souvenirs du général du Barail (1), consacrés à notre officier et qui donnaient sur lui les plus précieux renseignements. Je reproduis aussitôt ces lignes, car elles vont nous faire comprendre admirablement qui était ce Maurice Persat; elles seront la meilleure introduction aux pages dans lesquelles je vais m'efîorcer de grouper les quelques renseignements qu'il m'a été possible de retrouver sur notre héros.

« Avant de me rendre au quartier des spahis, à Misserghin — écrit le général du Barail (c'était en 1839) — j'allai présenter mes devoirs à quelques officiers de la garnison d'Oran, dont j'avais fait la connaissance chez mon père et qui me firent un accueil très aimable. L'un d'eux, M. Gély de Montcla, adjudant-major au 1« de ligne, que je connaissais plus particulièrement parce que nous avions pris ensemble des leçons d'arabe chez le même taleb (lettré), me retint à déjeuner. Il avait précisément alors pour commensal un ancien compagnon d'armes de mon père, M. Persat, échoué à Oran comme adjudant déplace (2),

(1) P. 61.65. Pion. 1894.

(2) Maurice Persat, nommé adjudant do place à Oran, par ordonnance da 13 juillet 1839, demeura dans ces fonctions jusqu'au 2 juin 1841. (G. S.)

INTRODUCTION Vil

après la plus romanesque de toutes les carrières militaires. Nous déjeunâmes tous les trois.

« Mauvaise tête et bon cœur », telle aurait pu être la devise de Maurice Persat, qui gâcha comme à plaisir sa vie.

« En 1814, il était déjà capitaine de cavalerie. C'était le type du cavalier de guerre. Il maniait la lance avec une vigueur et une adresse incomparables, et, pendant la campagne de France, il donnait journellement à ses camarades le spectacle d'un combat singulier avec un cosaque ou un uhlan, qu'il allait tranquillement défier, sur le front des escadrons ennemis, et qu'il transperçait invariablement.

« IJn jour, à la suite d'une de ces prouesses, l'Empereur se le fît présenter et lui attacha, de sa propre m&in, la croix sur la poitrine. Depuis ce jour mémorable, Persat, fanatique du grand homme, ne signait plus, même les lettres les plus insignifiantes, même les billets doux les plus intimes, que : Maurice Persat, décoré par l'Empereur. Et tout le monde, en parlant de lui, avait pris l'habitude de joindre ce qualificatif à son nom.

« A la seconde restauration, Maurice Persat, « décoré par l'Empereur », qui faisait partie des brigands do la Loire, fut mis en demi-solde, au licenciement de l'armée. Il chercha aussitôt d'autres dangers, un autre Napoléon* Il n'était bruit, à ce moment, que du fameux Champ d'Asile et du non moins fameux Bolivar. Un mirage attirait au delà de l'Océan les infatigables grognards. Persat» qui n'avait pas le sou, eut vite fait de mettre ordre à ses affaires et partit sac au dos pour s'embarquer.

« Le hasard voulut qu'en route il croisât un régiment de la Garde royale dans lequel se trouvaient plusieurs de ses anciens camarades, qui le reçurent à bras ouverts et, désireux de venir en aide à sa détresse, firent entre eux une collecte.

c Cette collecte produisit mille cinq cents francs, qu'ils comptaient lui remettre, au dessert d'un grand dîner qu'ils lui oiïrirent.

, « Persat accepta le dîner, mais refusa l'argent et — détail qui peint l'homme, qui peint aussi l'époque — il n'avait plus, à ce moment, que quarante francs dans sa poche.

a On sait quel fut le sort lamentable de l'établissement tenté, au Texas, par les officiers de l'ancienne armée impériale, sous la direction du général Lallemand (1).

« Quand Persat quitta l'Amérique, la Grèce venait de se soulever. Il ne laissa pas échapper cette excellente occasion, et, transformé en philhèllène, il alla trouver Fabvier. Il assista à la prise de Missolonghi et au sac de Tripolitza, où il sauva une jeune Grecque qu'il épousa sur l'heure (2).

« Mais ce modèle des guerriers n'était probablement pas le modèle des maris, et le bonheur conjugal ne.tarda pas à déserter son foyer. Plantant là sa femme. Ou planté là par elle (3), il se remit à guerroyer contre les Turcs. A la suite de la campagne de Morée, le maréchal Maison, qui l'avait vu à l'œuvre, obtint sa réintégration dans les cadres de l'armée française.

« C'était peu de temps avant la chute du gouvernement de Charles X, auquel la révolution de Juillet le trouva si bien rallié, qu'il refusa avec horreur de manquer à son serment. Et voilà mon Persat remis en non-activité, pour fidélité à cette Restauration que, pendant quinze ans, il n'avait pas voulu servir.

« Heureusement, quand le général de Guéhéneuc, beau-

Ci) On verra dans les Mémoiret que Pèrsai ne.ftl jamais partie du Cliamp d'Asile créé au Texas par le général Lallemand. Ses aventures en Amérique, et particulièrement'au Texas, n*en furent pas moins infiniment malheureusesl (O. S.)

(2) On verra qu*il y a de nombreuses erreurs dans ce récit, dont le fond est ▼rai cependant (Q. S.)

(3)^£'ncore une erreur, et cette fois tout à Thonneur de notre héros. (O. S).

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