INTRODUCTION IZ
frdre du maréchal Lannes et derniw aide de camp de TEmpereur, fut nommé au commandement de la province d'Oran, il se souvint du pauvre Persat et Temmena comme adjudant de place. Il occupait ce poste quand je le connus. C'était un homme de quarante-cinq ans environ (1), plein de force et de santé, une sorte de géant, un peu épaissi par l'âge, mais pas du tout assagi par les aventures.
« Âpres déjeuner, il me mena chez lui et me montra ce qu'il appelait son « petit musée ».
« Très curieux, le « petit musée ». Si les personnages qui s'y faisaient vis-à-vis avaient pu s'animer un instant, la concorde n'y eût certainement pas régné. Il y avait là toutes les idoles de Persat, se faisant pendants et jurant d'être ensemble : l'Empereur et Charles X, le roi de Rome et le duc de Bordeaux, Marie-Antoinette souriant à Joséphine, et Louis XVI contemplant d'un air débonnaire Robespierre.
« Pour en finir tout de suite avec cet original, je dirai que, s'il était éclectique en politique, il n'était pas le moins du monde commode dans la vie privée, et il fallait au pauvre de Montcla une patience d'ange pour supporter les discussions que Persat soulevait sur tout et à propos de tout.
« Un jour, Montcla n'y tint plus et il manqua de patience. Il en manqua absolument, car il envoya promener son ami, Maurice Persat, « décoré par l'Empereur », en ces termesun peu vifs : « Je me f... de vous à pied comme à cheval. »
« — Comme à cheval ! dit Persat, je le veiix bien. C'est à cheval, demain, que nous continuerons cette conversation. »
<c Le lendemain, tout Oran alla assister à cette rencontre épique. Persat fut vainqueur, mais il fut généreux, car ce fut le cheval de son adversaire qui supporta tous les frais de la guerre.
(1) En réalité. Maurice Persat ayait, à cette époque, dépaité la cinquaa* taine. (O. 8.) i-n r n
« A la première passe, il lui abattit une oreille, d'un coup de sabre. A la seconde, il lui découpa une escalope dans la croupe. A la troisième, enfin, d'un coup de revers sur le bras, il fit tomber l'arme de la main de son adversaire, et on alla déjeuner, pendant que le cheval entrait à l'infirmerie.
« Non, Maurice Persat, « décoré par l'Empereur », n'était pas aimable. A Oran on ne l'avait pas vu accomplir ses prouesses; on ne le connaissait que par les aspérités de son caractère, et on en avait assez:
I Le général de Guéhéneuc, pour tout concilier, lui donna le commandement de File de Rachgoun, à l'embouchure de la Tafna (1). La garnison se composait d'une compagnie de zéphyrs, et on était obligé de lui apporter jusqu'à l'eau qu'elle buvait. Là, un beau matin de 1840, Maurice Persat, « décoré par l'Empereur », proclama la République. Il partait huit ans trop tôt. Le général de / Guéhéneuc, que toutes ces excentricités n'avaient pu détacher de lui, le nomma adjudant de place à Mazagran (2). C'était une sinécure, et c'est là que je l'ai vu pour la dernière fois.} Je^ ne sais pas ce qu'il est devenu. C'était, au fond, un très brave homme et un homme très brave, mais il n'était supportable que lorsqu'il chargeait ou que lorsqu'il chantait des chansons du Caveau. Il savait par cœur Béranger,«t Désaugiers. C'était, avec les coups de sabre, sa seule spécialité. » *
Le jugenient nécessairement superficiel du général du Barail me parait quelque peu sévère : il le paraîtra de même à tous ceux qui liront les très curieux Mémoires
(1) A mi-chemin entre Oran et Nemours. (G. S.)
(2) Les états de service de Maurice Persat au ministère de la guerre disent
3ue nommé à Bayonne le 2 juin 1841, et mis en congé Jusqu'au 11 mars 1843» fut nommé le 26 novembre 1842 adjudant de place à Mazagran, avec ordre d'dtre rendu à Toulon à la An de son congé. (G. S.)