‹ Mémoires du commandant Persat, 1806 à 1844Chapitre 57 sur 165 · CHAPITRE lY Ut · texte numérisé non relu

CHAPITRE lY Ut

Amérique, celles des Autrichiens dans les Abruzzes et celles des Turcs en Grèce! Infâmes que vous étiez; si j'avais «u assez de talents et assez peu do cœur pour accepter une pareille mission du gouvernement français, j'aurais conservé mon patrimoine que j'ai tout entier sacrifié pour la cause de la liberté lorsque vous dissipiez le vôtre dans des tabagies et des tripots. Vils imposteufs! Si ma conduite n'avait pas donné un démenti formel à vos ignobles calomnies, je renverrais mes lecteurs au Livre noir de MM. Delavau et Franchct ou répertoire alphabétique do la police politique sous la Restauration (1). Je leur dirais : « Lisez les pages 319 à 326 du tome troisième et vous vous con* vaincrez que mes calomniateurs étaient encore plus méprisables que les agents de MM. Delavau et Franchct* iDesperey, etc. (2) ».

(1) V. aussi !a Polia dévoilée dtpuiê la JUitauntion et nottmmêni «ont MM. Fnnehet et Delavau, par M. J.Fbomxnt, ex-chef de brig^ade du cabinet particulier du préfet, 3 vol., Paris, 1829. (0. S.)

(21 Je n*ai pas cru devoir insérer ici tous les rapports de la police dont fait mention le Livre noiV; cependant voici les réflexions qu'ils ont suggérées à son éditeur : < Un homme brave. loyal, conflant et exempt de ruses, tel qu*cst représenté M. Persat, n'est dangereux que pour les ennemis que l'on attaque de Iront; les embuscades et les armes clandestines ne sont point àson usage. •

A rencontre de Maurice Persat, Je crois intéressant de reproduire ici ces rapports de police dont les originaux sont aux Archives avec beaucoup d'autres pièces concernant notre héros dont J'ai déjà cité ou citerai la plupart. Le titre exact de l'ouvrage que cite Persat est : Le Livre noir de MM, Delavau et Francket ou Répertoire alphabétique de' la Police politique sous le. ministère déplorable, ouvrage imprimé d'après les re^fistres de l'Ad* ministration, précédé d'une introduction par M. ANNis. Paris, 1829, t III.

Voici la copie des pages 319 à 326 du t III, pages citées ci-dessus par M. Persat.

t Persat

c Harmand, préfet du Puy-de-Dôme.— Bolivar. — Général Pépé. — Ypsilanti. — De Damas, lieutenant général. — Duc de Fitajames. -— Gordon. •— Vicomte de Champagny. — Duc de Bellune. — Mina.

lr« dir. I** bur. . U août lltf.

« Le sieur Persat, ex-ofllcier décoré, après avoir longtemps professé let opinions d'un bonapartiste exalté, sans toutefois se rendre coupable d'aucun délit contre l'ordre public, a quitté sa patrie pour aller successivement offrir le secours de son bras aux indépendants d'Amérique, aux rebelles de Naplei et aux Grecs insurgés. Il n'est demeuré que peu de temps dans chacune de ces contrées, et pour prix du courage et au dévouement le plus désintéressé, il paraît n'avoir éprouvé que d'odieux traitements.

« Le sieur Persat est représenté comme un homme aussi lovai que bmve et jaloux d'expier par sa fidélité au gouvernement légitime les erreurs où

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ii« MÉMOIRES DJJ COMMANDANT PËRSAT

.En vertu de la lettre du directeur dé la police, M. le baron du Martroy visa mon passeport pour Paris. Il e\it

l'ont entraîné son humeur aventureuse et des opinions politiques peu réfléchies.

' Toutefois il est convenable de ne point accorder à ses protestations une conflance telle qu'il se trouve totalement alTranchi d'une surveillance dont ses antécédents n'établissent que trop la nécessité.

« J'invite en conséquence M. le chef de la police centrale à le faire observer secrètement» etc.

(Le préfet de police.)

|r« dir. !•' bur. 20 août I82f.

Réponse, — • Le sieur Persat fut fait lieutenant en 1810, dans le 9« régiment de dragons, puis passa dans le 4* régiment de lanciers, fut créé capitaine pendant les Gent-Jours, fit la campagne de 1815 à Waterloo, à la suite de laquelle il se retira dans son pays natal. Il convient lui-môme ou'il était alors un des plus chauds partisans de Bonaparte; mais ce qui a flni de l'exalter, de le ruiner et do le jeter dans de fausses voies, ce sont les mauvais traitements que lui a fait éprouver M. Harmand, préfet du Puy-de-Dôme à cette époque, qui aurait dit à lui Persat t c Nous ferons manger du foin à vous et à vos pareils. » A quoi Persat dit avoir répondu i • Et de l'avoine aussi, car nous aimons la ration complète. •

« Ce sont. de tels propos oui auraient déterminé Persat à vendre son bien patrimonial pour passer en Amérique, où il servait sous les ordres do Bolivar, dans les Floridés {sic) avec le grade de capitaine, pub dans le pays de Naples. en qualité de chef d'escadrons, sous les. ordres du général Pépé. Il est porteur do lettres et do certiflcats de ce dernier, qui constatent sa bravoure militaire. Endn, il se rendit en Orèce, où il fut fait aide- de camp d'Ypsilanli; mais bientôt après il obtint do servir dans un corps d'Européens, fort, dit-il, de cent quarante hommes. A l'afTairo de Tripolitza ces cent quarante hommes furent presque tous sacrifiés par les Grecs, ce qui le dégoûta de servir sous leurs drapeaux.

« Lors du massacre qui eut lieu à Tripolitza, le sieur Persat acheta huit Turcs des deux sexes de son propre argent, dans l'intention de les sauver de là fureur des Grecs; au nombre do ces huit individus était une jeune personne do quatorze ans, fille d'un pacha, qu'il amena à Marseille, où cette action généreuse lui valut les éloges de toutes les autorités, surtout de M. le lieutenant général de Damas» commandant la 8* division militaire, dont l'épouse a* pris et placé sous sa protection dans un pensionnat la jeune Turque.

■ Le sieur Persat est porteur de certificats à lui délivrés par Ypsilanti et des consuls français résidant en Turquie et en. Italie, qui attestent qu'il s'est toujours conduit avec honneur et loyauté.

« Ls sieur Persat proteste, à qui veut l'entendre, que le but qu'il s'est proposé, en venant à Paris, est de prouver qu'il abjure ses erreurs passées, et d'obtenir une lieutenance dans l'armée, ou un emploi civil gui le mette à intime do réparer ses torts en se dévouant sincèrement au service du roi.

■ Le sieur Persat s'occupe de rédiger un mémoire tendant à établir que tous les militaires qui ont partagé sa conduite politique se sont également trompés, chose que, dit-il, il soutiendra le sabre à la main envers et contre tous. Puis il ajoute que déjà plusieurs de Ses anciens amis lui ont dit qu'il allait, en agissant ainsi, s'attirer un grand nombre de provocations en duel, et que personne d'entre eux ne voudrait lui servir de second; à qui il dit avoir répondu t « J'irai chercher des seconds ailleurs et je suis sûr de n'en pas manquer. »

'< Le sieur Persat dit Cire protégé par M. le duc de Fitz- James, à la recommandation de M. le général de Damas. Il assure que toutes ses espérances résident dans la bonté du roi; mais que s'il ne peut obtenir une place quelconque, son projet est de passer en Ecosse, ou un Anglais fort riche, avec lequel il est en correspondance, lui olfre un asile, et de partager sa fortune

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la bonté do me donner uno lettre de recommandation pour M. le vicomte de Champagny, son beau-frère, colonel alors d'un régiment de la Garde royale (1). Ma bonne mère

avec lui. Cet Anglais était ayec le sieur Persat an Grèce, et avait le titre do général en chef de la cavalerie dans l'armée des insuigés. Bientôt nous sau« rons son nom du sieur Persat lui-môme.

« Le sieur Persat a encore à présent un frère dans Parmée de Bolivar. Celui-ci avait servi dans la Garde de Bonaparte, en qualité de maréchal des logis. do chasseurs à cheval.

« Nous avons, il est vrai, abordé le sieur Persat sous un prétexte asses spécieux. Toutefois, cet homme est conflant. et parait exempt do rusest 11 nous a communiqué ses papiers avec une franchise qui annonce un parfait honnête homme. Il nous a fait part de son repentir, de ses vœux et de ses - espérances, avec un abandon qui milite singulièrement en sa faveur. Nous sommes en mesure de le voir, de lui parler toutes fois et quantcs; il veut môme nous consulter sur la rédaction du mémoire qu'il se propose de faire imprimer très prochainement et paraître le 10 septembre.

(Den...) iMdif. «•'bar. îflicpi. iliî.

« S. Exe. le minbtre de Tintérleur m*a annoncé que le sieur Persat lui avait fait parvenir,, il y a quelques Jours, un aVis portant qu'il se disposait à se rendre en Angleterre, où M. Gordon, riche Ecossais, dont il avait fait la connaissance en Grèce, lui offrait un asile fraternel; qu'il attendrait dans ce pays le résultat do ses démarches près du ministre de la guerre, appuyées par M. le vicomte de Champagny, et qui avaient pour objet sa réintégration sur les rôles do l'armée.

« Aujourd'hui le sieur Persat annonce que, d'après une lettre qu'il a reçue de S. Exe. M. le duc de Bellune, il ne doit plus conserver l'espoir d'obtenir du service, et que cette circonstance le détermine à renoncer à son projet de voyage; qu'en conséqueqce il demeurera à Paris Jusqu'à la fin du mois pour y régler quelques affaires, se proposant sans doute, lorsqu'elles seront terminées, de retourner à Qermont, son pays natal.

(Le préfet de police.) *'• div. !•' bar. M nov I8SI.

• Un avis parvenu à S. Exe. le ministre de l'intérieur annonce, d'une manière positive, que le sieur Maurice Persat s'est embarqué, il y a quelques Jours pour l'Angleterre, d'où il doit rejoindre Mina. Ses lettres, assurr4-on, doivent lui parvenir à Madrid et à Bilbao sous le nom de don Maurizino Persalo.

Cet incident serait une preuve que l'on enrôle ici pour l'armée constitutionnelle.

« Ces manœuvres d'embauchage méritant la plus sévère attention. Je recommande très particulièrement à M. Uinaux de prescrire une surveillance active à cet égard.

(Le préfet de police.)

Les deux derniers documents cités pp. 825-326 ont trait à l'année 1827. V. même volume, p. 342, au chapitre « Philhellènes, tparmi lesquels, p. 841. • capitaine Persat •. — • Le sieur Esprit Fralsse, ex-ofllcior do cavalerie, récemment arrivé de Grèce après y avoir porté les armes parmi l.s insurgés... a beaucoup connu le capitaine Persat et le major Gordom («le). parce qu'ils étaient tc':s ensemble au service des insurgés grecs; il broit que c* Persat est maintena.M à Riom, son pays natal.

' (1) Nompère de Champagny (Nicolas-Charles-Stanblas-Loui -Marie, vicomte), né a Cayenne le 6 décembre 1789. Sous-lieutenant à la suiti du S* tirailleurs. 27 août 1809. Chef de bataillon au 10* de ligne, 9 Juillet 1814; colonel aide de camp du duc d'Angouléme en 1815. Maréchal de camp I. 29 octobre

il8 MÉMOIRES DÛ COMMANDANT PERSAT

eut la bonté de me permettre de prendre des arrangements avec Tun de mes frères, ancien garde d'honneur de rËmpcrcur, auquel je cédai lo restant de mon patrimoine, moyennant une avance de fonds proportionnelle qu'il me donna comptant. Cette transaction, quoique amicale, nous fut à tous les deux bien pénible, mais je m'y trouvais forcé; elle n'était d'ailleurs que provisoire; elle a été par la suite consommée, ayant toujours tiré le diable par la queue depuis cette époque jusqu'à ce jour, grâce au gouvernement paternel, juste et bienveillant dont nous jouissons depuis 1830.

J'embrassai ma bonne mère. Hélas! c'était pour In dernière fois! La douleur de voir ses quatre fils sans emploi après avoir servi honorablement leur patrie la précipita au tombeau. J'avais été son enfant gâté; lorsque je lui fis mes adieux, cette bonne et tendre mère me dit : « Maurice, lu quittes ta pauvre mère, tu ne la reverras plus et un autre que toi lui fermera les paupières! Adieu, mon pauvre enfant, puisses-tu enfin être heureux!... »

Je quittai mon village le cœur navré de douleur et me rendis à Paris (1). Le vicomte de Champagny s'empressa de

1826 (ranfir du 7 Juillet 1822): secrétaire d*Etat de la guerre du 25 mai 1830 au 1<^' août 1830. Décédé le 26 mai 1863. Orand-ofllcier de la Légion d'honneur du 30 octobre 1829. (Q. S.).

(1) Le dossier de Maurice Persat aux Arch. Nat. contient 1 1« Une lettre de lui du 4 août 1822 annonçant au directeur général de la police son arrivée ce matin même à Paris à Thôtel Dauphine, n<* 35, et aemandant audience à ce fonctionnaire; 2» Une lettre • très pressée » du ministre de Tintérieur du. 8 août 1822 au Préfet de police très élogieuse pour notre capitaine... t il est parvenu à inspirer beaucoup de confiance a plusieurs fonctionnaires, tant dans son pays natal qu'à Marseille, où il a aébarqué à son retour de Morée avec une jeune Turque échappée par miracle, — cil faut cependant le faire suivre secrètement »; 3" Nouvelle supplique de Fer- 8.it au ministre de Tintérieur en date du 4 septembre 1827, annonçant, à la suite de Tinsuccès de ses demandes de réintégration dans l'armée, son départ pour l'Angleterre, où un riche Anglais nommé Gordon lui a accordé un asile fraternel (annotation : c cette lettre fort singulière- du chevalier (sic) Persat n*aurait-elle point échappé à l'attention de M. le directeur? » — réponse annotée au-dessous : « Mais non. Qu'y faire? »). — 4<» Nouvelle lettre de Persat du 10 septembre au directeur général de la police... « il reste à Paris Jusqu'à la fin du mois • (annotation : « qu'est-ce que cela signifle? En avertir le préfet de police »). — 5* I.ettre du 14 septembre du préfet de police au ministre de l'intérieur s c 11 a fait surveiller Persat. L'impression est bonne. Persat est revenu de ses erreurs. Il s'occupe de. rédiger une brochure dans laquelle il combat les opinions et les

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