‹ Mémoires du commandant Persat, 1806 à 1844Chapitre 56 sur 165 · CHAPITRE IV lit · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV lit

encore, et ce n*est pas en France qu'il m'abandonnera i, et me prenant la main, Adélé me dit tout en colère : « Sortons de cette maison. » Je demandai à M. le procureur du Roi s'il avait d'autres questions à nous adresser, M. Régius me répondit que non et m'engagea seulement à continuer l'œuvre que j'avais si bien commencée, ce que je lui promis.

Adèle, c'est ainsi que je la nommai depuis, avait une physionomie des plus intéressantes et très distinguée, des yeux superbes dans lesquels on découvrait sans peine toutes les vertus et la bonté du cœur. Il ne lui manquait qu'une éducation française. Mme la baronne de Damas, épouse de ^L le général, gouverneur de la 8* divisioA militaire, m'avait prié de la lui^amener, ce que je fia. Mme de Damas en fut si enchantée qu'elle me pria de la lui confier jusqu'au moment où je serais convenablement placé. Tous mes anciens camarades do Marseille m'avaient dit tant de bien de cette honorable famille, que je me déterminai à accepter les propositions de Mme de Damas, du consentement d'Adèle, bien entendu, et après lui avoir fait expliquer ma position. Toutefois, je n'aurais pas accepté la protection aussi loyale que généreuse do Mme do Damas si ma bonne mère ne se fût pas trouvée à l'article de la mort, car, malgré son état désespéré, elle me fit de vifs reproches de ce que je ne lui avais pas amené Adèle qu'elle regardait déjà comme sa fille.

D'après les ordres de M. le ministre de l'Intérieur, le préfet des Bouches-du-Rhône me fit donner un passeport pour me rendre en Auvergne. Je fis. mes adieux à Adèle; ils furent aussi tristes pour elle que pour moi, et je ne pensais pas dans ce moment-l.à que je serais séparé d'elle jusqu'en 1830! (1)

(1) Au dossier de police de Maurice Pertfat aux Arch. Nat.» fl existe une lettre en date du 13 mal 1822 adressée au ministre de Tlntérieur par le

{>réret des Bouché8*du-RhAne, M. de Villeneuve-Bargeroont à propos de 'affaire d*Adélé. Cette lettre, démentant une précédente du 18 avril où il est question des prétendus désordres de Persàt.et de la Jeune Turque amenée par lui de Morée, cette lettre, dis-Je; est très favorable & notre capitaine :

Je m'arrêtai quelques jours à Lyon pour y voir d'anciens amis qui m'avaient parfaitement accueilli lorsque

•M « Je puis aujourd'hui tous annoncer que les desams de cet ex-of Acier mieux connus et )a conduite qu'il a tenue depuis soiParrivée sont de nature & démentir toutes qu'on avait pu lui imputer de diiïérent». Le préfet expose ensuite la question Adélé. Il se dit convaincu que Persat n'est pas auiour* d'hui indigne d'attirer favorablement l'attention du ministre. Il parle ae sa grande franchise.. (Voy. cette pièce aux Documenté tuppL, n« I.)

Immédiatement à la suite de cette lettre le dossier contient une longue et curieuse supplique datée du même moment adressée par notre capitame au ministre do l'Intérieur, exposant sa situation» racontant. son histoire depuis 1815 jusqu'à ce Jour. Persat termine en s'engageant à entrer, si on veut oien de lui, comme simple soldat dans la Garde royale et s'écrie « Vive le Roi, vivent les BoorbonsI • (Voy. cette pièce aux Documents suppU n^ II.) .

Certainement Persat savait exciter des dévouements parmi les personnages les plus honorables. En eflst, à son dossier au ministère de la guerre. Je trouve encore pour cette même date, du baron de Damas, gouverneur militaire de Marseille, une lettre fort élOgieuse adressée à son intention au ministre de la Guerre, lettre dont voici le texte t

Marseille, IS mal 18ÎS.

A $on Excettenee U Minitire de la Guerre* Monseigneur,

Quelques*uns des Français qui avaient été en Grèce, dégoûtés de la misère qu'ils ont eu à supporter, découragés par le désordre qui règne en Morée, sont revenus en France. On doit distinguer parmi eux le sieur Persat, ancien capitaine des lanciers, qui était en demi-solde en 1817, et qui. à cette époque, donna sa démission pour offrir ses services aux insurgés de TAmérique espagnole t plus tard, M. Persat a été à Naples;il revient de Grèce aujourd'hui. Le sieur Persat a perdu les droits de ^citoyen français et le préfet des Bouches-du-Rhône ne lui a accordé un passeport pour se rendre dans sa famille que par égard pour la mère de cet individu et à cause du repentir qu'il témoigne.

Le sieur Persat a sollicité sa réhabilitation; il est appuyé par le préfet des Bouches-du-Rhônes, et comme le ministre de Tlntérieur pourra consulter votre Excellence sur cet ofllcler qui sans doute a de fort mauvaises notes. Je regarde comme un devoir de dire ^ue Je crois à la sincérité des repentirs de M. Persat.

Il n'est pas nécessaire de vous exprimer Monseigneur combien est chaude la tète du sieur Persat ; mais on peut certifier qu'elle est calmée sous le rapport des Idées libérales. Le républicain Bolivar, les frères Samnltes («ic), et les fameux Hellènes ont totalement changé ses Idées; le sieur Persat offre de le démontrer les armes à la main ; et après l'avoir observé pendant plus de dix Jours, Je crois pouvoir répondre pour l'avenir de sa conduite. Cet ancien ofllcler, qui a mangé son patrimoine pour la cause de MM. les libéraux, n'a Jamais accepté un sol de leur caisse particulière. Il a le cœur trop bien place pour se laisser séduire par de l'argent; sa conduite délicate a l'égard d'une Jeune Turque qu'il a sauvée du massacre de Tripolitza sufllrait pour le démontrer.

J'ai l'honneur, etc.

Signé : Baron Di Damas.

Le dossier de policé do Maurice Persat aux Arch. Nat. contient plusieurs autres documents datés de cette même année 1822 et relatifs à l'afTaire d' Adélé t 1* Lettre du 3 mal du ministère de l'Intérieur au préfet des Bouches-du-RhAne à propos des revendications de la jeune femme, une du 10 mal de Persat au môme fonctionnaire; 2* Lettre du mois de Juillet de la

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j'allais à Naples ei en Grèce, mais il n'en fui pas de mdme cette derniôre fois. Je m'aperçus à leur froideur que mon posi-scriptum contre les Grecs m'avait aliéné les affections de ces généreux et trop crédules philbellènes. L'un d'eux, M. Mazard, fils, m'avait envoyé cent francs au lazaret. Je les lui rendis de suite, ce qui me mettait dans la position d'attendre à Lyon de l'argent de ma mère; cependant, je trouvai dans cette ville des philhellènes moins crédules que les autres. Le bon et loyal Francisque Lheurin, mar* chand de soie, place des Terreaux, n<> 9, m'ouvrit sa caisse. « Prenez, me dit-il, prenez tout ce que vous voudrez. » J'y pris cinquante francs, c'était ce qu'il me fallait pour me rendre en Auvergne. Deux autres Lyonnais, non moins généreux que Francisque Lheurin, mes anciens et braves camarades du 9* dragons : Francisque Talon (1) et Belfont, m'offrirent aussi leurs services, mais j'avais assez do cinquante francs pour me rendre chez ma mère près de laquelle j'arrivai le 30 juin. (2)

Après l'accueil bienveillant de M, le baron de Damas, ainsi que celui de M. le comte de Villeneuve, je dévais m'attendre, non à être réemployé de suite dans l'armée, mais au moins à n'être désormais plus tracassé par la police; aussi, quelle fut ma consternation lorsque je fus appelé par M. du Martroy, préfet de mon. département, qui, tout en prenant le plus vif intérêt à ma position, me prévint qu'il avait reçu l'ordre de me faire sortir do France. Après avoir donné connaissance à M. le préfet de tout ce

même année à propo? de la demande manuscrite qu*a faite Persat en date du 12 Juin 'de pouvoir se rendre à Paris t • U faut le laisser venir puisque tel est Tavls du préfet du Puy-de-Dôme* • — 3* Lettre du même foncUonnairo du 9 Juillet en réponse à une du ministère de l'Intérieur du 21 Juia refusant cette autorisation : ... c sa conduite est bonne; c'est le résultat de ses nouvelles convictions»; 4« Lettre du ministre du 15 Juillet accordant Tauto* risation sur le vu de la lettre précédente (voy. cette lettre à la p. suivante i S» Lettre du préfet du 27 Juillet annonçant que Persat est parti la veille evec passeport visé. (G. S.)

(1) Talon, après avoir servi au 9* dragons, entra dans les gardes d'honneur, en qualité de maréchal dos logis chef. Ce brave offlcier fut décoré et nommé lieutenant en 1813. Belfont fut aussi décoré et nommé capitaine.

(2) Cette date ne concorde pas exactement avec celles des documents énumérés dans la note de la p. .111.

Il« MÉMOIRES DU COMMANDANT PER8AT

qui s'était passé à Marseille, M. du Martroy, duquel j'ai déjà fait des éloges bien mérités, me dit : « Je vois qu'il y a là un malentendu; restez paisiblement auprès de Madame votre mère et je vais écrire en votre faveur au minisire de l'Intérieur. » En effet, le 17 juillet, la lettre suivante fut reçue par M. le préfet :

Paris, le i5 juillet i821

« Monsieur le Préfet, ,

« Les détails que présente votre lettre du 9 de ce mois 8ur la conduite et les dispositions actuelles du sieur Persat me déterminent à lui accorder la faveur qu'il sollicite depuis son retour de la Morée et que vous n'hésitez pas à réclamer pour lui. Vous pouvez donc. Monsieur le Préfet, autoriser cet ancien officier à se rendre à Paris. J'aime à penser qu'il mettra tous ses soins à justifier l'indulgence dont le gouvernement du Roi veut bien user à son égard, et qu'en lui faisant connaître cette bienveillante disposition, vous ne négligerez pas de lui donner les conseils les plus propres à le confirmer dans les principes de modération et de sagesse qu'il parait aujourd'hui professer.

a Vous me préviendrez de son départ pour Paris.

« Agréez, Monsieur le Préfet, etc..

« Pour le ministre de l'Intérieur et par son ordre.

Le directeur de la police « Signé : Franchet-Desperey. »

D'après la lettre authentique du directeur de la police, dont j'ai conservé là copie légalisée par M. le préfet du Martroy, quel est l'homme d'honneur et délicat qui voudra croire que des lâches et ignobles calomniateurs eurent encore l'infamie de me faire passer pour un agent du gouvernement? Scélérats! Misérables! J'étais un agent du gouvernement lorsque je bravais les balles espagnoles en

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