III
MEMOIRES DE TILLT. •
célèbre Burck. — L'ambassadeur de France , marquis de la Luzerne. — Sa Maison k Londres et les personnes de son intime société. — Mistriss Pove. — Sa vie. — Je m'attache a elle. — Pourquoi les mariages avec les courtisanes sont plus fréquens en Angleterre qu'en France. — La célèbre mistrisSiMontague.-^Les maisons de jeu de Londres. — Celles de Paris. — • Le jeu et la mendieité* — Le maquis de Saint-H'élens^ • — Son jugement sur la jeunesse anglaise, sur les Français. — Ma réponse. — Le marquis d'Es.... Tableau de sa' misère. — Il m'entraîne chez un alchimiste illuminé, se disant vicaire de VEterneL — ^Apparitions. — Lord Byron. — Le chevalier de Saint- Yldro. — La princesse Irène. — Bon souper. — Réflexions sur cette plus qu'extraordinaire aventure. — Le mot de l'énigme.
Charme des lieux qui nous ont vus naître, que vous laissez une ineffaçable impression ! Air embaumé de la patrie , combien es-tu plus suave que tous les parfums de l'Arabie ! Que l'infortuné qui te renonce doit avoir de malheurs à éviter, pour échanger contre une terre étrangère celle où fut son berceau, où se joua son enfance, où il bégaya les premiers sons d'une langue aimée; et dont la poussière se mêle à la ceindre vénérée de ses pères ! Quitter sa patrie pour long-temps est un supplice lentement prolongé : la quitter pour toujours, si l'on était tout de suite dans la confidence d'un tel malheur, serait un arrêt de mort subite!
Le trajet de Paris à Calais, fait rapidt^ment avec
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un ami qui m'était cher, me causa pourtant une tristesse profonde. Je lisais une sorte de défiance farouche, déjà peinte sur tous les visages. Un" patriotisme sévère ou licencieux était dans touteis les contenances ; les uns l'éprouvaient trop naturellement, les autres se gênaient trop pour le contrefaire. Ce voyage, qu'aucune circonstance impérieuse ne me faisait encore entreprendre, était pénible à mon cœur : il m'eût été plus pénible encore de ne pas le faire. J'avais besoin, d'aller m'étourdir sous im autre ciel. Je me disais que je reverrais la France quand je le voudrais ; que des événemens imprévus qui m'en fermeraient • encore les portes n'étaient point probables ; mais , quoique j'aie toujours improuvé la mesure de l'émigration , comme je le démontrerais par tout , ce que j'ai imprimé alors, je n'en présageais pas moins un exil inévitable. Il était presque impossible de ne pas être entraîné par les mesura générales, ou livré aux dangers et surtout aux dégoûts d'une situation personnelle dont chaque jour de l'avenir aggraverait les inconvéniens.
Livré à ces amères réflexions, je me trouvais plus malheureux que je ne m'étais cru susceptible de l'être dans ces jours brîUans de la jeu* nesse et de ses frivolités. J'admirais combien ma raison avait vieilli à l'école de ces premières infortunes, sur lesquelles ma sensibilité, que lés
/f MK^rOTRES DE TILLY.
plaisirs et Tamour avaient seuls exercée jusqu'alors, trouvait un charme sombre à méditer. Je considérais mon siècle avec une terreur mélancolique , puisque nous allions être l'histoire y et que la nôtre allait les effacer toutes , non seulement À cause des temps avancés où nous vivions , mais encore parce que nous nous exagérons ce qui nous intéresse. Tout ce que j avais lu me faisait redouter ce qu'on lirait de nous.
Ici j'essuie mes premières larmes , les premiers pieurs qu'on doit à un acte de cette grande tragédie où tous les Français ont été plus ou moins acteurs ou victimes. De telles calamités n'éprouveront plus le genre humain ; on ne reverra plus dans aucun pays de telles chances pour une semblable révolution!
A mon arrivée à Londres, j'y trouvai donc M. leduc d'Orléans. Je l'y trouvai moins méprisé qu'il n'aurait dû l'être. La révolution française y avait encore beaucoup de partisans de bonne £3i , beaucoup d'autres qui feignaient de l'admirer, d'autres enfin qui avaient un intérêt à la soutenir. La résistance d'un prince du sang à ce qu'on appelait le despotisme de la cour paraissait sublime ; son concours à l'extinction des abus, un dévouement magnanime. Ses crimes semblaient douteux y et le' reste de considération qui s'attachait encore à son rang, soutenu de sa for-