CHAPITRE XXIII
tune , jetait un voile plus épais sur l'iniquité de sa politique , et de ses desseins qui n'étaient paa prouvés. Sa maison était un point de réunion pour beaucoup d'hommes distingués de tous les partis, de celui de l'opposition, et même de Celui des ministres : divisés sur d'autres points , ife se réunissaient sur celui d'uti bon dîner , où présidait M"''' de Buffon% qui était le centre de la brillante société du prince. Il était à l'affût de ûeux qui arrivaient, et cherchait à s'assurer, sinon du suffrage, au moins de la politesse de ceuxqui lui avaient dû tant de respect ; et il en était venu au point de craindre qu'on ne lui rendît pas avec décence un saliit qu'il faisait avec hésitation. Tout ce quHl avait su de moi par Sillery , ce qu'il avait entendu de ma propre. bouche, les principes publics que je professais , auraient dû le convaincre qu'il ne devait compter sur moi dans aucune relation ; et qu'étant encore un prince
* Agnès dé Bufron , femme de Leclerc, comte de Boffon , colonel, fils du célèbre aainraiiste, devenue outeitement la maltcesse- du duc d*0rléanSy cessa d'être reçue à la cour, et pendant la révolutionne quitta plus le prince qu'elle suivit dans son dernier voyage en Angleterre. Elle était ' petite ,- mais charmante et pleine de grâces.. Elle perdit en peu de ^emps son amant et son mari sur Téchafaud. Ce dernier fut condamné à mort en 1 794 , six mois après le duC' d'Orléans ^ coaime 'complice de la conspiration des prison^ du Luxembourg. Il alla au supplice avec fer* meté , et prononça ces mots sur Téchafaud : « Citoyens , je me » aerame ^uffon. » 11 était âgé de trente ans.
O MEMOIRES D£ TILLT.
pQur moi, puisqu'il était du sang de mes mai-» très, il s'était cependant trop avili pour que je m'avilisse aussi à lui faire ma cour. Par des raisons personnelles , et qui auront toujours de l'em* pire sur une âme faite comme la mienne, j'avais été me faire écrire à sa porte, dans un moment où j'étais sûr qu'il était iorti. La première fois qu'il me vit chez le Roi , il vint à moi d'une manière si flatteuse que j'en fus embarrassé : on aurait pu penser que je l'avais mérité^ et que j'étais un apprenti^^conspirateur. Mon air de contminte et de froideur dut lui prouver qu'il m'avait plus affligé que bien accueilli. Il me sonda ^encore une autre fois:, et se trouvant repoussé par le respect, ou du moins par ce qui y ressemblait , il devint mon ennemi , à sa manière. M. de Liaclos , avec qui je eausiiîsvolontiers^ parce qu'il éts^it, quoique plus dangereux, moins marquant, me dlttpQTnonseigneur avait laissé échapper quelques mots qui décelaient son mécontentement de moi.' Je lui fis observer, avec poids et mesure (car c'était une confidence difficile à &ire à l'un de ses souffleurs) , que dans ma ^itttatîoji, en présence de tant de Français avec qui je passais ma vie , même à part ma façon de penser, il m'était impossible de cuivre une autre ligne; et je le fis à peu près convenir (lui qui devait si bien s'y connaître) que son prince était pour tout le monde une liaison (jUtngereuse.