CHAPITRE XXTV
nèrent un caractère plus dangereux ; mais il était depuis long-temps familiarisé ayec de tels excès : il en vivait. Sa constitution athlétique y eût encore résistélong-temps , si l'on n'avait pas cherché des moyens plus efficaces pour s'en défaire: Il fut ouvert , et l'on ne trouva aucune trace de poison , ol)jecte*tK)n. On dirait que tous en laissent. Je maintiens qu'il mourut empoisonné. Moins de deux jours après celui où il annomça à la tribune qu'il allait. combattre les factieux et les démasquer, il se sentit atteint èiune langueur qu'il dit à une femme de ma connaissance ne poui^oir définir. J'ai d'ailleurs d'autres raisons ; je les tais , parce que je ne fais point un libelle , et qu'il vaut mieux ne pas dire trop , quand on ne peut pas dire assez. Le Roi fit demander plusieurs fois de ses nouvelles; et je trouvai, moi-même, à sa porte 'un homme fort avancé dans la confiiancede la Reine. La cour ne prit pas la peine de cacher la douleur <jue lui causait sa mort. -Avec ce grand coupable, que moins d'un an allait absoudre, tomba la dernière espérance d'un monarque que tout conspirait à livrer à la plus effrayante des destinées. Mirabeau mourut avec la résignation et la fermeté du juste ; taxé de manquer de courage , il en eut un simple, noble , et sans faste à ses dernières heures. On lui fit les plus magnifiiqùes obsèques : le rncilleur citoyen, après avolt* le
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mieux mérité de son pays, le plus homme de bien d'un yaste empire, n'aurait pu descendre au tombeau, honoré de plus éclatans regrets^ entouré de plus de témoignages publics de la reconnaissance et de l'estime de ses concitoyens attendris.
En voyant cette pompe funèbre , je me disais que nul homme ne pouvait contribuer, par les seuls actes de sa puissance, à se Êdre estimer pendant sa vie et après sa mcnrt; qu'il n'avait pas plus tenu à ce colosse de talent et d'immoralité de se faire rendre de tels honneurs , dans l'insensibilité du cercueil, qu'il n'avait été libre à lui de ne pas languir dans lé donjon de Vin» cennes, et de ne pas errer long-temps en Europe, sans éclat et même sans considération : de même qu'après l'exhumation de son cadavre, après la dispersion de ses cendres, tout le monde aura pensé , comme moi , qu'une nation en délire ne peut pas davantage conférer de véritables honneurs, qu'elle ne peut infliger des chàtimens d'opinion, et que les affections de la multitude sont dépeintes également dans le mot de Mirabeau lui-même, comme dans celui de Cromwell. Le premier s'était écrié qu'il n'y avait <c pas loin » du Capitole à la roche Tarpéienne. y» L'autre avait dit à son gendre Ireton : «Imbécille! tu » prends les applaudissemens de cette canaille