‹ Meḿoires du comte Alexandre de Tilly, pour servir a ̀l'histoire des Moeurs de la fin du 18e siec̀leChapitre 52 sur 95 · CHAPITRE XXIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIV

toute sa femiUe. Ses tantes, qu'un âge avancé aurait dû rendre plus prodigues de consolations, et moins avares de leur vie , s'étaient prudeiU'» ment retirées en Italie. La rage et l'insulte veiU laient aux portes de son palais désert, et son cœur eût senti la solitude , si ses chagrins avaient eu des intervalles. Toutes les humiliations Ta* valent atteint , il s'était montré supérieur 4 tous les.outrages, toutes les tyrannies le poursuivaient. Il ne lui fut pas permis d'aller chercher qudques jours de paix à Saint-Cloud ; on vit le roi de France dans une lutte scandaleuse dans les cours de son palais , on le vit aux prises avec les Parisiens ameutés qui , corps à corps, lui prodiguaient l'opprobre; on le vit renoncer, avec des yeux gonflés de larmes , à s'en aller respirer Tair de la campagne à deux lieues de Paris. S'oubliant lui-même , il n'eut qu'une véritable terreur pour un serviteur dévoué*, qu'il arracha à des furieux , du geste, de la voix, et de la prière. M. de La Fayette fut de bonne foi, ce jour4à; il ne put obtenir que le Roi fût aussi libre en apparence ,, qtfîl savait ne l'être pas en réalité. La royauté, cette divinité tutélaire du peuple français plus singulièrement que d'aucun autre, ressemblait à une statue mutilée qu'on laisse encore debout

* Le jeune Duras ^ premier gentilhomme de sa chambre.

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pour attester sa dégradation. Le Roi ne semblait vivre encore que pour être le point de mire des lâches insultes faites à toutes les couronnes : c'était le représentant des souverains de l'Europe avilis en son nom, et honnis dans la personne du doyen des rois de la terre *. Le droit qui donne du prix à tous les autres , cette céleste prérogative de faire grâce , lui avait même été ravie : le choix de ses serviteurs, de ses agens, la nomination de ses ministreai, ne lui appartenaient plus, par le fait. On lui contestait jusqu^au droit de faire son salut pour Tautre monde : sa conscience était violée.

Mirabeau , qui était devenu l'homme de la cour aussitôt qu'on avait voulu qu^il ne fût plus l'homme du peuple, n'avait pas eu le temps de tenir les promesses qu'il avait faites, et d'entrer dans la tâche qu'il allait accomplir. Il semblait que dans cette révolution le génie du mal veillât toujours dans toute la plénitude de sa puissance , et que le succès des réparations et l'esprit du bien eussent devant eux une barrière de fer élevée de la terre au ciel !

Mirabeau (quoi qu'on en dise) était mort empoisonné. Il est certain que des excès auxquels il se livra , peu de jours avant sa maladie , lui don-

* On ne contestera pas à la France d'être la plus ancienne monarchie chrétienne.

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