CHAPITRE XXIV. 1 ag
» lection, dès que je saurai quelque chose de po- » sitif sur ce qu'on se propose à ce dernier égard.
» Il n'est plus possible de douter que les États- » Généraux auront lieu : qui paierait le i " mai » 1789, je vous le demande? Il est arrivé au » gouvernement , ce que je lui ai tant prédit : si » vous ne les voulez pas à pied , ils viendront à » cheval; en essayant de les reculer, ils en ont » hâté l'époque , jusqu'à la précipitation , et » certes , on s'en apercevra. Que feront-ils ? cer- » tainement beaucoup de sottises; mais qu'im- » porte? les nations ont, comme les enfans, leurs » tranchées , leurs maux de dents , leurs rugisse- » mens; elles se forment de même.
» Les premiers États-Généraux seront tumul- » tuaires , ils iront trop loin peut-être , les se- » conds assureront leur marche ; les troisièmes » achèveront la constitution. Ne nous défendons » point du besoin d'en créer une tout entière; » que tout soit juste aujourd'hui , tout sera légal » demain. Surtout gardons nous de l'érudition , » dédaignons ce qui s'est fait , cherchons ce qu'il » faut faire, et n'entreprenons pas trop. Cbnsen- » tement à l'impôt et aux emprunts, liberté ci- » vile, assemblées périodiques : voilà les trois » points capitaux qui doivent reposer sur une » déclaration précise des droits nationaux; le » reste viendra assez.
J 3o MÉMOIRES DE TILLY.
» Quand à mes vues particulières , je vous le » dirai nettement à vous , mais à vous seul : guerre » aux privilégié* et aux privilège». Voilà ma » devise. Lés privilèges sont utiles contre les rois ; » mais ils sont détestables contre les nations , et » jamais la nôtre n'aura d'esprit public , tant » (Ju'elle n'en sera pas délivrée. Voilà pourquoi » nous devons rester, et pourquoi je serai per- ^> sonnellement moi très^monarchique. Ehl de » bonne foi ! que serait une république com- D posée de toutes les aristocraties , qui nous ron- » gent? le foyer de la plus active tyrannnic.
» Vous l'apprendrez assez par la guerre intes- » tine qui dévorera les Etats-Généraux , surtout si » le gouvernement s'obstine à ne pas les vouloir » nombreux. Huit cents personnes ( et au-dessous » de ce nombre , il n'y a point de représentation » décente delà nation française) se mènent plus » aisément que trois cents ; cinq ou six per- » sonnes détennineront toujours le troupeau , » quelque gro® qu'il soit. S'il est petit, des rixes » particulières auront plus d'influence ; si nom- »breux, ce sera le talent; et sans corrompre » (ceux que l'on peut corrompre ne valent jamais » d'être corrompus), le gouvernement peut et y> doit s'assurer ces cinq ou six hommes.
» C'est une vue très-profonde et très-saine , » que la différence caractéristique de la révolution