‹ Meḿoires du comte Alexandre de Tilly, pour servir a ̀l'histoire des Moeurs de la fin du 18e siec̀leChapitre 56 sur 95 · CHAPITRE XXIV. l3l · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIV. l3l

» qui se prépare , et de celles qui l'ont précédée. Je » suis à cet égard entièrement de votre opinion, j> et le développement de cette vérité, sera l'objet » du discours préliminaire, que je prépare pour » la traduction de Y Histoire d'Angleterre , de » M"* Macaulay. On y verra que ce serait reculer » barbarement notre âge, que de recourir à des » révolutions violentes ; que l'instruction , grâces » à Pimprimerie , suffît pour opérer toutes celles » que se doit l'esjpèce humaine, et que de cette M manière seule , les nations ne perdront rien ^ » de leurs acquisitions. Votre lettre est très-sage » et même bien forte sous ce point de vue ; elle » prouve que vous méditez beaucoup; or, je ne » connais qu'un point de distance véritable entre y> les homnies; l'aptitude à la méditation. Rien de » grand ne se fait que par cette aptitude. »

Dix mois après, s'ouvrit le grand di^ame de la révolution , par un prologue plein d'orages , et qui allait décider du destin de la France. Ce fut alors que la voix puissante de Mirabeau fit reculer les baïonnettes devant les représentans de la nation. Dès ce moment, il devint l'objet de l'effroi des uns, et de l'espérance des autres. Que disaient hautement ses ennemis? «Mirabeau est » l'âme d'un parti : il a mis sa redoutable élo-

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» quence aux gages d'un prince ambitieux. De i) riches domaines, des pensions, des trésors, » alimentent ses plaisirs , entretiennent son zèle, » et soudoient son patriotisme. » Les plus zélés partisans de Mirabeau n'osaient démentir ces graves imputations. Et pourtant quelles étaient alors les ressources de Mirabeau! de quoi vivait-il ? Il avouait lui-même dans ce moment si solennel, à l'ami dont les généreux sentimens lui étaient le mieux connus, à M. le comte de La Marck*, qu'il ri avait pas de quoi payer son laquais l «Mirabeau, lui dit le comte, ne vous » adressez jamais qu'à moi, car^.dans la conduite » d'un homme tel que vous , tout doit porter un y> grand caractère d'indépendance. » Dans un court espace de temps, Mirabeau dut jusqu'à sept cents louis à la généreuse sollicitude du comte de La Marck.

La confiance que lui montra Mirabeau, en lui faisant l'aveu de sa détresse , le rapprocha davantage de cet homme extraordinaire , que de grands désordres avaient presque perdu dans l'opinion publique, mais qui se réhabilitait, en quelque sorte , aux yeux de ses contemporains , par l'éclat de son génie puissant.

* Aujourd'hui le prince Auguste d*Aremberg, F un des che£s de Tillustre famille d*Aremberg , dont un dès membres , ële^vé à la pairie^ vient d*obtcnir des lettres de grande naturalisation.

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