‹ Meḿoires du comte Alexandre de Tilly, pour servir a ̀l'histoire des Moeurs de la fin du 18e siec̀leChapitre 63 sur 95 · CHAPITRE XXV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXV

Distrlctus ensîs cui super impiâ Cenrice pendet j non sirnlœ dapes Dulcem elaborabunt saporem :

Non aviuv , Gitkarseqtie cantns Somnum reducent.

HORAT, Od. III, I, »7.

Tableau de Paris en 1791. — Départ du Roi. — Les hommes de la révolution. — Nouveaux soupçons contre M°*« de V*** — Nous décidons de nous séparer. — Je l'accompagne a Csdais. — Nous nous séparons. — Elle épouse dans la suite le prince de S.. m. — Je suis heureux au jeu. — Progrès de la révolution.— Mes ennemis me poursuivent. — Fabre d'Ëglantine et Condorcet. — Mon dernier amoiu* en France. — Pressentimens de mon exil.: — M**® de Saiut-Amaranthe. — Sa mère. Histoire de cette dernière et de son mari. — Elle est a la tête d'une maison de jeu. — Mon intrigue avec la fille et^la mère , mais avec la dernière en apparence. — Mlle de Saint-Ama- 'ranthe me favorise. — Nous sommes trahis. — Nous résistons au courroux de la mère. — Elle cède. — Des épouseurs se présentent. — Je me retire. — Sartine devient l'époux malheureux de la malheureuse ^mélie. — Je quitte la mère et la fille. — Je reparais k la cour. — Les dernières paroles que la Reine m'adresse. — Mon dernier jugement sur cette infortunée souveraine. — Le 21 juin. — Courage de la Reine. — Courage et générosité de la princesse Elisabeth. — Le mois

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d'août 1792. — Vergniaud me donne le conseil de quitter Paris. — Je m'empresse d'aller chez M^'e de Saint-Amaranthe pour la presser de fuir. Elle s'y refuse. — Mes adieux à ces deux victimes. — Je n'ai aimé personne au monde autant qu'Amélie.

îTavez-vous point vu un enfant qui joue sur le bord d'un abîme? il cueille l'humble fleur cachée sous rherbe , et court , en folâtrant sur la rive qui s'écroulera sous ses pas. Il sait confiisément qu'il y a du danger, loin de l'œil de sa mère dont la tendre voix le rappelle si souvent : il s'obstine à se jouer sur les bords du précipice, ♦ et goûte les deriiiers plaisirs d'un âge qui n'a rien prévu. Il y tombera;.... son instinct seul n'a pu l'en défendre , il a disparu sans retour.

C'était ainsi qu'on vivait à la journée, à l'heure^ dans ce Paris où tant de gens devaient trouver une mort affreuse ; où lesybarisme ,1e libertinage^ et toutes leis ivresses étourdissaient sur jun avenir dont la perspective néanmoins épouvantait ceux qui n'étaient pas des enfans , ou ceux même à qui leur seul instinct conseillait de fuir une terre volcanique qui ne recelait plus que des éruptions, et la lave de la mort. Mais cett^ foule apathique persistait à vivre sur le volcan, et cueillait les fleurs pâlies qui croissaient encore à son somn^.

J'étais, comme tant d'autres, dans le cortège Ht. 10

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de cette sombre folie. Amoureux , jaloux , livré au gros jeu , j'étais devenu , pour que la liste de . mes bonnes qualités fût complète , un ardent sectateur de Bacchus; et je trouvais que' ce qu'il y avait de mieux dans la vie était de l'oublier, puisque toutes les inquiétudes s'asseyaient avec nous à son banquet.

Vois**!!! ce malheureux qu'un tyran de Sicile Appelle à son festin; pâle et tout effrayé^ De cette menaçante et sinistre amitié Il goûte avec effroi les délices perfides , Porte en tremblant la cOUpe à ses lèvres livides , "Vers les lambris dorés lève un œil éperdu , £t croit voir sur son front le glaive suspendu ?

Ces beaui vers de l'abbé Delille, l'image de toutes les jouissances des hommes , de leurs inquiétudes, de leur crainte, et même de leurs espérances , avaient encore une application plus sensible. Pour que tout fut en harmonie avec une existence si paisible, je retrouvais dans mon intérieur toutes les sollicitudes d'une violente passion , et toutes les angoisses de la jalousie. Je me créais chaque jour de nouveaux fantômes que M** de V** ne flISsait rien , j'en suis sûr à présent, pour réaliser : le temps s'écoulait en querelles qu'il était très-aisé de commencer avec elle, et de terminer par un raccommodement. L'in-

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