‹ Meḿoires du comte Alexandre de Tilly, pour servir a ̀l'histoire des Moeurs de la fin du 18e siec̀leChapitre 64 sur 95 · CHAPITRE XXV. l · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXV. l

constance de son caractère rendait les unes aussi faciles que l'autre. Aussi long-temps que l'aihour et ie sentiment présidèrent à cette orageuse alternative , cela fut horrible et charmant; mais quand à force de tracasseries réciproques nous nous intimes , au moins , fatigués , notre avenir se composa d'un seul espoir : la liberté.

Des événemens d'un autre genre me rendirent insensible à mes chagrins personnels : je les oubliai. Le Roi prit le parti de quitter sa capitale à l'instant où l'on y pensait le moins , quoiqu'on eût dû chaque jour s'y attendre. Ce malheureux prince chercha la dernière chance de salut dans une mesure qui se présentait naturellement à un monarque captif, et dépouillé de tous les attributs de la puissance qui consiste essentidlement à encourager les bons qu'elle récompense, et à réprimer les méchans qu'elle effraie.

Tombée sous leurs coups depuis long-temps, la victime sentit qu'elle allait être immolée , et voulut détourner l'heure du sacrifice. Louis XVI laissa à l'Assemblée un compte rendu, qu'on trouva partial et exagéré dans ce temps ; comme si on eût pu lui reprocher dans cette déclaration que l'avenir trouvera modérée , un autre grief que de s'être réduit à la nécessité de l'écrire! L'univers sait quelle fut l'issue de cette tentative qui riva ses fers. On sait que fidèle à ce principe

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homicide y qui a fait couler des torrens de sang en Europe , il ne vouliit pas qu'il y en eût une ^Utte versée pour sa querelle ; qu'il préféra d'être ramené dans sa capitale"^ victime attelée au char des triomjphateurs populaires, et dégradé pour jamais aux yeux d'un peuple qui ne respecte plus ce qu'on lui a fait une fois avilir.

Cet événement , et les suites qu'il devait avoir, m'avaient pénétré d^orreur, et d'une insurmontable tristesse i je n'attachais plus d'intérêt à ce qui me concernait moi-même. Décidé à m'afïranchir de la situation qui me gênait, sans que je voulusse goûter les douceurs qu'elle aurait pu m'ofifrir encore, il se fit une révolution dans mon ménage y comme il s'en opérait une nouvelle à chaque instant dans tout ce qui m'environnait

* Le jour du départ du Bdi, je rencontrai aux Tuileries un député assez marquant dans son parti, et qui depuis a occupé d^assez grandes places qu'il a fort bien remplies, «r £h bie^! Monsieur, » 8*écria't-il, yous triomphez, mais attendons deux jours. Au » Teste, si vous ayez les as jusqu'au bout, et que nous ne soyons » pas tous pendus , je m'en vais achever de vivre à la Nouvelle- » Angleterre. — Ne craignez rien, lui dîs-je en riant, je veil- » lerai sur vous : nous autres, aristocrates, avons un fonds de géi> nérosité inépuisable. » La fatale nouvelle de Tarrestation du Monarque étant arrivée, je le revis. Quelle différence dans ses traits et dans tout son maintien! « Allons, me dit>il, ne tous » laissez point abattre, je vous promets la yie. » Il riait, je n^en avais aucune envie. Nous ne nous sommes jamais revus. ( Noie de P Auteur, )

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J'avais un valet de chambre qui avait toute ma confiance. Je le surpris rendant un papier à M** de V**, qu'elle serra avec embarras et précipitation. Quelqu'un entrant. à l'instant même, elle eut le temps de le cacher, ou de le détruire. Elle eut le front de me soutenir ensuite qu'elle n'en avait point reçu : c'était vouloir me forcer de convenir que j'étais aveugle. Mon confident eut l'impertinence d'appuyer ce mensonge de son témoignage. Je le chassai , et c'était, assez simple. Quant à M""* de V**, je l'assurai que j'oublierais la vérité, que je dédaignais même de l'approfondir, si elle voulait en convenir, mais qu'il faudrait nous^ séparer dans le jour même, si elle persistait dans une imposture qui l'avilissait en m'humiliant. «J'y consens,]» fut sa réponse , qui me surprit plus qu'elle ne m'afiligea.

« — Où voulez^vous aller ?

» — En Angleterre, retrouver M. B...n.

» — ' Êtes-vous sûre qu'il soit là , à point nom- » mé, pour se charger de vous?

» — Se charger de moi!..,. Ce sont mes af- » faires.

» — A la bonne heure ; je vous conduirai jusi) qu'à Calais , je ne vous quitterai qu'après vous » avoir vue monter sur le vaisseau. »

Elle va rejoindre M. B...n ! pensais-je ; il l'aime toujours ; et moi ! si j'allais m'aperçevoir trop tard

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que je l'aime encore, qu'elle est nécessaire,.,. SoyoDS homme, et voyons si elle reviendra. Pendant deux jours qu'elle mit à se préparer à son départ, je remarquai qu'elle était en proie aux mêmes irrésolutions que moi : alternativement un air dégagé, ou plus que mélanc(dique. Nous quittâmes Paris ; le trajet se fit avec un échange d'égards et de politesse tendre. Parvenus au terme du voyage, une heure avant le dernier adieu , a Voilà , me dtt-elle , cette terrible lettre ; » elle e$t de M. B...n : lisez-la, il ne m'y parle que » de ma famille , et m'en donne des nouvelles. )> Voyez s'il y avait Heu à l'éclat scandaleux que » vous avez fait. Au moins , ne veux-Je pas vous » quitter sans emporter votre estime.

» — Je ne veux pas la lire ; tout ce qu'elle peut » contenir n'effacerait pas le tort de me l'avoir » soustraite si long-temps , celui de l'avoir reçue » avec mystère, d'avoir séduit un de mes gens » qui m'avait toujours fidèlement servi , et sur- » tout de vous être associée à lui par la bassesse » d'un mensonge. Cette tardive confession n'ag- » grave' point cette faute , mais ne peut la ré- » parer. »

Ses yeux se remplirent de larmes , je me trouvais tout aussi faible. « Que deviendra ceci? lui » dis-je ; nous aimons-nous encore ?

» — Je le crains y répliqua-t-elle : quoi qu'il en

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» soit, si vou$ m'en croyez, ^qu$ permis terocis ; x> après ce qui s'est passé , nous n'avons plus da » bonheur à espérer ensemble.... Si cependant » vous le désirez , je retourne.

» — Adieu, repris -je avec effort, vous nrw » mille fois raison : ayons la fermeté de nous » affliger pour quelque temps, a6n de ne po^ » nous affliger ^ans cesse : ce raccommodememl y> ne serait pas de iceux que de nouvelles douceurs » et des plaisirs plus vi£$ a^Qcompagnent, Il est 9 une borne que l'amour ne doit pas toiidier » dans sea querelles ; il en revii^nt métamorphosé » dans ut^ sentiment qui a tous les inconvénî^Dis » de la haine.

» < — Adieu donc.

» -^ Adie^ ; restons du moins de vrais amis.

» — Pour toujours.

» - — Pour la vie. »

Nous fîmes sagement, nous en sommes con- V4^us en Aous retrouvant. Depuis bien des années je ne l'ai pas vue, et je le regrette, iies folies mutuelles que nous avons commises , sa beauté surprenante ,. MU caraictère aimable et si singulier, tout me retrace puissamment ces journées d'orage qui n'eurent pas un intervalle de calme parfait. J'ai su avec une sensiUe satisfaction ce qui lui était arrivé d'heureux : j'ignore si je dois donner ce nom à son mariagç avec le prince de Sahn.

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Je regagnai Paris, allégé d'un fardeau, accablé 90US un chagrin que je ne définissais pas : j'étais Veuf d'une habitude. Un de mes amis me remit la tête, sans de grands efforts d'éloquence^ Il Bd'accorda qu'elle était charmante, mais qu'avec son caractère et le mien il aurait toujours fallu finir par se séparer, et que le temps, qui n'eût fait qu'ajouter à cette nécessité, l'eût aussi rendue ^us ainère : car il arrive qu'après avoir vécu avec une femme par amour, et senti qu'on pouvait la quitter, ou finit par n'y vivre que pair habitude, qui rend impossible de s'en séparer. J'en étais sûr , mais c'était une consolation qu'un autre s'en fût assuré aussi.

Il est des momens et des époques où la moindre idée est une lumière, où le plus simple conseil rassérène, où la réflexion la plus naturelle d'un autre est un bienfait, à peu près comme le plus léger appui suffît pour préserver d'une chute. On a besoin de s'entendre répéter ce qui n'apprend rien , ce qu'on sait déjà si bien soi-même : cela ressemble beaucoup à ces mots qui ne signifient rien, et dont la conversation particulière ne peut pas se passer.

La fortune en me prodiguant des faveurs passagères fit naître -mes regrets : je gagnai beaucoup au trenûe-un. Je sentis qu'avec cet argeiatJà, j'aurais pu rendre -M"' de V** très-heureuse, et

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