‹ Meḿoires du comte Alexandre de Tilly, pour servir a ̀l'histoire des Moeurs de la fin du 18e siec̀leChapitre 91 sur 95 · VOTES · texte numérisé non relu

VOTES

iionunes égorgés. Les cadres se remplissent toujours et ne sont jamais remplis.

2^ Tandis cpie l'attoition publique se détourne yers les bruits d'une conspiration imaginée d'une manière terrible, la conspiration réelle fait paisiblement son chemin } dUe échappe à toutes les poursuites , et bientôt on ne la poursuit plus. Ainsi , fuyant une meute ardente , le œrf couronné par les ans , d'un bois roysd y fait sortir de 9on asile et de son sommeil le jeune cerf à tête nue y pour brouiller et confondre les traces , les vents et les odorats.

5° Parler incessamment de la conspiration royale de d'Orléans, tandis que beaucoup de gens parlent cTune autre conspiration royale , est un assez bon moyen de persuader qu'il n'y a plus qu'une question dans la nation : celle de savoir qui sera roi. La question de la r^ubUqee n'en paraît plus une dans la république : on là regarde comme décida contre elle ) et comme le nom d'Orlâms me peut que réveiller des idées d'usurpation y et qu'il y a d'autres noms qui peuvent réveiller des idées de succession, la question réduite à ces termes serait bientôt résolue.

9 Législateurs, directeurs, mixiistres,.vou8iic laisserez pas brouiller les traces qui doivent vous conduire.

» Je finis.

» J'ai lu dans des éaits infâmes , mais qui ne sont pfais des libelles , que j'étais aussi de la conspiration d<Orléans. J'ai voulu ajouter cette nouvelle preuve à toutes :celles qui doivent se trouver.daas le sac de la procédure.

d'Gabat. »

Mars 1797.

iroTBS. 335

Maintenant rapprochons et mettons en regai*d de ce morceau très-remarquable ; sur la conspiration, ou le parti d! Orléans y ce que nous venons de lire , sur le même sujets dans les Mémoires , récenmient publiés, de M. le général Savary , duc de Rovigo , tome iv , page 356 et suivantes. Mais ce que rapporte là-dessus Tex-ministre de la police impériale , n étant relevé ni par les pensées , ni par le style , nous nous bornerons à en extraire ce qui nous paraîtra rentrer le plus évidemment dans la question historique controversée par M. Garât. ,

Or donc , M. Savary, duc de Rovigo , nous apprend qu'il avait depuis sa jeunesse une grande prévention contre le duc d'Orléans , et qu'à son avènement au ministère de la police , il employa plus d'un mois à lire , seul, pour son instruction, les volumineux papiers de ce prince, qu'à la suite de leur saisie on avait déposés au ministère de la police générale '*^. Il en vint à bout.

« Je sentais , dit-il , mon opinion personnelle se redres- » ser souvent à la lecture de tous ces papiers. J'y en trou- » vai de singuliers en ce qu'ils étaient d'hommes que j'en- » tendais souvent déclamer contre le duc d'Orléans , et j'a- » vais sous les yeux la preuve qu'ils étaient ses obligés. J'y

* Mais ces papiers, saisis au Palais-Royal en 1798 et qui depuis avaient passé de mains en mains, étaient-ils restés intacts jusqu'en 1810? la saisie d'ailleurs ayant eu lieu après farrestation du prince et en son absence (il venait d'être transféré à Marseille), qui l'aurait empêché préalablement de mettre à couvert ou de brûler ses papiers secrets? M. de Bovigo ne nous dit-il pas que Fouché , son prédécesseur , eut la précaution de brûler son cabinet?

336 iroTEs.

» trouvai même des reçus d'argent, et dans presque tous » une reconnaissance exprimée de manière à ne laisser au- » cun doute sur son motif.

» Je fis un choix de ceux de ces papiers qui conceinaîent » des hommes que je voyais fort assidus aux Tuileries , et » d'autres qui cherchaient à acquérir du crédit. Je portai » un jour tout cela à l'empereur , à Rambouillet. . . Il lut » tout d'un bout à l'autre , ce qui dura long-temps

Ici l'ex-ministre rapporte ce que lui dit Napoléon à ce sujet 5 mais nous ne retrouvons dans les phrases qu'il cite, ni le cachet ni le style de son maître , bien qu'il nous ait avertis quelques lignes plus haut pour son propre compte : ce qu'il avait lui , duc de Rovigo , une mémoire extraordi- 3» naire pour retenir les noms et les lieux. » Cela convenait parfaitement à un chef de police. Mais quant à la mémoire capable de reproduire les phrases^ l'esprit et la manière , celle enfin qui peut servir si utilement à un véritable autem* de Mémoires Contemporains , M. de Rovigo n'en est certainement pas doué. Nous ne contestons pas toutefois qu'il n'ait pu se rappeler la substance de ce que lui aura dit son maître.

Voici de cette allocution ce qui rentre dans notre sujet :

« Il m'est bien prouvé , lui dit Napoléon , que le duc

» d'Orléans n'était pas un méchant homme. S'il avait eu les » vices dont on entache sa mémoire , rien ne l'aurait em- » péché d'exécuter le projet qu'on lui a supposé * : il n'a

* Ainsi Napoléon , d'après son ministre de la police , croyait que le duc d'Orléans aurait réussi dans les projets qu'on lui a supposés ( Tusurpation de la couronne ), s*il avait été un méchant homme et s'il avait eu les vices dont on entache sa mémoire. N'était-ce pas le justiBcr aux dépens de soi-même? Quel aveu irréfléchi! M. de Rovigo y a-t-il bien songé ?

iroTES. 337

» ëté qae le levier dont se sont servis les meneurs de cette » éfoquje, qui Font compromis avec eux^ pour trouver » des prétextes de lui extorquer de l'argent, et il paraît » bien qu'une fois qu'ils ont commencé, les demandes

» n'ont plus eu de bornes Je n'approuve pas ce qu'il a

» fait; mais je le plains et ne voudrais être le garant de y> personne, si le sort l'avait jeté dans "une situation sem- » blable. Cest une grande leçon que l'histoire recueillera.

» Je n'ai nul intérêt à m'occuper de cela : je crois bien 3> que le parti du duc d'Orléans a existé aux temps de nos » discordes ; je crois même qu'il se ranimerait si le trône » devenait vacant; mais tant que je vivrai, c'est une chi-* » mère qui ne ferait point de prosélytes.... »

€e dernier paragraphe de la citation est le seul qui ait un peu la couleur locale.

33$ ifOTjes.

Morceaux extraits de la Lettre du comte de Tïlfy

au Roi,

Pari*, 17 juillet 1792^ . v . • ;

» Ceux qui vous approchent le plus. Sire, ceux qui composent aujourd'hui ce <ju'on appelle votre conseil , ceux qui en acceptant la place de yos ministres se croient dés Colbert et des Louvois , lorsqu'ils ne sont à la lettre , que les huissiers d*une assemblée factieuse, tous trompent s'ils vous persuadent qu'il n'est plus temps de reconquérir votre légitime autorité.

.... Ils vous diront sans doute que la nation ycixt ctrc

libre , que ses représentans * ont proclamé des droits imprescriptibles ^ et que cette grand Charte retrouvée sous les décombres de la Bastille , n'a pas besoin de votre sanction. Je sais qu'ils vous ont dit que si vous ne voulez pas être un fantôme de premier magistrat, vous serez le martyr de votre résistance , le Charles /«^ de l'histoire de France, et la victime du génie national.

, . . . Ds alarment votre sensibilité au nom de la religion , au nom de la Reine et de vos enfans : ils allèguent leurs dangers pour éterniser les vôtres 5 et quand votre au-

* Un des chefs de la révolution a dit souvent ; «c Je ne sais par » où nous allons ; nous ferons le grand tour , mais cela nous » approchera de la liberté. »

guste compagne est, ainsi que V. M,, réseiTee à porter la peine de tant d'aveuglement , c est sous le spécieujc prétexte de son salut, qu'on achève de renverser un trône déjà penché

u Quand vos prédécesseurs, Sire, furent démens et modérés, ils méritèrent les bénédictions du peuple qui ne leur contestait rien, mais dans Tattitude forcée où vous êtes, votre impassibilité est homicide. Vous voulez sauver Teffusion d'un sang impur , et le vôtre se mêlera peut-être aux torrçn3 que vous en ferez couler en Europe ! ! ! Le genne de cette peste politique qui va désoler la terre sera né sous les débris fumans de ce trône où vous n'êtes déjà plus assis 5 et que dès long- temps la foudre a frappé.

» Ma voix est faible , Sire , mais elle est fidèle.

» J'ai osé depuis long-temps Félever.

» Klle a retenti aux oreilles de Votre Majesté avec d'autant plus d'éclat , que la peur a tout glacé , et qu'excepté quelques serviteurs fidèles prêts à mourir à vos côtés , le reste tremble ou conspire

» Je n'ai eu d'autre mérite que de recueillir souvent, dans des écrits que Votre Majesté a lus, l'opinion publique, qui n'attend qu'un signe, qu'un étendard, et qu'un homme. Un de vos regards fera braver la mort et en sera la récompense.

» Si ce prince * qui avec quelque esprit et les élémens

* M. le duc d'Orléans avait été fort injustement exilé, parce qu'on ne demande pas l'avis d'un homme pour le punir de l'avoir dit. Il fut alors d'une rigueur impolitique de l'envoyer à A1r7/ers- CoUerets, Quelque temps après il eût du être trainé à Téchafaud.

3^0 TfOTES.

de tous les crimes , n'est pas même arrivé à la hauteur d'un illustre scélérat;- si Mirabeau qui cherchait à Télectriscr , et qui enta seulement quelques fausses conspirations sur tous ses vices réels , eussent été tous deux livrés au supplice dès les premiers pas * j la hache qui les eût frappés, abattait du même coup cet ai'bre de deuil qui couvre l'Europe , et la gangrène de ses fruits empoisonnés.

» Rappellerai-je d'autres exemples, d'autres fautes accumulées , d'autres occasions perdues ?

» Non, Sire.

» L'histoire sera attendrie. Serais-je plus inflexible qu'elle ?

» Mais une catastrophe terrible **, la dernière sans doute, est sur le point de vous rayer de la liste des Rois. Hâtez-vous d'opposer les sujets fidèles à la nation révoltée, votre épée aux piques , le rouragp. à la fnrpur, vos droits aux factions , et le prestige de la royauté expirante aux séductions salaiiées du faubourg Saint- Antoine et du Palais-Royal, Vivez comme un héros, et, s'il le faut, j'ose vous en presser. Sire , mourez en Roi !

» N'en croyez pas le doucereux Bailly ***. Si vous ne recevez pas les clefs de Paiis à cheval et Tépée à la main , lui et les maires ses successeurs ne vous présenteront jamais que les clefs d'une prison • . . .

* Il fallait encore deux autres têtes : on les devine facilement. •* Celle du lo août.

^^^ Honnête homme de savant qui n*a connu ni les temps , ni les hommes , ni les choses, mais qui, n*ayant pas sn viyre hors de son cabinet , sut mourir héroïquement sur Téchafaud.

». . .Je n'ai plus que ,1e temps , dernier effort d'un zèle qui vous est connu, de faire parvenir jusqu'à vous Taveu tacite de cette majorité de Français fidèles prêts à périr avec vous, et qui vous conjurent de ne descendre de votre trône , que pour marcher à leur tête. Un seul jour. Sire, brisera les anneaux de cette chaîne de discordes : quelques heures effaceront trois années. Peut-être ne faudra-t-il pas répandre de sang. J'augure tout de votre présence. Vous retomberez le soir même dans vos vertus. Vous avez le besoin de la clémence : eh bien ! vous ne punirez qu'un instant, et vous pardonnerez toujours.

.... Cette révolution qui fait trembler dans les salons > commença dans la rue, et s'y consommera, si on ne lacombat pas où elle naquit.

. ... Je ne doute pas qii'alors Votre Majesté ne donne un regret à l'espèce de faveur que vous avez cru nécessâre , dans vos calamités , de montrer à ceux qui , couverts des livrées de l'instu-rection , venaient assidûment dans votre palais , non pour vous y rendre hommage , mais pour épier des contradictions , mais pour lire votre cœur dans vos yeux, et pour jouir de votre abaissement. Vous et la Reine , vous avez laissé tomber souvent par prudence un coup d'œil de bonté sur ces artisans de vos infortunes , et votre parole royale s'est souvent échangée avec celle de ces coupables subalternes.

.... Et vos plus dévoués serviteurs semblent souvent étrangers à votre cœur, et quelquefois dangereux dans, l'inutilité de leur zèle.

34û NOTES.

» Ne trouvez pas cette lettre hardie , Sire : elle ne mérite pas de réprimande ^ et je n'attends point de récompense *. £t plût au ciel que si jamais je méritais les rigueurs dutrône, pour lequel j'ai milité depuis trois ans dans la Osdble proportion de mes moyens, je fusse un exemple de sévérité , au rétablissement de votre pouvoir. . . . ; .

Un million d'hommes s'entretient à voix basse d'une révolution nouvelle ** que deux cents factieux machinent dans l'obscurité : gagnez-les de vitesse. Faites-en une à votre tour. Sire , et décidez-la en votre faveur. Une insttlte en suscite une autre, les outrages engendrent les outrages, et les hommes sans courage attaquent sans cesse celui qui n'en montre jamais

Vous avez plusieurs vertus que n'eurent ni Henri IV, ni Louis XIV, Sire^ ayez toutes cjoiHt^ tjwi les illustrèrent : demandez-vous ce qu'ils eussent fait à votre place, et dites : « ce qu'ils eussent fait, je le ferai. » Vous serez le sauveur de votre famille, celui de l'Europe; car à qiflli bon de vains respects , quand le temps de l'austère franchise est arrivé? De tous les Rois de France ^ dont avec un sens exquis et droit j vous êtes le plus vertueux ^ aucun n'eût descendu si près de V abîme sans fond où vous alleztomber.

* J'obtins celle qui convenait le mieux à mes principes , et qui avait le droit de me satisfaire le plus.

**.Plus de six mille personnes épouvantées sortirent de Paris le '8 et le 9 d'août. — Le lo au soir, un homme fort estimé du Roi , après avoir inutilement proposé les moyens de résistance , offrit de le faire sortir du royaume , et répondait du succès. Le Roi hésitait... La Reine s*y opposa formellement.

» n ne vous est pas permis de désespéi'er de la chose publique , et de chercher sans coup férir la paix du sëpulcre, et le prix de voti-e innocence dans une autre vie.

» Votre vie ne vous appartient pas.

De grands moyens, Sire, vous sont encore offerts. Une partie de cette garde nationale même , organisée pat lési plus coupables motifs , est laàse de ses forfaitis et de Vanarchie qu'elle a protégée : elle peut eScpier Tesprit qui l'a trop souvetit animée , en vous défendant : Votre auguste voix peut la mettre dans le Sentier du deVoir^ elle fut créée pour renverser le trône : elle le relèvera. Elle fut l'espoir des factieux : elle en sera l'épouvante. îls espéraient qu'elle serait leur ressource : qu'elle soit la vôtre ! Elle voulait nous égorger : nous nous rallierons à elle.

» Votre étendard sera celui de la concorde : toutes les disseniiuu» et les hainoe y expireront. Le prestige n'est pas encore détruit : le Roi n'a que de» ordres , que des exemples à donner 3 il est entendu, suivi, obéi et vainqueur.

» Je connais la vérité ^ je la dis à Votre Majesté. On vous la déguise , on vous consterne, on vous décourage , en vous décevant 3 on vous exagère le danger, quand il ne faut vous entretenir que de la facilité, et surtout de l'indispensable nécessité d'en triompher.

Enfin, Sire, vous vous montrerez à votre armée : car les rois ne sont pas comme Dieu qu'on aime sans le connaître.

.... Toutes ces belles institutions , Sire , que vous méditiez dans votre amour, que Votre Majesté perfectionnera au recouvrement de son autorité , seront écrites , mieux

que sur des tables d'airain^ dans le cœur de vos sujets convertis par vos vertus , ou subjugués demain par vos armes

Sire, je m'élance dans cet avenir heureux qui vous est encore ouvert. Je vous vois réaliser mon attente , et couronner tout ce qu'osèrent deviner mes témérités. Je vous vois surtout dans la courte, mais brillante carrière qu'auparavant vous devez fournir.-— » J'y marche sur les traces de Votre Majesté , et si je succombe, une plus glorieuse mort ne pouvait honorer ma vie *.

* £heu ! ludibria yentis.

rm.

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